Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 19 • Montréal • 15.03.2006

ARCHIVE

Mars 2006

Message de la Ministre des Relations internationales
et Ministre responsable de la Francophonie,
Madame Monique Gagnon-Tremblay,

pour le magazine électronique Terra Nova célébrant la Journée internationale de la Francophonie en Roumanie

En 2006, Bucarest deviendra la capitale de l’espace francophone alors qu’elle sera l’hôtesse du XIe Sommet de la Francophonie, qui s’y tiendra les 28 et 29 septembre prochain. La Francophonie tout entière aura les yeux tournés vers la Roumanie. Ce pays est le premier de l’Europe centrale et orientale à accueillir le Sommet des chefs d’État et de gouvernement ayant le français en partage. C’est la plus haute instance de la Francophonie institutionnelle.

Que de chemin parcouru depuis 1986. Cette année là, les 42 membres de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), créée à Niamey en 1970, jetaient les bases d’un nouveau forum appelé à devenir au fil du temps l’un des plus grands rassemblements politiques multilatéraux du monde. Depuis lors, 21 nouveaux pays et gouvernements se sont joints à l’organisation. Ils ont adhéré à ses ambitions, soutenu ses projets et se sont reconnus dans son idéal, basé sur des valeurs communes de démocratie, de solidarité, de paix et de promotion de la diversité culturelle et linguistique.

La Francophonie est un creuset. La rencontre de Ouagadougou, en terre africaine en 2004, était en quelque sorte un retour aux sources. En effet, le rêve francophone pris naissance en Afrique, grâce à trois leaders, Léopold Sédar Senghor du Sénégal, de Hamani Diori du Niger et de Habib Bourguiba de Tunisie. Ce rêve a été partagé par des dirigeants d’autres continents.

Cette année, le Sommet francophone sera de retour en sol européen, au cœur d’une Europe redessinée, qui prend aujourd’hui conscience de l’ampleur de son ambition, des réformes partout engagées et de son destin.

Longtemps excentrée, comme mise en marge de l’histoire du continent, l’Europe centrale et orientale retrouve sa voix au sein de l’Europe, et y reprend sa place historique. Cinq pays de l’Europe centrale et orientale sont maintenant membres de l’Union européenne et de l’OIF. La Roumanie et la Bulgarie pourront adhérer à l’Union européenne au début de l’année 2007.

Cette Europe participe aujourd’hui au renouveau de la Francophonie. Elle apporte avec elle son dynamisme, son désir de changement et la pluralité de ses cultures. Pour sa part, la Francophonie du monde parle aux peuples d’Europe qui, pendant plusieurs siècles, ont adopté son idiome, l’ont propagé jusqu’en Russie, lui confiant au passage des mots venus de leur propres langues.

C’est cet esprit de métissage et d’emprunts réciproques qui façonne aujourd’hui la Francophonie. C’est aussi le message que la famille francophone célèbre le 20 mars, lors de la Journée internationale de la Francophonie.

Je me réjouis que Bucarest soit, en 2006, le foyer principal de cette célébration qui coïncidera avec le 20e anniversaire du Sommet inaugural de Versailles.

Le foisonnement d’activités, qui se tiendra en prélude ou en marge du Sommet lui-même, témoigne de l’engagement de la Roumanie en faveur du projet francophone. C’est donc avec enthousiasme que j’entreprendrai du 19 au 22 mars, une visite à Bucarest.

Le 20 mars prochain, j’aurai le plaisir et l’honneur de participer, en présence de monsieur Traian Basescu, président de la Roumanie, et de monsieur Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, aux célébrations marquant le 20e anniversaire des Sommets de la Francophonie, de l’Année Senghor et de l’ouverture des États généraux de la Francophonie.

J’aurai l’occasion d’y réitérer combien le Québec est désireux d’apporter sa contribution au succès du Sommet de Bucarest. Je suis assurée par ailleurs que la Roumanie met tout en œuvre pour que le XIe Sommet soit non seulement une réussite, mais constitue une étape marquante dans l’histoire de la Francophonie.

Le Québec, terre séculaire du fait français en Amérique, reprendra, à Bucarest, en septembre prochain, le flambeau de la Francophonie. Après les Roumains, nous organiserons le Sommet de la Francophonie en 2008. Nous nous efforcerons d’être à la hauteur.

Je salue le peuple roumain, fier et fidèle compagnon de route de l’aventure francophone, qui aujourd’hui parle au monde au nom de la Francophonie.

Crédit photo : www.mri.gouv.qc.ca

Mars 2006

Message du M. Mihai-Razvan Ungureanu,
Ministre des Affaires Etrangères de la Roumanie

A l’occasion de
la Journée Internationale de la Francophonie

Compte tenu de l’accélération du processus de la globalisation, l’Organisation Internationale de la Francophonie a adoptée, en Novembre 2005, une nouvelle Charte qui peut l’imposer au niveau mondial comme l’une des principales organisations à soutenir le développement économique, politique, social et culturel dans le monde contemporain. En promouvoir la diversité culturelle, le dialogue interculturel, le développement durable, l’OIF este capable d’offrir des outils efficaces, afin de modérer les effets pervers de la mondialisation.

En présent, la diversité culturelle est le cadre de manifestation pour toute activité diplomatique. A partir d’un concept à connotations sociales, de respect parmi les peuples, à partir d’une simple invitation à l’entendement et tolérance multiculturelle, la diversité est devenue une réalité de notre vie quotidienne. Dans nos jours, le dialogue entre les cultures et les civilisations constitue la clé de voûte pour édifier le nouveau système politique mondial. La Francophonie a la vocation de structurer toutes les dimensions de ce dialogue, comme une institution multilatérale d’une diversité sans pareille, ayant une pratique solide et une vraie ouverture vers la coopération avec des institutions similaires.

A partir de l’automne de 2005 et en vue d’organiser la plus importante réunion périodique de la Francophonie, la Roumanie est le représentant officiel de la Francophonie au niveau mondial. C’est une opportunité particulière, que notre pays peut en valoriser au plan de son image au monde, afin de s’imposer comme model régional et comme pole de la Francophonie en Europe Centrale et de l’Est.

Pendant l’intervalle du 25-29 septembre 2006, nous organiserons à Bucarest le XI-ème Sommet de la Francophonie. L’enjeu est extrêmement important, comme nous avons l’occasion à démontrer au monde entier que la Roumanie est capable de regarder au-delà des priorités essentielles qu’elle s’est établie, voir d’accéder à l’OTAN et à l’UE. Obtenir le statut de membre à plein droits à l’OTAN, ainsi que la prochaine adhésion à l’Union Européenne ne signifie pour la Roumanie l’arrivée au bout du chemin, mais le commencement d’un processus ciblé à endosser et à promouvoir, sur une base solide, une politique étrangère active, multilatérale, dans toutes le forums ou nous sommes représentés.

Evidement, le Sommet de la Francophonie de Bucarest est le plus important événement que la Roumanie organisera dans l’année précèdent à l’accomplissement du son objectif national, l’intégration dans la famille européenne. Au manifestations participeront les chefs d’états et de gouvernement représentant les 63 pays membres, associés, ou observateurs de l’OIF, en offrant la capitale roumaine l’opportunité de devenir une scène spéciale pour lancer et débattre des thèmes à vocation internationale, l’accent étant mis sur la façon dans laquelle les nouvelles technologies de l’information peuvent être meilleur utilisées dans le processus de l’éducation, comme des outils pour le développement durable.

Nos efforts pour le succès de ce Sommet ont été concrètement et en permanence appuyés par les autres pays membres de la Francophonie, et il m’est particulièrement agréable à mentionner, le Canada, pays bilingue, patrie d’adoption pour beaucoup de roumains, représentants d’une culture avec des racines ancestrales à l’espace francophone. Hôte de deux Sommets de la Francophonie, le deuxième contributeur financier mondial à l’Organisation Internationale de la Francophonie, le Canada nous a octroyé une inestimable assistance concernant l’agenda de la Réunion et le contenu des débats, et il continue à le faire avec assiduité. Je veux exprimer toute notre gratitude pour l’appui logistique et en savoir-faire le gouvernement fédéral, ainsi que les gouvernements provinciaux du Québec et Nouveau Brunswick ont généreusement offert à Roumanie.

D’ailleurs, par une heureuse coïncidence, à la conclusion des travaux du Sommet du Bucarest, le Canada prendra la relève, afin d’organiser, au Québec, en 2008, la douzième Réunion de Haut Niveau de la Francophonie.

Un pansée spéciale pour les roumains qui se sont établis aux espaces francophones, ou ils déploient une riche contribution au développement social, économique et culturel de leurs patries d’adoption. J’ai la ferme conviction que, pour le roumains -canadiens, l’organisation du Sommet de la Francophonie à Bucarest vient de renouveler les ponts spirituels avec leur terre natale, toute comme une occasion de fierté pour leur appartenance à une culture qui a donne au monde francophone de noms célèbres, comme Constantin Brâncusi, Emil Cioran, George Enescu, Eugen Ionesco, et tant d’autres, enrichir ainsi le patrimoine des valeurs culturelles universelles.

Mes chers roumains – canadiens, même si, physiquement, vous ne pourriez vous rendre avec nous à Bucarest, en septembre 2006, je vous assure qu’en esprit vous y serez, membres de la grande famille francophone roumaine, intégrée avec le succès bien mérité dans la famille internationale de La Francophonie!

Crédit photo : europa.eu.int

Mars 2006

Les relations entre la Roumanie et le Nouveau-Brunswick

Par : Prof. Mircea Roman Ph.D
Consul Générale Honoraire de Roumanie à Moncton

Ce n’est que depuis quelques années qu’on peut parler de véritables relations entre le Nouveau-Brunswick et la Roumanie, et ce, particulièrement grâce à la Francophonie. Les premiers contacts entre les deux territoires ont commencé à partir des années 70 lorsqu’une poignée d’immigrants roumains se sont installés au Nouveau-Brunswick pour travailler principalement à l’Université de Moncton, université émergente à l’époque qui avait grandement besoin d’académiciens de l’extérieur. Parallèlement à la même époque, le Nouveau-Brunswick rencontrait de façon très amicale les autorités roumaines en tant que gouvernement participant (aux côtés du Canada et du Québec) dans le cadre de la Francophonie institutionnel qui était elle aussi en pleine construction.

Ce lien avec la Francophonie leur a permis par la suite de participer aux divers sommets qui ont débuté en 1985 à Paris. Finalement, au bout de quelques années, le Nouveau-Brunswick a pu réussir un coup de maître : obtenir que le 8ème Sommet de la Francophonie se tienne à Moncton en 1999. Et c’est à ce moment-là que les relations entre cette province comptant 250 000 francophones et la Roumanie ont véritablement commencés.

Ainsi, le Nouveau-Brunswick a pu recevoir pour la première fois de son histoire la visite d’un chef d’état de la Roumanie, le président Emil Constantinescu. Tant les Acadiens que les Roumains ont pu découvrir leurs grandes similitudes culturelles. C’est donc suite à cette visite que la Roumanie a décidé de nommer le professeur Mircea Roman au rang de Consul honoraire pour la province du Nouveau-Brunswick. Cette nomination a par la suite grandement facilité les relations entre les deux peuples. Voici les faits saillants :

2000 Début des relations entre l’Université de Moncton et le Festival international de théâtre de Sibiu, rendant possible que des professeurs et étudiants en art dramatique jouent à ce prestigieux festival sur une base annuelle;

2001 Premiers contacts établis entre des écoles du Nouveau-Brunswick et des écoles roumaines;

2002 Visite de la ville de Resita au Canada; discussions d’un jumelage entre Moncton et Resita;

2002 Visite de la ville de Baile Herculane au Canada; discussions d’un jumelage entre Dieppe et Baile Herculane;

2003
o Visite du maire de Moncton à Resita et signature d’un protocole de jumelage entre les deux villes;
o Tournée du Chœur Neil Michaud dans la région du Banat pour une série de concerts;

2004
o Partenariat entre l’Université de Moncton et l’Université Ovidius de Constanta;

2005
o Deux missions (dont une mission ministérielle) du Nouveau-Brunswick en Roumanie pour développer les relations économiques et politiques;
o Deux missions de l’Université de Moncton et discussions pour un protocole d’entente avec l’Université de Transylvanie à Brasov;
o Mission ministérielle de Roumanie à Moncton dans le cadre de l’organisation du XI-ème Sommet de la Francophonie.
o Au 1er décembre 2005 (Fête nationale de la Roumanie), le professeur Mircea Roman est promu au titre de Consul général honoraire;

L’année 2006 s’annonce déjà comme une année record en matière de collaboration entre les deux territoires. D’abord, une mise en place d’un jumelage entre 3 écoles du Nouveau-Brunswick avec une école roumaine avec des élèves de 2ème et 3ème années pour la création d’un livre intitulé : « La vie d’un écolier » rempli d’illustrations et de textes des élèves. Ensuite, Bucarest sera l’hôte du 11ème Sommet de la Francophonie en septembre 2006 et le Nouveau-Brunswick s’est engagé à fournir une assistance dans la création du Village de la Francophonie (activité lors du Sommet de Moncton). De plus, la nouvelle ambassadrice de Roumanie au Canada, Son Excellence Madame Elena Sava Stefoi, prévoit une visite officielle au Nouveau-Brunswick lors du 20 mars où elle célébrera la Journée mondiale de la Francophonie. Cette journée sera également marquée en Roumanie par le Nouveau-Brunswick avec un concert offert par l’artiste bien connu Jean-François Breau à Bucarest. En avril, une mission commerciale du Nouveau-Brunswick est de nouveau prévue en Roumanie. Une visite du ministre de l’Agriculture de Roumanie est également prévue au Nouveau-Brunswick au cours de l’année. Tout ceci sans mentionner les multiples activités qui se préparent à l’automne dans le cadre du Sommet de Bucarest!

On peut donc facilement constater que la Roumanie et le Nouveau-Brunswick ont forgé une sincère amitié qui débouche sur un nombre croissant d’étroites partenariats tant aux niveaux culturel, académique, politique et économique. Et tout laisse présager que ce n’est que le début!

Crédit photo : www.romanianconsulate.ca

Mars 2006

Irina Egli

L'honorable Percy Mockler

Ministre du Mieux-être, de la Culture et du Sport,
Ministre responsable du Secrétariat de l'immigration et du rapatriement, et Ministre responsable de la Francophonie

Chers amies et amis de la Francophonie,

Le 20 mars est une journée importante, puisque partout dans le monde, des milliers de gens célèbrent d’une façon particulière la Francophonie et réaffirment leur engagement envers la langue française.

En ma qualité de ministre responsable de la Francophonie du Nouveau-Brunswick, c’est avec un immense plaisir que je vous souhaite une bonne Journée internationale de la Francophonie. C’est l’occasion annuelle et unique, de célébrer notre appartenance à la culture francophone globale.

Cette année, le peuple Roumain aura l’honneur d’accueillir le XIème Sommet de la Francophonie, consacré aux technologies de l’information et à l’éducation. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick se réjouit de participer à ce Sommet à Bucarest. Puissent ces événements, permettre d’amorcer le développement des relations de coopération entre la Roumanie et le Nouveau-Brunswick.

Bonne fête de la Francophonie!

L’honorable Percy Mockler
Ministre du Mieux-être, de la Culture et du Sport,
Ministre responsable du Secrétariat de l'immigration et du rapatriement, et
Ministre responsable de la Francophonie

Mars 2006

Interview avec Cristian Preda, Secrétaire d’État à la Francophonie

par Felicia Mihali

Le 11ème Sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie qui réunira les chefs d’État et de gouvernement des 63 pays, se tiendra les 28 et 29 septembre 2006 à Bucarest. La Roumanie est, donc, le premier pays de l’Europe Centrale et Orientale hôte d’un Sommet de la Francophonie. Cette année le thème central de la conférence sera dédié à l'éducation et aux technologies de l'information et de la communication. Outre le Sommet proprement-dit et les réunions des autres structures institutionnelles de l’OIF, en Roumanie auront lieu une serie d’actions dédiées à la Francophonie pour marquer aussi les vingt ans de l’organisation du premier Sommet de la Francophonie (1986-2006).
Cette année, celui qui va gérer l’organisation du Sommet de l’OIF est Cristian Preda, Doyen de la faculté des sciences politiques de Bucarest et Secrétaire d’État à la Francophonie. Nous lui en avons posé quelques questions :

Felicia Mihali - La filiation des deux cultures est de longue date. Toutefois, les renversements produits par la mondialisation de l’anglais à travers surtout les nouveaux médias ont opéré de grands changements dans l’esprit anciennement francophone des Roumains. Tant que lors des débats précédant l’invasion de l’Irak, la Roumanie a fait preuve de ses nouvelles tendances proaméricaines, quelle place accordez-vous, Monsieur Cristian Preda, à l’usage du français et au modèle spirituel français?

Cristian Preda - La langue française reste toujours pour les Roumains un outil privilégié de communication. Il est vrai qu’au niveau mondial, la langue anglaise occupe aujourd’hui la position dominante. La Roumanie se trouve, de ce point de vue, dans une position plutôt équilibrée, car au niveau du choix opéré par les élèves, l’anglais détient seulement un avantage assez faible par rapport au français. Pour être plus précis, il s’agit de 49% des choix opérés en faveur de l’anglais par rapport au 42% des choix en faveur de la langue française. Nous pourrons dire sans crainte d’erreur que la sensibilité francophone de la Roumanie est toujours présente. Ce serait impossible d’ailleurs d’effacer d’un trait l’importance que cette langue a eu et a encore, en tant que porteuse de valeurs chères à nous tous : la liberté, l’égalité et la fraternité. La langue est l’outil primaire de transmission d’une culture. Plus de deux siècles et demi d’utilisation, de lecture, de modelage des institutions roumaines sur des modèles français et belges ont laissé des traces indélébiles.

F.M.- A part les échanges universitaires desquelles vous parliez dans une entrevue, combien active est encore l’influence française dans le milieu culturel roumain?

C.P. - Comme vous le savez sans doute, je suis en dehors de ma fonction actuelle de Secrétaire d’Etat pour la Francophonie professeur des Universités. En cette qualité, je peux vous dire que j’ai dû signer un bon nombre de recommandations pour des étudiants roumains qui étaient intéressés à parfaire leur parcours universitaire au Québec. Par exemple, l’université de Laval est un des points forts de la coopération avec le Québec. La présence québécoise ne se limite pas pourtant à cette dimension, mais aussi elle est marquée au niveau des autres domaines culturels. La coopération au niveau du théâtre, du film, des présences littéraires est très marquée. Forte du développement économique des dernières années, toute une population vit une renaissance de l’intérêt pour le domaine de la culture et des découvertes touristiques.

En même temps, il est juste de dire que ce qu’on peut appeler la nouvelle élite culturelle roumaine, la jeune élite des industries culturelles même si majoritairement, au début, anglophile elle retourne, en se maturisant, vers l’expression française.
Le français a été un véhicule de liberté très important pendant les années du communisme. Aussi cette langue est devenue un repère solide tout au long des années de « la transition » pour arriver aujourd’hui à se constituer dans une véritable voie pour le développement personnel de tant de jeunes. C’est à nous, francophones roumains de consolider cette tendance et d’en montrer les avantages en termes d’ouverture sur le monde et de modernité.

F.M.- L’appartenance de la Roumanie à la grande famille francophone est méconnue ou, parfois, même contestée. Pourquoi, en 2006, la Roumanie occupe-t-elle une place tellement importante dans le cadre des manifestations dédiées à la francophonie?

C.P. -La Roumanie est l’un des premiers pays de l’Europe de l’Est, avec notre voisine la Bulgarie, qui a manifesté son intérêt pour appartenir à la grande famille francophone très tôt après 1990. Nous sommes devenus membres observateurs de la Francophonie en 1991 et membres de plein droit en 1993. Comme vous le savez déjà, le choix de la Roumanie pour la Francophonie est essentiellement un choix fondé sur une volonté clairement définie et sur une base commune de valeurs et principes. C’est au nom de ces mêmes principes que la Roumanie a été désignée pour être hôte de la Francophonie : nous avons évolué ensemble, nous sommes décidés d’occuper une position de plus en plus importante au sein de l’Organisation et nous avons notre expérience qui peur être utilisée pour l’avancement de tous ce qui en ont besoin. Nous avons l’expérience d’une transition de succès, expérience que nous sommes désireux de partager. Nous sommes prêts à nous impliquer dans les missions stratégiques de la Francophonie avec tout notre enthousiasme et notre savoir-faire.

F.M.- L’ancienne filiation culturelle et spirituelle des deux pays a-t-elle un rôle à jouer dans le nouveau contexte économique?

C. P. -Au niveau de la coopération économique, la Roumanie entretient des liens privilégiés avec un bon nombre de pays francophones. Certes, le niveau de représentation économique des pays francophones en Roumanie n’est pas le même pour tous. Il y a des présences qui sont beaucoup plus fortes que les autres. Par exemple, la France, la Belgique, le Canada occupent les premières places de cette liste. Mais nous désirons développer et ensuite approfondir la coopération avec un nombre de plus en plus significatif d’économies francophones. Nous avons un proverbe qui dit que l’on n’a jamais assez d’amis. Je crois que cela est vrai aussi au niveau des pays.

F.M.- Mise à part la France, quels sont les liens avec les autres pays ou régions francophones du monde, le Québec par exemple?

C.P. - La Roumanie et le Québec sont parvenus à développer des liens très spéciaux, même si à la première vue les rapports qui nous unissent semblent plutôt minces. Les Roumains et les Québécois sont parvenus à définir leur identité culturelle dans des conditions qui leur étaient tout à fait opposées. Les Roumains sont parvenus à maintenir une île de latinité dans une région totalement dominée par les langues slaves et finno-ougrienne. Les Québécois ont réussi à sauvegarder leur culture latine étant entourés par les anglophones. Comme vous pouvez le remarquer il y a une similitude entre nous, similitude qui ne fait que faciliter notre rapprochement maintenant. Il y a un nombre assez important d’étudiants roumains qui poursuivent leurs études à l’Université de Laval et aussi dans d’autres centres de la province de Québec.

F.M.- Suite à l’attention que le Sommet attirera sur la Roumanie en automne, espérez-vous aux éventuelles conséquences, et de quelle nature seraient-elles?

C.P. - Le Sommet du mois de septembre représente une opportunité sans précédent pour notre pays : devenir le centre politique du monde francophone signifie une visibilité accrue pour la Roumanie. Nous sommes le premier pays de l’Europe Centrale et Orientale qui a été désigné pour héberger une Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement ayant le français en partage. De plus, nous sommes l’unique pays européen en dehors de la France à être désigné pour organiser cet évènement. Pour la Roumanie, organiser le Sommet de la Francophonie signifie mobiliser ses forces pour la manifestation la plus complète et complexe jamais organisée chez nous. Cependant, le Sommet ne représente qu’un moment très particulier dans l’architecture francophone que nous essayons de renforcer. Ce que nous nous sommes proposés d’accomplir comme un signe durable de cette manifestation est sensibiliser le public roumain à ce que la Francophonie est devenue aujourd’hui. Pour la plupart de nos compatriotes, la Francophonie est synonyme avec la France. C’est de notre devoir de mettre en évidence toute la richesse de cette organisation, de montrer que la Francophonie c’est aussi le Québec, le Nouveau Brunswick, le Canada, mais aussi le Burkina Faso, le Sénégal, ou le Laos. Ce que désirons aussi ce sont des relations durables de coopération avec tous les Etats-membres, dans le but soit de raviver des liens qui étant trop longtemps délaissés ont finit par se dissoudre, soit de construire des rapports tout à fait nouveaux avec les pays d’Afrique, du Proche Orient mais aussi de l’Asie. Ce sont des buts ambitieux certes, mais nous sommes confiants dans nos chances de réussite.

En vous remerciant pour le temps accordé pour cette entrevue, nous vous souhaitons Bon Sommet!

A consigné Felicia Mihali
Crédit photo : www.gardianul.ro et regard.ro

Mars 2006

L’AIÉQ et les études québécoises en Roumanie

Interview avec Robert Laliberté, Directeur général de l’Association internationale des études québécoises

Lors d'une visite à l'Université du Québec à Montréal, M. Robert Laliberté a eu la bienveillance de nous parler du rôle que joue l'institution qu'il dirige dans le développement des études québécoises à travers le monde. Ses propos ont été consignés par Adina Ruiu, étudiante à la maîtrise en études littéraires à l'Université du Québec à Montréal.

A.R. : Qu’est ce que l’AIÉQ ?

R.L. : Quand on me demande ce qu’est l’AIÉQ, je répond toujours que c’est le résultat de la volonté qu’ont eu, il y a bientôt 10 ans, quelques universitaires du Québec et de l’étranger, de rassembler au sein d’un vaste réseau international tous ceux et toutes celles qui partout à travers le monde se consacrent à l’étude du Québec. Ces fondateurs de l’AIÉQ, qui étaient sans doute un peu rêveurs, mais aussi très visionnaires, avaient observé que les universitaires qui se consacrent à l’étude du Québec sont bien souvent isolés dans leur milieu. En étant regroupés au sein d’une association dont la mission serait de soutenir et d’encourager le développement d’études sur le Québec, ils allaient pouvoir sortir de leur isolement, avoir la possibilité de faire circuler des informations au sujet de leurs projets, recevoir des informations au sujet des projets de leurs collègues et surtout, obtenir un meilleur soutien pour mener à bien ces projets.

A.R. : Comment l’AIÉQ s’y prend-elle pour encourager le développement des études québécoises à travers le monde ?

R.L. : L’action de l’AIÉQ s’articule autour de trois axes principaux : informer, soutenir les projets et initiatives de ses membres, faire davantage circuler les auteurs et leurs livres. Pour mieux informer celles et ceux qui se consacrent à l’étude du Québec, nous avons un Bulletin électronique, que nous transmettons chaque semaine à plus de 2 500 professeurs, chercheurs et étudiants répartis dans 65 pays à travers le monde ainsi que deux sites internet. Nos membres peuvent obtenir une aide financière de notre part, c’est-à-dire des bourses d’études, de stages ou de voyages, pour préparer un cours, faire une recherche, une publication, une conférence ou encore un colloque sur le Québec. Ils peuvent également obtenir un soutien de notre part pour inviter dans leur université un auteur québécois ou encore pour enrichir leur collection d’ouvrages portant sur le Québec.

A.R. : Qu’a fait l’AIÉQ jusqu’à maintenant pour encourager le développement des études québécoises en Roumanie et que compte-t-elle faire au cours des prochains mois et des prochaines années à cet égard ?

R.L. : Je dois bien avouer que nous avons fait peu de choses jusqu’à maintenant pour soutenir et renforcer le développement des études québécoises en Roumanie. L’Association, qui est encore très jeune, s’est d’abord implantée en Amérique, c’est-à-dire dans le reste du Canada, aux États-Unis et dans certains pays d’Amérique latine, dont le Brésil, puis en Europe de l’Ouest, notamment en Allemagne, en Belgique, en France, en Italie, en Irlande et au Royaume-Uni. Composé d’une trentaine de membres au moment de sa création, en mai 1997, le réseau de l’AIÉQ compte aujourd’hui plus de 2 500 participants.

Ceci étant dit, les études québécoises sont déjà bien implantées en Roumanie. On y retrouve une vingtaine de professeurs, chercheurs et étudiants qui se consacrent à l’étude du Québec, plus particulièrement à l’étude de la littérature et de la culture québécoise, dans dix universités du pays. Au cours des dernières années, il nous est arrivé à plusieurs reprises d’accorder notre soutien à certains de ces spécialistes du Québec qui souhaitaient inviter dans leur université des collègues québécois ou encore publier en Roumanie un ouvrage d’introduction à la littérature québécoise.

Dans les mois et les années qui viennent nous envisageons de faire beaucoup plus. Bien sûr, parce que le prochain Sommet francophone se tiendra à Bucarest l’automne prochain. Mais également et surtout parce que la préparation de ce grand événement ne fait que nous rendre encore plus conscient de l’intérêt que les Roumains et les Roumaines accordent à la langue française, à la francophonie en général et jusqu’à un certain point au Québec en particulier. En tant que dirigeant de l’AIÉQ, une organisation qui est totalement indépendante du gouvernement, je ne peux évidemment pas parler au nom du gouvernement du Québec. Cependant, je sais que ce dernier se prépare lui aussi à poser des gestes qui devraient contribuer à accélérer de manière significative et durable le développement de collaborations entre la Roumanie et le Québec.

Pour ma part, je profiterai de l’occasion que m’offre la tenue à Sinaïa du congrès du Conseil international des études francophones, une organisation qui regroupe des professeurs de littératures francophones de plusieurs pays et avec laquelle l’AIÉQ entretient des liens étroits de collaboration, pour enclencher un processus de consultation qui devrait nous aider à mieux déterminer comment nous pourrions mieux soutenir les universitaires roumains qui s’intéressent au Québec. Lors de cette mission qui se tiendra dans les derniers jours de juin, j’aurai le plaisir d’être accompagné de deux jeunes québécoises d’origine roumaine, Felicia Mihali, qui a déjà publié trois romans en moins de 6 ans, et de Adina Ruiu, une étudiante de l’UQAM, qui représentent en quelque sorte la nouvelle génération de ces bâtisseurs de ponts dont nous aurons besoin pour resserrer encore davantage les liens entre la Roumanie et le Québec.

Je souhaite pouvoir rencontrer le plus grand nombre possible de ces intellectuels roumains qui s’intéressent au Québec afin de mieux comprendre d’où leur vient cet intérêt et surtout comment l’AIÉQ peut y répondre. Je les écouterai me parler de leurs projets de cours, de livres, de colloques ou encore de traduction d’auteurs québécois. Je les interrogerai sur la nature et les modalités de l’aide que pourrait leur apporter l’AIÉQ pour leur faciliter la réalisation de ces projets. Enfin, je discuterai avec eux du rôle qu’ils pourraient jouer, à partir de Roumanie et avec le soutien modeste d’une association comme l’AIÉQ, pour promouvoir davantage la langue et la culture françaises en général et celle du Québec en particulier, dans leur propre pays, en Europe de l’Est, et ailleurs dans le monde.

Adina Ruiu est étudiante à l’UQAM.

Mars 2006

LE CONSEIL INTERNATIONAL
D’ETUDES FRANCOPHONES
VOUS DONNE

RENDEZ-VOUS A SINAIA

Par Neli Eiben

Qu’est-ce que c’est que le CIEF ? Les amoureux de la langue française connaissent certainement cette association à but non-lucratif qui a pris naissance en 1987 aux États-Unis, en Louisiane, grâce à Maurice CAGNON, et qui s’est fait connaître dans le monde entier par les congrès organisés dans différents pays (Côte d’Ivoire, Canada, France, etc.) et dans différentes villes (Toulouse, Montréal, Nouvelle-Orléans, Liège, Abidjan). Certains d’entre vous ont déjà lu peut-être la revue du CIEF, Nouvelles études francophones. C’est une revue biannuelle expédiée aux membres de l’association, mais aussi à des institutions publiques telles que : bibliothèques, organismes privées et gouvernementaux, etc. Mais la renommée du CIEF vient surtout de ses congrès qui réunissent des chercheur(e)s, des artistes, des musicien(ne)s en provenance de tous les continents.

La Roumanie est un pays francophile, mais cette année plus qu’autrefois elle se prépare à fêter la francophonie. Le mois de mars et non seulement, plusieurs activités se déroulent en Roumanie : des colloques, des forums de discussions, des ateliers d’écriture et de théâtre, diverses rencontres, etc. C’est aussi l’une des raisons pour laquelle le CIEF a décidé d’y organiser son vingtième congrès international, qui s’inscrit d’ailleurs sur la liste des activités officielles du Sommet de la Francophonie. Ce congrès aura lieu à Sinaia, du 25 juin au 2 juillet 2006. Notre rédactrice en chef, Felicia Mihali y participera comme invitée d’honneur de M. Robert LALIBERTE, le président de L’Association Internationale d’Études Québécoises, qui est aussi l’organisateur d’une table ronde ayant le sujet : Roumanie et Québec : centres et périphéries de la francophonie.

J’espère que notre courte présentation vous a donné envie de vous rendre sur le site www. cief.info et d’en avoir plus d’informations.

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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