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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 19 • Montréal • 15.03.2006

ARCHIVE

Mars 2006

Les poèmes présentés ci-dessous sont tirés des recueils signés par des écrivaines roumaines appartenant à différentes générations, expériences et préoccupations littéraires : Mariana Codrut, Marta Petreu, Grete Tartler, Ioana Nicolaie, Ioana Ieronim.
Les poèmes sont précédés par une courte présentation biobibliographique de chaque auteure.

Mariana Codrut

Née en 1956 à Prisacani, Roumanie. Licenciée ès lettres à l’Université de Iasi. Pendant ses études, elle a travaillé comme correcteur réviseur à la Maison d’Editions Junimea, de Iasi. Après avoir terminé ses études, elle a enseigné la langue roumaine dans une école rurale, puis elle a été secrétaire littéraire du Théâtre National de Iasi. Après 1989, elle a été pour peu de temps rédacteur des revues <Sud-Est> et <Convorbiri literare> (<Entretiens littéraires>) ; depuis 1993, elle est rédacteur de la Maison d’édition de l’Université Al. I. Cuza de Iasi et titulaire du séminaire de <texte journalistique> à la Faculté de Journalisme de la même Université. Présente dans la presse culturelle et quotidienne avec des commentaires politiques, analyses, chroniques littéraires, interviews, notes etc. Auteur de plusieurs livres (poèmes et prose). Ses poèmes se retrouvent dans plusieurs anthologies roumaines ou étrangères. Lectures publiques en Allemagne et Autriche. Voyages littéraires en Hongrie, Macédonie et aux Etats Unis.
Admise à l’Union des Ecrivains de Roumanie en 1990 et au PEN-Club en 2003.

(e-mail: marcodrut@yahoo.com)


confruntarea

 

poezia nu e magarul care caca aur.
poezia e o locomotiva.

 

cum stam noi sub pamînt în zilele
cu sot sau fara cu mîinile reci pe lînga trup
ascultînd de o comanda neauzita:
-la dreapta, la stînga, pas alergator,
acum tîîîîîîîîî-rîs, racan, zbiara
din toti bojogii cineva necunoscut,
si mai adînc îngropat decît noi,
si noi ne tîrîm în patru labe,
dam ocol universului cuprins
între mîna stînga si mîna dreapta.
mai adînc, tot mai adînc scurmam, noi,
racanii. tone de pamînt aruncam voluntar
peste propriile capete. soarele
e doar o banuiala,
ziua o fluturare de fusta rosie din rips aspru
pe sub nasul nostru, în urechile noastre.
plîngem, am vrea sa urlam, dar bunul simt,
vai, bunul simt, scîrba cu scufie si papuci
calzi care, daca ar cere un poet la gratar,
nimeni n-ar protesta...

 

cînd orizontul se face îngust si rosu,
o fanta rosie adica si atît de îngusta
încît de-abia de ma pot strecura
ca prin sexul mamei mele,
cînd aerul îngheata ca stalactitele
peste fata zabrelita de ele,
cînd cu o urma

de instinct de conservare
îmi vine în cap ca trebuie
sa trag semnalul de alarma
si apoi sa sar din trenul asta,
sa fug prin lanurile de porumb,
lasînd în urma rumoare si furie,
draga de ea, poezia, ma sapa, ma trage,
ma scoate din adîncuri si
îmi cara ea lesul sus, pe platou,
în poala ierbii plecîndu-se dulce în vînt,
ca vagonetul trupul mutilat al minerului
în bratele disperate ale nevestei.

 

într-un cerc ma-nvîrt, clar, într-un cerc,
de miile ei de fete ma înconjoara
si ma rasfrîng: un cristal prin care vazuta
fata mea e un joc de puzzle împrastiat.

 

si iata ce trebuie sa stii tu :
cînd cu sexul din crestet desfoliat
ca un lotus cu o mie de petale
plutesc în carnea rosie a ochilor tai
si moartea cea mica se-arata
(fi’nca unde miroase a carne, hop
si ea sa se-nfrupte, ca un coiot)
numai cuvintele vin sa ma apere!

 

ca tu nimic nu poti face împotriva ei,
dar nimic,
dragutule.
(inedita)


la confrontation

 

la poésie n’est pas l’âne qui chie de l’or.
la poésie est une locomotive.

 

nous voilà gésir sous terre les jours
pairs ou impairs les mains froides longeant nos corps
à obéir un ordre qu’on n’entend pas :
- à droite, à gauche, pas de course,
maintenant raaampez, recrue, crie
à tue-tête quelqu’un d’inconnu,
enterré plus profondément que nous,
et nous de ramper à quatre pattes,
contournant l’univers compris
entre la main gauche et la main droite.
plus profond, toujours plus profond, on creuse, nous,
les recrues. nous renversons volontiers des tonnes de terre
au-dessus de nos propres têtes. le soleil
est juste un soupçon,
le jour un effleurement de jupe rouge en reps rêche
sous notre nez, dans nos oreilles.
nous pleurons, nous voudrions hurler, mais le bon sens,
hélas, le bon sens, le salaud à bonnet et pantoufles
chauds qui, s’il demandait un poète en grillade,
personne ne protesterait…

 

lorsque l’horizon devient étroit et rouge,
c’est-à-dire une fente rouge et si étroite
que je puis à peine m’y glisser
comme à travers le sexe de ma mère,
lorsque l’air gèle comme les stalactites
sur le visage qui s’en fait des barreaux,
lorsque par un soupçon

d’instinct de conservation
il me vient à l’esprit de tirer le signal d’alarme
et puis sauter de ce train, me sauver
à travers les champs de maïs,
laisser derrière rumeur et rage,
ma chère poésie me creuse, me tire,
m’extrait des profondeurs et
fait monter ma charogne sur le plateau,
aux pieds de l’herbe ployée par le vent doux,
pareille au wagonnet le corps mutilé du mineur
dans les bras désespérés de sa femme.

 

je tourne en rond, c’est clair, dans un cercle,
puisque entourée par ses mille facettes
où je me reflète: un cristal par lequel on aperçoit
le puzzle éparpillé de mon visage.

 

et voilà ce que tu dois savoir :
quand avec mon sexe du sommet de la tête effeuillé
pareil à un lotus à mille pétales
je flotte dans la chair rouge de tes yeux
et la petite mort se fait voir
(car là où l’on sent la chair, hop
la voilà gourmande tel un coyote)
seuls les mots sont là à me défendre!

 

car tu n’y peux rien, contre elle,
mais rien du tout,
mon petit chéri.
(inédite)

 

portret al mortii

 

am vazut-o. nu era crunta.
îsi tinea picioarele larg desfacute
sa intre muzica în ea.
dansa din jumatatea de sus a trupului,
goala, pe nisip.

 

nu mai semana cu ea însasi -
un zîmbet îi atîrna din gura
ca unei pisici coada soarecelui prins.

 

pur si simplu statea pe nisip
si dansa
cu jumatatea de sus a trupului,
iar muzica desfacea încet
aripi de sindrila alba în vînt.

 

(publicata în România literara, Bucuresti, oct.2005)


portrait de la mort

 

je l’ai vue. elle n’était pas féroce.
elle tenait ses cuisses largement écartées
afin que la musique la pénètre.
elle dansait de la moitié du haut de son corps,
nue, sur le sable.

 

elle ne se ressemblait plus –
un sourire lui pendait de sa gueule
comme à un chat la queue de la souris attrapée.

 

elle était là sur le sable
à danser
de la moitié du haut de son corps,
tandis que la musique déployait doucement
des ailes d’échandole blanche.
(publiée dans la revue Roumanie littéraire, Bucarest, oct. 2005)

 

Trad. par Gabriel Le Gros

Mars 2006

Marta Petreu

Née en 1955. Poète et essayiste. Doctorat en philosophie à l’Université de Bucarest (1992). Professeur de l’histoire de la philosophie roumaine à l’Université de Cluj. Dès 1990, elle dirige l’Apostrophe, l’une des plus importantes revues littéraires de Roumanie, et la maison d’édition du même nom.
Volumes publiés: Apportez les verbes (1981), Le matin des jeunes dames (1983) Thèses inachevées (1991), Lieu psychique (1991), Poèmes sans vergogne (1993), Les jeux du maniérisme logique (essai, 1995) Le livre de la colère (1997), L’Apocalypse d’après Marta (1999), La phalange (2001). Auteur des volumes de l’histoire des idées, parmi lesquels l’un de Cioran ( Un passé dévergondé ou „La Transfiguration de la Roumanie“ 1999) et l’autre concernant Ionesco (Ionesco dans le pays du père, 2001). Ses poèmes ont été publiés dans des anthologies et revues étrangères aux Etats-Unis, en Angleterre, en Italie, en Suède, en Allemagne, etc. En français ses poèmes ont paru dans les revues Poésie, Recueil, Europe, Poésie ‘98, Missives, et aussi dans l’anthologie Comme dans un dessin de Escher (Ed. Phi& Ecrits des Forges, 2002). Etudes de Cioran et de sa génération dans Les Cahiers de l’Herne: Schopenhauer et dans la revue allemande Halbjahresschrift; elle collabore à Routledge Encyclopedia of Philosophy. Pour ses volumes, elle a reçu plus de dix prix nationaux de poésie et essai, ainsi que Lillian Hellman / Dashiell Hammett Grant en 2001 pour son activité littéraire.

 

Tara singurãtãtii

 

Stã singurã sprijinindu-se pe ea însãsi
cum se sprijinã între ei fratii de cruce
cum se reazemã în urã unul de altul dusmanii

 

Da. Stã singurã si în singurãtatea ei fermecatã îi creste
iarbã pe prag ca pe viitorul mormînt
are mentã si flori verzi de grîu pînã-n usã
ciucuri rosii de plop îi fosnesc la ferestre
Ea a ajuns de vorbeste
cu seva din flori
cum vorbesti cu-o reginã
Ea e sorã de rouã
cu pelinul cu macul cu socul
si cu mîna culege gingas doamna omidã
vorbindu-i mirat ca Alisa

 

O. Îi place. Ea înfruntã viatamoartea
umblînd singurã singurã cuc
si descultã
pe plita încinsã a vietii
si ea calcã pe moarte ca un om jupuit care intrã în mare
Pe dig urlã cîinii la lunã
Da. Singurã cuc ea se calcã pe ea în picioare

 

O doare. E fericitã. Ea sfideazã orice crutare si n-are
de nimeni nevoie

 

Destinul

 

Ea a ajuns în tara perfectã

 

Împinsã ca la vînãtoare o ciutã
de haita lãtrînd ascutit
ea a ajuns în sfîrsit în tara asta perfectã
în care creste arnica meiul cucuta

 

Ea stie cã partida-i pierdutã
cã a fost snopitã-n bãtaie
cã este scuipatã
si cã mîine va fi bãtutã cu pietre
Ea stie cã se aflã în rãzboi cu umanul

 

Dar ea stã sfidãtoare îmbrãcatã în înfrîngerea ei ca-ntr-o armurã
stiind cã armura e propria-i piele
si cã pielea ei a fost de sapte ori jupuitã
si trasã la sorti
cum a fost trasã la sorti atunci cãmasa aceea

 

Iar acum si aici sfideazã viata si moartea
tãvãlindu-se în singurãtatea ei mare
ca în mãtase

 

Mîtisorii rosii de plop îi atîrnã-n fereastrã
Este singurã în sfîrsit singurã cuc
fericitã
4-5 ian. 2005

 

Le pays de la solitude


Elle reste seule et se repose sur elle-même
comme se reposent entre eux les frères de lait
comme les ennemis s’épaulent l’un l’autre dans leur haine

 

Oui. Elle reste seule, et dans sa solitude magique pousse
de l’herbe au seuil de sa porte comme sur sa tombe future
il y a de la menthe et du blé jusqu’à sa porte
des franges rouges de peuplier bruissent aux fenêtres
Il lui arrive de parler
avec la sève des fleurs
comme on parle avec une reine
Elle est la soeur de la rosée
de l'absinthe du coquelicot du sureau
sa main cueille tendrement la dame chenille
en lui parlant comme Alice avec étonnement

 

Oh. Elle aime cela. Affronte la vie la mort
marche seule comme un rat
et pieds nus
sur la plaque brûlante de la vie
Elle marche sur la mort comme un écorché qui entre dans la mer
Sur le digue les chiens hurlent vers la lune
Oui. Seule comme un rat elle se piétine elle-même

 

Elle a mal. Est heureuse. Elle défie toute pitié et n'a
besoin de personne

 

Le destin

 

Elle est arrivée dans le pays parfait

 

Traquée comme une biche à la chasse
par la meute qui aboie
elle est enfin arrivée dans ce pays parfait
où pousse l'arnica le millet la ciguë

 

Elle sait que la partie est perdue
qu'elle a été rouée de coups
qu'on lui a craché dessus
et que demain elle sera lapidée
Elle sait qu'elle se trouve en guerre avec l'humain

 

Mais elle reste défiante vêtue de sa défaite comme d'une armure
toute en sachant que l'armure est sa propre peau
et que sa peau a été sept fois écorchée
et tirée au sort
comme a été tirée au sort cette chemise-là

 

Maintenant et ici elle défie la vie et la mort
en se vautrant dans sa grande solitude
comme dans la soie

 

Les chatons rouges de peuplier pendouillent à sa fenêtre
Elle est enfin seule comme un rat
heureuse
4-5 janvier 2005, Traduit du roumain par Ed Pastenague


Tara zãpezii

 

Trec zilele trec noptile se rotesc anotimpuri cu pulberi
Eu stau în mine ca-ntr-o supã fierbinte
Nu – nu iubesc. Nu – nu mã doare iubirea.
Nu – cînd sînt zgîltîitã de friguri
nu mã tine nimeni de mînã
Nu – nu vreau în preajmã nici o fiintã umanã:
mie-mi ajunge îngerul negru al meu
si-o sã vinã regina

 

Singurã sînt. Iar noaptea
eu si cu mine împreunã
umblãm prin tara zãpezii
si din vale îi culeg ghioceii

 

Da. Noaptea bîntui prin zãpada înaltã
scãldatã
într-o luminã albã fatalã
Soarele beznei soarele beznei soarele beznei
îmi arde corneea îmi mîngîie pielea

 

Da. Visez colorat. Albã este zãpada alb cerul
albã licorna
albi carnivori – ghioceii
Numai pãmîntul din vale e negru
precum este mormîntul
Da. Mortilor mei le vorbesc
de la ei astept o bunã primire
Neagrã este tãrîna
rosu este – asa-mi amintesc – sîngele meu
picurînd
ca o marmeladã subtire cãldutã
pe tãblia lucioasã a mesei

 

Oho. Cum se scuturã pomii de flori
si de frunze

 

Trec zilele trec noptile se rotesc anotimpuri cu pulberi
Domine al meu
Domine al tatãlui meu
Domine al tatilor nostri:
ajunge
Stau în mine ca-ntr-o vatrã de jar
stau în mine ca-ntr-o supã în clocot

 

si prin vuietul rosu al febrei
trag cu urechea
la bocancii ei de metal:
s-a dus îngerul negru –
vine regina

 

Oho. Vuietul rosu
de mare închisã între tãrmuri înalte
al febrei
Mi-e dor de tara zãpezii vreau soarele beznei – scîncesc

 

Nu – nu mã vãd. Nu – nu mã reflectã oglinda.
Dar sînt tot mai usoarã
ªi ca un zmeu de hîrtie
stau gata de ducã stau gata de zbor
5-6 aprilie 2005


Le pays de la neige

 

Les jours passent les nuits passent les saisons tournent en rond pleines de poussière
Je reste en moi comme dans une soupe brûlante
Non - je ne suis pas amoureuse. Non - l'amour ne me fait pas mal
Non - quand la fièvre me secoue
personne ne me tient la main
Non - je ne veux autour de moi aucun être humain
il me suffit mon ange noir
et j’attends la reine

 

Seule je suis. Et pendant la nuit
moi avec moi-même toutes les deux
errons à travers le pays de la neige
et dans la vallée je cueille les perce-neige

 

Oui. La nuit je rôde dans la neige haute
baignée
dans une lumière blanche fatale
Le soleil des ténèbres le soleil des ténèbres
le soleil brûle ma cornée caresse ma peau

 

Oui. Je rêve en couleurs. blanche est la neige bleu le ciel
blanche la licorne
blancs et carnivores - les perce-neige
Seule la terre est noire
noire comme la tombe
Oui. Je parle à mes morts
j'attends de leur part un bon accueil

 

Noire est la poussière
et mon sang est rouge - je m'en souviens
il goutte
comme une gelée fine tiède
sur la surface luisante de la table

 

Oh. Comme les arbres s'ébrouent et font
tomber les fleurs et les feuilles

 

Les jours passent les nuits passent les saisons tournent en rond pleines de poussière
Mon Dieu
Dieu de mon père
Dieu de nos pères:
ça suffit
Je reste en moi comme dans un âtre rempli de braise
je reste en moi comme dans une soupe en ébullition
et à travers le mugissement rouge de la fièvre
je tends l'oreille
vers des godillots de métal:
il est parti l'ange noir
c'est la reine qui arrive

 

Oh. Le mugissement rouge
de la mer enfermée entre les hautes rives
de la fièvre
Je m'ennuie du pays de la neige je veux le soleil des ténèbres - je geins

Non - je ne me vois pas. Non - la glace ne me reflète plus
Mais je suis de plus en plus légère
Comme un cerf-volant en papier
Je suis prête à partir je suis prête à m'envoler
5-6 avril 2005,
Traduits du roumain par Ed Pastenague

Poèmes du volume Poèmes sans vergogne, Paris, TQF, 2005, traduit par Dumitru Tsepeneag, Odile Serre, Alain Paruit.

Mars 2006

Grete Tartler

Née en 1948. Poète, essayiste, traductrice, diplomate, auteur de douze livres de poésie (le plus récent étant "Materia Signata", ed. Cartea Romaneasca 2004), cinq livres d'essais et de philosophie (le plus récent étant "La Sagesse Arabe", ed. Polirom 2002), littérature pour les enfants, commentaires critiques, traductions de littérature allemande, anglaise et philosophie orientale. Elle est docteur en philosophie, professeur à l'Université de Bucarest; depuis 1992, elle travaille comme diplomate en Autriche, au Danemark et en Grèce. Elle est traduite en anglais par Fleur Adcock ("Orient Express", Oxford University Press 1990), en italien, espagnol, allemand, etc. Les poèmes inclus dans cette anthologie ont été publiés en Roumain pour la première fois en 1984 et repris dans l'anthologie "Materia Signata", 2005. En français ils sont inclus dans l'anthologie “Rascruce/Carrefour, Poètes roumains, Colectia Ipotesti 2005, traduits par Ilie Constantin, qui a donné son accord pour la présente édition.


Solstitiu

 

Într-o noapte
marinarii si pasagerii s-au îngrozit
auzind strigate din adâncuri:
era un transport de papusi
vorbind la fiece leganare.

 

Asa tipi si tu din adâncul de mare.

 

Si între timp jocul istoriei e jucat
peste capul majoritatii,
transporturi de ceara descarcate-s în magazine.
Furtuna a trecut, apele se impart –
dar nici strigatul tau
nu schimba nimic,
stii prea bine

 

Solstice

 

Une nuit
les marins et les passagers ont eu peur
en entendant des cris dans les profondeurs du navire:
c’était un transport de poupées
qui parlaient lors de chaque balancement.

 

Toi aussi, tu cries ainsi dans le tréfonds de la mer.

 

Et entre temps le jeu de l’histoire est joué
par-dessus la tête de la majorité,
des transports de cire sont déchargés dans les magasins.
La tempête est passée, les eaux se partagent –
mais ton cri, lui non plus,
ne change rien, tu le sais trop bien.


Pregatiri pentru iarna

 

Tu spui ca în toate e o balanta. Atunci
umplem talgerul cu floare de soc
adusa din piata, uscându-se
pe biblioteca, pe masina de spalat, pe covor.
Mirosul ierbilor secerate-i
mai plin de putere!
Dulce naivitate sa-l pui într-un talger, drept leac,
si în celalalt otrava din lume. Sau nenorocul
pe care-l contempli din toate partile
pâna îti pare noroc.
Credinta ca scapa de nefericire
doar cine se masoara cu ea.
Lumea mai slaba decât poemul
caruia-i îndrepti stângacia.
O, vita miseri longa, felici brevis!
Pe masina de spalat se usuca
aerul mai scump decât Gloria!

 

Préparatifs pour l’hiver

 

Tu dis qu’il y a en tout une balance. Alors
remplissons l’un des plateaux avec des fleurs de sureau
apportées du marché, en train de sécher
sur la bibliothèque, sur la machine à laver, sur le tapis.
L’odeur des fleurs coupées
a plus de vigueur!
C’est une douce naïveté de le mettre sur un plateau,
en tant que remède,
et sur l’autre le poison du monde. Ou bien la malchance
que l’on contemple de tous les côtés
jusqu’à ce qu’elle paraisse chance.
Tout comme la croyance qu’échappe au malheur
Seulement celui qui l’affronte.
Le monde est plus faible que le poème
dont tu corrige la gaucherie.
O, vita miseri longa, felici brevis!
Sur la machine à laver sèche
l’air – plus cher que la gloire !

 

Mars 2006

Ioana Nicolaie

Née le 1er juin 1974 dans la ville de Singeorz-bai, Bistrita Nasaud. Études à la Faculté de lettres de Bucarest, achevées en 1997, suivies par une maîtrise à la même faculté. Depuis 1998, elle a travaillé dans les domaines de l’enseignement, du journalisme et de l’édition. Elle a fait son début littéraire en l’an 2000 avec le volume de poésie Poza retusata (Posture retouchée), aux Éditions Cartea Româneasca. En 2002, elle publie le volume Nordul, Editions Paralela 45. Son troisième volume Credinta,(La croyance) Editura Paralela 45, voit la lumière en 2003. Ses poèmes ont étés inclues dans les volumes collectifs Ferestre 98, Aristarc 199 et 40238 Tescani, Image 1999, ainsi que dans le volume Generatia 2000, Pontica, 2004. Ses livres ont été nominés pour le prix ASPRO, ainsi que pour le prix de l’Union des Écrivains Roumains de Bucarest. En 2005, elle publie le roman Cerul din burta(Le ciel du ventre), Editura Paralela 45, déclaré „Le livre du mois de juillet” par la revue Orizont de Timisoara. Une sélection de ses poèmes ont été traduits et publiés en allemand, français, anglais et suédois.

 

Iata-ma


Cîte simtaminte sînt eu
cum ma reazem de pocnetul de grisina al fiecarui fluture
cautînd sa întrezaresc

pielea pudrata a pomilor

gradina casei de coji rontaite

iepurii molfaind iarna-n hainute pufoase

unii pe altii lepadîndu-se sub

mereu scînteiosul briceag

 

cît de straina-mi sînt eu aici
într-o departare în care ceva ar putea sa înceapa
si orice altceva s-ar putea vesteji
precum malaiul în ceaunul bolborositor
precum nuferii mamaligii într-o fotografie
în care urmele mele sînt pulberea facaletelor
scîncetul batatoarelor pe care de uscaciune
aluatul a plesnit în altfel de harti

încetul cu încetul împreunîndu-si mînutele

naruindu-si fainoasele rotule

pe tarîna în care zi si noapte-i totuna

o ruga înmiita pentru aducerile aminte
cu umbre de nuci însurubate-n teasta

pe tarîna din noduri asfaltate

atunci si acum

pe tarîna

corturi fluturatoare între degetele piciorului

muruire desculta, gînganii

 

ce oras de maruntisuri si scame am ajuns
ce trotuare cu obraji vinetii de reziduuri
cît de inerte baltutele hapaind cerul
cu aeroplane cu tot
si orizontul din creioane tocite

ce întindere necurmata de chipuri blonzii
hahaind unele în cojile celorlalte
cînd timp doar ultimului i-a mai ramas

 

ce podis strabatut de fete nevrotice
si ce chiuvete lipite cu leucoplast
în încuviintarile de pe vremea începutului
cînd palmele lor aspre îmi dezghiocau lacrimile
pe vînataile cusute ale unui chip care
la fel de bine ar fi putut sa nu fie

 

si cum ratacesc aidoma maturatorului
pe marginea beznei migalos îmbumbata

catre foirile diminetii

 

si cum ma acopar cu propriile mîini
în încaperile de-atîtea ori nezugravite
si cum ma bîlbîi ca un actoras bun de nimic
spre nimicul ce din nimic se întremeaza
tricotîndu-si tot mai încoace ecoul

firul care ne leaga de ceea ce fi-va atunci

oftatul care spre marginea filei aceleia

ne va mai purta o vreme

niste invalizi

cu stele strînse-n smocuri printre buchetele de coaste

cu luna ciopîrtita în sfieli de roua

 

si cum mai tîndalesc ca un copil cretin
prostul satului pe toti aratîndu-i cu degetul
ochi lunecosi rostogolindu-se-n mingiute de ceara
si broderii de pietre nemairasuflînd
de încordare

 

iata-ma, iata
cu tot ce sa fiu poate n-am apucat
desi doar ce ti se cuvine-n tacere
cu asupra de masura îti este de-ajuns.

 

- din volumul „Credinta”, Editura Paralela 45, 2003


Me voilà


Combien de sentiments suis-je,
alors que je m'appuie contre le craquement de gressin de chaque papillon
et que je cherche à entrevoir
la peau poudrée des arbres
la cour de la maison d'écorces croquées
les lapins mâchouiller l'hiver dans leurs vêtements duveteux
s'abandonner les uns les autres au
canif toujours étincelant

 

comme je me sens étrangère à moi-même ici
dans cet éloignement où quelque chose pourrait commencer
et n'importe quoi d'autre pourrait se faner
comme la farine de maïs dans le chaudron bouillonnant
comme les nénuphars de la polenta dans une photographie
où mes traces sont la poudre des rouleaux
le geignement des battoirs qui, étant tellement desséchés, ont fait
gercer la pâte en d'autres cartes
petit à petit, rejoignant ses petites mains,
éboulant ses rotules farineuses
sur la terre où le jour et la nuit ne font q'un
une prière dite mille fois pour les ressouvenances
avec des ombres de noyers vissées dans la tête
sur la terre des noeuds asphaltés
jadis et maintenant
sur la terre
des tentes ondoyantes entre les orteils
crépissage pieds-nus, bestioles

 

quelle ville de bagatelles et d'effilochures suis-je devenue
quels trottoirs aux joues bleuies par les résidus
comme elles sont inertes les petites mares qui happent le ciel
les aéroplanes y compris
et l'horizon de crayons épointés

 

quelle étendue ininterrompue par des visages blondâtres
qui s'esclaffent les uns dans l'écorce des autres
alors qu'il ne reste du temps que pour le dernier

 

quel plateau parcouru par des figures névrotiques
et quels lavabos collés avec du sparadrap
dans les consentements du commencement
alors que leurs paumes rêches égrenaient mes larmes
sur les meurtrissures cousues d'un visage qui
aurait aussi bien pu ne pas exister

 

et comme je m'égare ainsi que le balayeur
à la lisière des ténèbres minutieusement boutonnées
vers les fourmillements du matin

 

et comme je me couvre de mes propres mains
dans les pièces aux murs toujours sans peinture
et comme je balbutie ainsi qu'un petit comédien bon à rien
vers le rien qui de rien se ravigote
tricotant toujours plus près son écho
le fil qui nous lie à ce qui sera alors
le soupir qui vers la lisière de cette page-là
nous portera encore un temps
quelques infirmes
avec des étoiles ramassées en touffes parmi les bouquets de flancs
avec la lune déchiquetée en pudeurs de rosée

 

et comme je me lambine ainsi qu'un enfant crétin
le fou du village montre tout le monde du doigt
les yeux pétulants se roulent en de petites boules de cire
et les broderies de pierres ne respirent plus,
raidies

 

me voilà, voilà
avec tout ce que je ne suis probablement pas encore arrivée à être
bien que seulement ce qu'on te doit en silence
te suffise outre mesure

 

Acum


De multe luni stau singura
si dimineata ca un val de puroi
cu pometii a razuit garsoniera

 

înainte în palma-mi Florin s-a uitat

linia norocului nici nu exista
( Mircea îmi spusese si el )

si voi muri foarte tînara
mai tînara decît as fi stiut
decît totusi as fi înteles

 

si mi-e frica de moarte
mi-e frica s-o astept stiind ca e
scheletul funinginii pe care
zi de zi îl respir

 

mi-e frica sa ratacesc
în multimea noptilor identice
în duhoarea subsuorilor lor
misunînd de vietati transparente

 

am fost maritata
nu am copii
femeile îndepartate cu o lama se sterg
si am zacut
amintindu-mi primii ani de facultate
nervii mei mereu la pamînt
nevoia de dragoste

 

am fost o fata
mai sînt o tînara fata
nici un impas în zestrea
acestor zgomote

e o sîmbata
smulsa din torturantele pagini
dimineata mahmura a atipit
pe geamurile garsonierei cu chirie

 

de fapt

nicicînd nu ma voi întoarce...

- din volumul « Nordul », Editura Paralela 45, 2002


Maintenant


Souvent, je suis seule,
et le matin, comme une vague de pus,
a raclé, de ses pommettes, le studio

 

auparavant, Florin a lu dans les lignes de ma main
la ligne de la chance n'existe même pas
(Mircea me l'avait déjà dit, lui aussi)
et je mourrai très jeune
plus jeune que je ne l'aurais su
que je ne l'aurais pourtant compris

 

et j'ai peur de la mort
j'ai peur de l'attendre, sachant qu'elle est
le squelette de la suie que
je respire chaque jour

 

j'ai peur d'errer
dans la foule des nuits identiques
dans le relent de leurs aisselles
où fourmillent des êtres transparents

 

j'ai été mariée
je n'ai pas d'enfants
les femmes grattées avec une lame, s'effacent
et je gisais
en me souvenant des premières années de faculté,
quand je vivais toujours sur les nerfs,
du besoin d'amour

 

j'ai été une fille
je suis toujours une jeune fille
aucune impasse dans la dot
de ces bruits

 

c'est un samedi
arraché des pages torturantes
le matin vaseux s'est assoupi
sur les fenêtres du studio loué

 

en effet
je n'y reviendrai jamais...

 

Neatent


Moartea a început
cînd s-a împutinat vacanta de vara
si tablia mesei a înflorit
asa dintr-o data
asa doar spre mine
spre falangele mele înalte
spre mine destul de înalta

 

cu mîini împreunate a început
si lavite lacuite de lustru

tata cu mîini împreunate dormea

zornaindu-si usor pieptul
cosul pieptului obosit
patratind tavanul în flacarile sobei
ochii mei larg deschisi
si platosa de aur a felinarului

 

si-avea o asa resemnare
de prapuri betegi
de giulgiul convoaielor amortind
bolovanii ruginiti ai liniei ferate
fîntînita limpede
sub matasea broastei
si-n tintirim terenul de fotbal

 

moartea de seara, cea de dimineata
moartea de zi...

în miezul ei fara cheag

Fili se trîntea la pamînt

zi de zi

zicînd ca e mort

 

nu te mai preface, nu te mai preface

 

spaima îsi pensa sprîncenele
cu buzele mele învinetite

si-n miezul ei de gris fiert

Fili ridicîndu-se bascalios

Fili luîndu-ma peste picior

 

nu te mai preface, nu te mai preface...

 

într-un carucior de papusi începea
buna si blînda cu bulgarii lemnului
asa întotdeauna ea începea.

- din volumul « Nordul », Editura Paralela 45, 2002

 

Inattentif


La mort a commencé
au moment où les vacances d'été ont décru
et le panneau de la table a fleuri
comme ça, subitement
comme ça, vers moi seulement
vers mes grandes phalanges
vers moi, assez grande

 

elle a commencé avec des mains jointes
et des bancs vernis de lustre
mon père, les mains jointes, dormait
en faisant résonner doucement sa poitrine
la cavité thoracique épuisée
qui divisait en carrés le plafond dans les flammes de l'âtre
mes yeux écarquillés
et la cuirasse en or du falot

 

et il montrait une si grande résignation
d'oriflamme estropiée
de linceul des convois qui engourdissent
les malades rouillés de la voie ferrée
la petite fontaine limpide
sous la conferve
et dans le cimetière le terrain de football

 

la mort de la soirée, celle du matin
la mort de la journée...

 

dans son noyau sans présure
Fili se jetait à terre
chaque jour
en disant qu'il était mort

 

cesse de faire semblant, cesse de faire semblant

 

l'effroi s'épilait les sourcils avec une pince
avec mes lèvres bleuies
et dans son noyau de semoule cuite
Fili se redressait d'un air moqueur
Fili me traitait par-dessus la jambe

 

cesse de faire semblant, cesse de faire semblant...

 

dans une poussette de poupées, elle commençait
bonne et douce envers les boules du bois,
c'était toujours ainsi qu'elle commençait

Traduit du roumain par LINDA MARIA BAROS : poèmes parues dans la revue :"Poésie 2003" - Paris, France

Mars 2006

Ioana Ieronim

Née à Rasnov, en Transylvanie. Etudes de langue et littérature anglaise. Editeur pour des encyclopédies étrangères jusqu’au 1990. Editeur du journal Secolul 20/XX-e siècle/ pour les cultures étrangères (1990-1992). Conseiller culturel de l’Ambassade Roumaine à Washington, DC, 1992-1996; Directeur de programme Fulbright à Bucarest (1998- 2003). Ella a aussi travaillé pour la revue “22”. Membre de l’Union des écrivains de Roumanie, membre du Centre PEN Roumain (dont elle est secrétaire, depuis l’été 2004).
Oeuvre: Poésie: Son premier recueil, Vara Timpurie (Eté prématuré) Ed. Cartea Romaneasca, est publié en 1979; Volume de poèmes choisis: Munci, zile, alunecari de teren (Oeuvres, jours, déplacements de terre) Editions “Masina de Scris”, Bucarest, 2001, ou sont inclus des poèmes publiés dans d’autres recueils de poèmes ainsi que des poèmes parus dans deux volumes de poésie narrative, L’Eglogue, Ed.Cartea Romaneasca, 1984 et Triumful Paparudei /Le Triomphe de la Sorcière/ Editions Litera, 1992. “Le Triomphe de la Sorcière” a été publié en Angleterre aux Editions Bloodaxe, en 2000, sous le titre Triumph of the Waterwitch, traduit par Adam J. Sorkin en collaboration avec l’auteur. Le livre a été présenté par le Ministre pour l’Europe de la Grande Bretagne dans le cadre d’un événement publique à Cambridge, organisé par le Foreign and Commonwealth Office, 2003 ; ce même volume a été nominé, avec une mention spéciale, pour le prix Sir Weidenfeld Prize - Oxford, pour littératures étrangères (le prix de l’année a été accordé à Racine). Le recueil bilingue roumain-anglais, 41, dans la traduction d’ Adam J. Sorkin en collaboration avec l’auteur, est publié à l’Ed. Cartea Romaneasca, en 2003.
Son volume de vidéopoèmes (musique et images) “Lentila unui bob de roua (La lentille d’un grain de rosée), en collaboration avec Tom Brandus et Adrian Tabacaru, a été présenté au cour d’un spectacle multimédia à l’Institut Culturel de New York, en juin 2004. Ses préoccupations récentes se dirigent vers le théâtre.


Lectura

 

Citesc aceste cuvinte în care nu te mai recunosc
nici eu nu sunt de recunoscut. Ziceam odata
eu orice femeie tu orice barbat

 

Mai scoatem capul si acum
prin tiparele de fatada si sarbatoare
dar nu în acelasi timp

 

Cuvintele s-au scurs la pamânt
frigul a incendiat cuibul zilei –
din puii lor înghetati au început sa manânce
nemaicunoscându-i
jivinele vii

 

ceva din noi ramâne totusi
pentru mai târziu, pamântul n-ar fi rau, nici clima
vor creste ierburi în acest loc
- ai sa le vezi când revii

 

Lecture

 

Je lis ces lignes où je ne te reconnais plus

 

moi non plus, je ne suis plus reconnaissable.
Je disais bien une fois

 

moi, comme toutes les femmes - et toi comme tous les hommes

 

on sort encore la tête par les cartons des foires

 

mais pas en même temps

 

Les mots nous ont longés pour s'écouler sur la terre
: le froid a mis le feu au nid de la journée

 


ne les reconnaissant plus,

 

les fauves mordent aux petits transis de froid


pourtant, quelque chose de nous persiste pour plus tard

 

le sol n'est pas mauvais, le climat plutôt doux
- de nouvelles pousses grandiront sur ces terres

 


tu les verras au retour


Ars poetica

 

Poesie pentru când
esti miop esti obosit esti
tocit pâna la urzeala

 

scrisa cu bidineaua pe zid

 

vizibila si pe întuneric

 

asteptând sa creasca
undeva cândva
generatia spontanee a nuantelor


Ars poetica

 

Poésie pour les instants quand tu es myope,
éreinte, usé jusqu'à la corde

 

barbouillée au gros pinceau sur les murs

 

visible jusque dans le noir


en attendant qu'un beau jour
pousse quelque part

 

la génération spontanée des nuances


Les beaux jours

 

Les beaux jours, când pamântul era drept
si-l legana în soare
blânda testoasa

 

când zeul cel mai tainic dintre toti
si-a ales împaratie
în tarcul dintr-o sfoara
legata pe tri tarusi

 

semnul Lumii în palma întredeschisa
causa rerum
plina de semintele sacre
ale efectului

 

Les beaux jours

 

les beaux jours, quand la terre était toute plate
et la douce tortue la berçait au soleil


quand le dieu le plus secret avait placé son royaume
dans l'enceinte faite d'une ficelle
tendue entre trois calas

 

le signe du Monde dans la paume entrouverte
causa rerum
pleine des signes sacres de l'effet


Poèmes traduits par Vasile Covaci

Du volume Munci, zile, alunecari de teren, Ed. Masina de scris, 2001

Mars 2005

Cristina Montescu

Le livre

De bonnes et de mauvaises fées présidaient à ma naissance. Trop occupée de m’extraire une lettre de l’oreille gauche, je ne les ai pas vues.
Tu es venu près de moi, tu m’as prise dans tes bras et tu m’as bercée parmi les chevaux bleus et les chevaux rouges qui déchaînaient leurs ailes.
Sur mes yeux, tu as tatoué la solitude. Dans mon sang, tes lettres ont inscrit l’errance.
Tu as chassé de mon lit le sable et tu m’as dit : « Surtout ne tourne pas la tête ! » Je t’entendis t’éloigner et devenir mon ombre.
Un jour, tes pages versèrent, goutte à goutte, des taches noires de silence sur le plancher, sur mon corps, sur mes ailes. J’ai vainement essayé de les effacer avec mes larmes, mes souvenirs, mon espoir effiloché.
Une feuille blanche m’appela; le cri gargouillant de paroles, je passai le seuil de l’errance.

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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