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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 19 • Montréal • 15.03.2006

ARCHIVE

Felicia Mihali
La Bibliothèque de l’immigrant (fr)
Florin Oncescu
Feluri de cititori (ro)
Tina Armaselu
La bibliothèque et le livre comme objet partagé (fr)

Mars 2006

Cristina Iovita

Mon futur colonial

J’ai toujours été très fière de mon français, impeccable même aux yeux des natifs de cette langue lorsque je les rencontrai, en chair et en os, pendant ces vacances de l’été 1970 que je passai à Paris dans le cadre d’un échange de jeunes entre la France et la Roumanie, fière comme une reine acclamée par ses sujets d’une autre race que la sienne et adoptée par eux en vertu de sa grâce de parler leur langue comme une “native”; j’exultai, pendant ce mois féerique, de la reconnaissance de mes talents de linguiste mais aussi du privilège que ces talents me conféraient, le fait que je comprenais les subtilités du “patois” encensant les “natifs” à m’offrir tout ce qu’ils avaient de plus précieux en matière de culture, souvent les guides remaniant le programme des visites pour me donner une autre vue de la France que celle réservée aux touristes, voire me plongeant dans leur quotidien au nez et à la barbe des surveillants autorisés de l’échange. Ma fierté subsista donc sur tout le parcours de ma jeunesse et même à l’âge adulte confirmé, en dépit des fréquents essais de m’en rabattre le caquet exécutés par les puissants du jour ou bien par ceux qui, parmi mes collègues, s’enorgueillaient de leur maîtrise de l’anglais, langue de l’avenir par définition, disaient-ils, puisque jargon des affaires et du progrès économique mondial en même temps que langue maternelle de Shakespeare, le plus grand des poètes de la scène que le monde eût connu. Je suis encore sujette à ces coups de fierté chaque fois que je produis des pièces de littérature en français sans avoir à faire des détours par ma langue maternelle pour y parvenir, juste en prenant le stylo et laissant couler les mots sur la feuille de papier devant moi et, malgré que j’ai la même maîtrise de l’anglais, britannique et américain, qui m’offre des privilèges équivalents, mon orgueil de conquérante se place encore et toujours du côté du français; je suis, en somme, francophone par vocation tout autant que par le hasard historico-politique qui place mon pays d’origine dans la sphère de la francophonie, un tantinet à la va vite, comme je vais tâcher de le prouver dans ce qui suit et qui constitue le coeur de mon récit.

La première fois que mon orgueil de francophone chavira fut le moment où, dans un atelier d’écriture dramatique dirigé par des auteurs anglais- dûment subventionnés par le Foreign Office pour intégrer les auteurs des pays de l’Est à la culture européenne, après la chute du Rideau de fer- l’un des professeurs, un jeune talent dans la petite vingtaine, me félicita de ma profonde connaissance de la langue de Shakespeare, chose rare, affirma-t-il, dans la “francophonie”. Comme le jeunot en question m’avait déjà tapé sur les nerfs plus d’une fois avec ses manières de colonialiste en mission chez les sauvages- il ne ratait pas une seule occasion de nous faire voir la supériorité de l’esprit britannique en matière de culture, depuis le jogging du matin entrepris par tout temps, même sous les rafales de neige qui faisaient ses jambes nues prendre la couleur des écrevisses bouillies, et jusqu’aux citations des classiques latins lancées impeccablement dans les beuveries rituelles du soir, censées empâter les langues de tout mortel ordinaire mais pas la sienne- je lui fis remarquer que, la Roumanie n’ayant jamais été une colonie française, son inclusion parmi les pays francophones n’était pas de mise et encore moins un compliment à l’adresse de ses ressortissants. “ Alors pourquoi cet engouement pour le français que vous avez tous par ici?” rétorqua le talent britannique. “ Même le boulanger du coin s’escrime dans la langue de Molière quand je lui demande, en roumain, par pur respect de sa langue maternelle, un croissant pas trop cuit, s’il vous plaît. Vous n’êtes peut-être pas une ancienne colonie au sens propre du mot, mais vous en avez le comportement, il me semble. Ceci dit, je n’avais nullement l’intention de vous offenser, ni vous ni le boulanger” acheva-t-il avec un petit sourire fait pour dissiper la tension. Je ne relevai point le défi, non pas par souci de paraître dépourvue de tout sens de l’humour, ni parce que la coordonnatrice du programme, m’ayant lancé un avertissement muet de la fermer, aurait su m’intimider- elle détestait les conflits de n’importe quelle sorte et adulait le flegme anglo-saxon au point d’en faire son fétiche- mais parce que les paroles du jeune écrivain aux jambes couleur des écrevisses cuites avaient touché quelque chose en moi dont j’avais jusqu’alors nié l’existence, une désillusion profonde s’attachant désormais au sentiment de puissance que mes talents de caméléon linguistique m’avaient jadis procuré. Naturellement, je ne me délestai pas de mon orgueil quant à la maîtrise du français, elle était bel et bien acquise et m’avait donné par le biais l’accès à la culture universelle que l’isolement nationaliste promu par le régime récemment déchu avait interdit à mes concitoyens moins dotés sur ce plan; je ne pus m’empêcher cependant de penser à ma vocation francophone comme à un paradoxe historique et à l’affirmation de mon pays en tant que partie de la francophonie comme à une imposture, d’autant plus paradoxale qu’elle était méconnue comme telle de tous ceux qui l’affirmaient, à cor et à cris, après la libération du joug communiste. “ Nous ne sommes pas francophones” ai-je encore envie de crier à ceux qui, par politesse ou par ignorance, tendent à inclure les habitants de la Roumanie dans la grande famille des peuples “civilisés”. “ Francophiles, oui, et de moins en moins depuis que le rêve américain fait son chemin dans la conscience est-européenne.” ai-je envie d’ajouter pour le bon compte. Il reste que, dans ma conscience profonde, une image troublante vient toujours soutenir ce paradoxe de “colonisé spirituel “que l’écrivain britannique m’a révélé, un matin d’hiver, lorsque je contemplais ses jambes rougies par le froid de nos montagnes enneigées, l’image d’une conquête ancienne et d’une assimilation depuis longtemps transformée en conquête que fut celle des romains sur notre territoire actuel. On peut la voir sur cent mètres de colonne au milieu du Forum de Trajan à Rome, elle est gravée en la mémoire collective depuis des millénaires et c’est l’image de la naissance d’une colonie, au 2ème siècle après Jésus Christ, au-delà du Danube et jusques aux montagnes où l’atelier d’écriture me révéla ma véritable nature.

Mars 2006

Florin Oncescu

Sont-ils arrogants, les Français? Et les Roumains?

En 1993 j’étais en France, à Lyon, pour un stage de recherche dans un département d’une université technique. À Lyon, il existait une organisation locale qui s’occupait de l’intégration des stagiaires étrangers dans la vie sociale de la ville. Des familles aisées organisaient des soirées dont les invités de marque étaient un ou plusieurs de ces stagiaires.

Moi, j’avais été invité par la famille d’un ministre régional, pas plus, ni moins. J’avais reçu l’invitation par courrier, avec prière de confirmer l’acceptation par téléphone. J’ai appelé, je me suis fait répondre par une voix d’homme, grave, ministérielle dirais-je. J’ai décliné mon identité, tout en rappelant l’invitation. Le ministre m’a dit seulement : „C’est ma femme qui s’occupe de ces affaires-là” et il a passé l’appareil à madame. Madame s’est déclarée bien heureuse de m’entendre dire que j'acceptais l’invitation. Elle s’est réjouit davantage en apprenant que je serrais accompagné par ma femme, qui venait d’arriver de Roumanie, pour un mois de vacances.

À la soirée, participaient aussi deux couples et un homme seul, tous étant manifestement des vieux copains des hôtes. Les hôtes et leurs amis étaient dans la cinquantaine, tandis que ma femme et moi étions dans la trentaine. Dans chacun des deux couples il y avait quelqu’un ayant une liaison lointaine avec la Roumanie. Je me souviens que le grand-père d’un des hommes était parti autrefois de Maramures. L’homme venu seul habitait depuis vingt ans en Côte d’Ivoire, où il était professeur à l’université. Maintenant, il passait des vacances en France.

Le ministre est arrivé après tous les invités. Avant son arrivée, madame la ministre et leurs vieux amis parlaient de lui avec tendresse, comme de quelqu’un sacrifié sur l’autel de l’intérêt publique.

La soirée s'est déroulée selon un cérémonial strict: le début et la fin sur les sofas du salon et le milieu autour d’une grande table ronde, dans la salle à manger. La conversation a gravité autour de la Roumanie, de mon activité à Lyon et, last but not least, des impressions que le contact avec la France nous a suscité, à nous, le couple de Roumains.

Le souvenir le plus vif que ma femme garde de cette soirée est lié au plateau de fromages qui a circulé autour de la table, à la fin du repas. Le plateau contenait de dix à quinze morceaux de fromage, de dimensions inégales, de couleurs allant du blanc immaculé jusqu’au noir moucheté de gris. Le plateau a passé de main en main, chacun coupant pour lui une tranche de chaque morceau. La grande habilité consistait dans la mise en proportion judicieuse des tranches, surtout lorsqu’il s’agissait d’un morceau minuscule. Ma femme a tranché un tiers d’un pareil morceau, étant convaincue, d’après l’analyse de la couleur, qu’il ne s’agissait pas d’un morceau unique dans son genre. Sur le champ, madame la ministre a commencé à faire un exposé sur l’assortiment de fromages se trouvant sur le plateau. Il en a résulté avec clarté que chaque morceau de fromage était le seul représentant d’un type distinct et d’autant plus précieux que le morceau était petit. Ma femme a écouté avec beaucoup d’intérêt la présentation, tout en étant convaincue qu’il s’agissait d’un reproche voilé à son égard.

Mon plus vif souvenir est lié à une question que le professeur de Côte d’Ivoire m’a adressée. “Je veux que vous me répondriez à une seule question : sont-ils arrogants les Français?”

“Non, je ne sais pas… ne crois pas...” – j’ai balbutié, surpris. Je lui ai dit que ce qui tapait l’oeil, à Lyon, ce n’était pas l’arrogance des Français, mais bien leur peur à l’égard des étrangers. La façon dans laquelle le Français, arrêté dans la rue par quelqu’un avec un plan á la main, recule de deux pieds avant d'écouter la question de l’autre. Je lui ai raconté comment, ce soir même, sur notre chemin vers l’appartement de monsieur le ministre, j’ai effarouché à peu près quatre piétons avec des questions relatives au parcours d’un autobus.

Le professeur n’a pas renoncé à son idée: “Mais oui, assurément, ça aussi c’est un problème… avec ses raisons, oui… Mais moi, je veux savoir, je le répète, si les Français vous semblent arrogants”.

“Je ne sais pas quoi dire... Mon expérience personnelle ne me donne pas d’arguments pour soutenir une chose pareille… Moi, je suis tenté de dire que les Roumains sont arrogants!”.

Le professeur a pris un air légèrement offensé. Il ne s’est pas donné la peine de me questionner sur la raison d’une éventuelle arrogance des Roumains. Il voulait seulement écouter, venant précisément de la bouche d’un étranger, une complainte au sujet de l’arrogance des Français. Prouver par mon affirmation que les Français sont perçus dans le monde comme étant arrogants. Il languissait après ce qualificatif comme après un titre de noblesse. Il le voyait comme une preuve de l’intérêt bien particulier des autres nations envers les Français. Comme une reconnaissance irritée de leurs grands mérites. Il voyait l’arrogance comme une maladie noble de l’esprit français d’aujourd’hui, engendrée par la comparaison obsessive à un passé glorieux. Une maladie élitiste, donc, qu’il n’aurait pas pensé à chercher du côté des Roumains.

***

Et voila qu’un de ces derniers jours, ici, à Montréal, une de mes collègues de travail, une Vietnamienne, m’a dit que oui, les Roumains sont arrogants. Ou, au moins, que c’est comme ça qu’elle les voit. Son propos n’a pas été une attaque à mon intention. Elle a pris soin de me désigner comme étant la seule exception qu’elle ait connue, celle qui confirme la règle. Après quelques moments de réflexion, elle a élargi le nombre des exceptions avec un autre de nos collègues roumains, qu’elle a catalogué „very nice”. Mais il reste le peloton d’environ dix autres ingénieurs roumains que Sarah – c’est son nom – a ou a eu le bonheur de connaître. Un plus arrogant que les autres, dit Sarah. Toujours prêts à contester l’autorité d’un chef, parce qu’il lui manque un diplôme d’ingénieur. Toujours désireux de donner des leçons dans des domaines qui dépassent les attributions des postes sur lesquels ils sont embauchés.

En l’écoutant, j’ai été un peu surpris, même si ce n’était pas la première fois que j’entendais des choses pareilles. Je pense, par exemple, à ce jeune ingénieur roumain qui avait provoqué le mécontentement d’une armée de dessinateurs, par sa façon – mais oui ! – arrogante de dialoguer. Un de ces dessinateurs blessés, un Québécois, c’est adressé à moi, un proche de l’ingénieur qu’il détestait, avec la question suivante : „Toi, tu es Roumain?” À ma réponse affirmative, il a ajouté tout en s’éloignant rapidement, sans me donner la chance d’une réplique: „Eh, c’est pas ta faute!”

J’ai dit à Sarah que, si le problème qu’elle signale est réel, la cause doit être la situation délicate dans laquelle se trouve tout immigrant récent… La situation de quelqu’un qui a à récupérer une place dans la société, dans la nouvelle société, une place à la mesure de celle laissée derrière lui, dans son pays. Et les ingénieurs roumains de Montréal sont, pour la majorité, des immigrants récents. Dans une plus grande mesure que les ingénieurs polonais, par exemple, qui se sont rués en grand nombre sur Montréal une décennie avant les Roumains et qui ont eu assez de temps pour consolider leur position et perdre leur arrogance.

Je lui ai dit encore que, laissant de côté le désarroi causé par l’expérience de l’immigration, je ne vois aucune autre raison qui pousserait les Roumains de Montréal à embrasser cette condamnable attitude, l’arrogance. La langue roumaine n’a jamais dominé les salons aristocratiques de l’Europe, comme l’a fait le français pendant des siècles. Bucarest n’a jamais été la capitale ou la demi-capitale d’un empire, comme ce fut le cas de Budapest. Les Roumains, comme nation, n’ont pas des motifs pour être arrogants.

Et, parce que j’ai parlé de Budapest et Bucarest, j’ai informé ma collègue vietnamienne de l’irritation causée aux Roumains par la meilleure visibilité au monde de la capitale hongroise. Je lui ai raconté l’histoire de la lettre reçue de France, au temps des tâtonnements qui m'ont conduit vers le stage de Lyon. La lettre m'était adressée comme suit: “Bvd Virtutii, Budapest, Romania”. À la vue de celle-ci, je n’ai pu que rugir de colère : “Bucarest, pas Budapest, nom de Dieu!”

Le même jour, l’ingénieur roumain jugé par Sarah comme étant „very nice” m’a parlé du salut qu’un collègue québécois lui adressait, chaque fois qu’ils se croisaient. “Salut, vieux pays!” Le motif? Un article lu par celui-ci dans un journal français, il y a environ un an, intitulé: “Ils sont vieux, ces Roumains!”. Il s’agissait, m’a fait savoir mon collègue, de la découverte d’un fossile, dans une caverne de Roumanie, qui a été identifié avec précision comme étant le plus vieux fossile humain jamais trouvé.

Une recherche sur Internet m’a permis de lire moi-même l’article en question et d’apprendre que, en réalité, il s’agissait d’un maxillaire et de plusieurs autres os appartenant au plus vieux fossile de “homo sapiens” jamais trouvé en Europe – ce qui donne trois coups de ciseaux à la nouvelle, mais ne l’anéantit pas pour autant –, avec un âge estimé entre 34 et 36 mille ans.

Donc… Roumains de Montréal, soyez arrogants ! Conformément aux dernières découvertes archéologiques, les Montréalais de souche, qu’ils soient descendants de colon français ou anglais, viennent tous des grottes de Roumanie ! Ça veut dire que nous aussi, les Roumains, avons le droit à l’arrogance !

(2004)

Mars 2006

Emil Belu

Merçi, Baudelaire!

Am sosit pe pamânt canadian într-un februarie, în plina iarna, cu temperaturi în jurul a minus patruzeci de grade Celsius. Ger de crapau pietrele, dupa expresia româneasca binecunoscuta. Pe o asemenea vreme, deplasarile exterioare sunt limitate – numai pentru urgente. Fac câteva drumuri strict necesare, în special pentru tot soiul de interviuri în vederea finalizarii tuturor documentelor de rezidenta. Fara aceste hârtii – de fapt, dreptunghiuri din plastic, asemanatoare cartilor de joc, unde sunt înscrise codificat datele personale –, nu poti face un pas. Si pentru a intra în posesia lor, astepti câteva saptamâni. Câteodata, chiar mai mult.

Acum, cu „patalamalele” în ordine, ma gândesc sa testez piata locurilor de munca. Cam grabita decizie, aveam sa constat mai târziu. Zilnic citesc presa, în special rubrica cotidiana a job-urilor. În general, oferta nu e prea mare, aproape nimic care sa corespunda specialitatii mele. Fiindca sunt înca la început, ramân optimist. Întorc filele unui cotidian si ochii îmi cad pe un anunt al unei celebre companii montrealeze, care vestea încheierea unor contracte substantiale si, în consecinta, o iminenta extindere a productiei. La asemenea afacere, mi-am zis, imposibil sa nu aiba nevoie de noi angajati, poate chiar în meseria mea. Dupa o scurta chibzuinta, trec la atac!

Primul pas, si cel mai important într-un asemenea demers, este redactarea unui Curriculum vitae pe masura aspiratiilor. Fac multe ciorne, citesc câteva brosuri în domeniu, ma sfatuiesc cu noii prieteni pe care i-am cunoscut la biblioteca cartierului, initiati în asemenea gen de scrieri. Dupa vreo saptamâna de truda, mi se paru a-i fi dat o forma acceptabila. Acum e acum, unde sa-l trimit?

Nici-o oferta, nimic pentru mine! Firma montrealeza, pomenita mai sus, ramasese o obsesie. Ce-ar fi sa-l trimit acolo? Voi încerca, nu am ce pierde.

Dupa câteva zile de asteptare, surpriza! La deschiderea cutiei postale, dau de un plic cu sigla companiei, de acum binecunoscuta. Îl desfac, cu lungi ezitari, de parca nu-mi era destinat. Eram sugrumat de emotie. Am dat lovitura, mi-am zis! Ce operativitate! Cât respect pentru candidatii la un job. Dar, cum se intâmpla adesea, deceptie! Într-un scurt text, câteva fraze de circumstanta în care nu uita sa-mi multumeasca de „interesul pe care îl aveti pentru compania noastra”, sunt întrebat, într-o ultima fraza, subliniata: de unde ati luat informatia despre noi angajari? Ba, mai mult, asteptam raspunsul dumneavoastra.

Aceasta ultima fraza m-a pus pe gânduri. Dupa câteva clipe, mi-am zis ca tacerea ar fi cel mai bun raspuns. Apoi, am mai chibzuit si mi s-a parut renuntarea un gest necivilizat. Ce sa le raspund?

Câteva zile am fost ravasit de aceasta întâmplare. Într-un târziu, mi-am adus aminte de o fraza citita în Jurnalul lui Charles Baudelaire. Nu îmi mai aminteam nici editura din România unde aparuse cartea, nici numele traducatorului. Am trecut-o pe hârtie, asa cum am putut sa mi-o amintesc pe moment: „Lucrul facut la timp, chiar prost facut, valoreaza mai mult decât visarea”. Multumit de gaselnita, îmi frecam mâinile bucuros de „isprava” mea culturala. Dar, când am trecut la redactarea raspunsului, alta problema: cum s-o traduc? O traducere „personala”, în franceza mea rudimentara, cu siguranta va avea destule erori si va face o proasta impresie. Ar trebui sa caut fraza în original, asa cum este scrisa în Jurnal. Nu cunosteam editia franceza dupa care s-a facut traducerea în limba româna, asa ca am luat la vânturat librariile si anticariatele. Nu am gasit nimic. O bibliotecara, profesionista adevarata, dublata de o profunda cunoscatoare a poeziei franceze, mi-a dat o indicatie care m-a dus direct la tinta: încearca la libraria Renaud-Bray, Bibliothèque de la Pléiade, editura Gallimard. Cum de nu m-am gândit!

A doua zi, „înarmat” cu creion si hârtie, iau drumul librariei. Aici alta bariera: toate cartile celebrei colectii sunt închise în dulapuri cu usi de sticla. Motivul este usor de banuit: pretul ridicat al acestor bijuterii tipografice – hârtie de biblie, grafica deosebita, insertii cu aur, etc. Apelez la o vânzatoare sa deschida dulapul unde, prin usa de sticla, zarisem Jurnalul. Amabila, ba chiar simpatica la început, vazându-ma, cred, un potential cumparator al unei carti asa de scumpe, îmi sugera si alte titluri de mare succes din aceeasi colectie. Nu stia, biata de ea, ca îmi batea vântul prin buzunare. Am luat cartea de pe raft si am început sa o rasfoiesc. Fraza, nicaieri! Vânzatoarea nu ma slabea din ochi nici-o clipa. Am accelerat cautarea, atât cât am putut. Din cauza emotiei, degetele transpirate începusera sa se lipeasca de pagini. Simteam broboanele reci de sudoare alergând pe sira spinarii. Departe de mine gândul renuntarii. Din când în când, simtindu-ma cu musca pe caciula, îi mai adresam câte o întrebare relativa la obiectul febrilelor mele cautari. Sesizând precaritatea francezei mele, s-a interesat din ce tara vin. România, i-am raspuns, urmarindu-i reactia. Ei, bine, daca pâna acum ma mai lasa singur lânga dulap, dând câte o fuga pe la casa, chemata de clienti, din acest moment nu s-a mai dezlipit de dulap. O fi intrat la banuieli, mi-am zis! Etnia, bat-o...

Dupa aproape o jumatate de ora de cautari, dau peste pasajul care ma interesa. Scot creionul si hârtia, transcriind în graba fraza cu pricina, sub privirea mirata a „gardianului” de lânga mine. Îi multumesc pentru serviciul facut, citindu-i pe fata nemultumirea ca a dat peste un asemenea client.

Ajuns acasa, adaug citatul din Jurnal la scrisoarea de raspuns pentru amintita companie. Eram, sincer, multumit de realizare. Gasisem, exact, ce trebuia!

Dupa câteva zile mi-a venit raspunsul: „A fost o încântare pentru noi citatul din Baudelaire. L-am distribuit spre lectura, tuturor colegilor din Departamentul Ressources Humaines. Ramâneti în banca noastra de date, sperând într-o ocazie favorabila”. Cu multumiri, semnatura indescifrabila.

Nu m-au mai cautat. Niciodata!

Merçi, Baudelaire!

Mars 2006

Felicia Mihali

Francophonie, francophilie, francophobie

Lors de mes études littéraires à l’Université de Montréal, j’ai assisté un jour à une conférence donnée par un écrivain d’origine haïtienne qui était fort étonné qu’un pays tel que la Roumanie se dise francophone. L’argument principal de son jugement était que les Roumains ne parlaient tout simplement pas le français.

J’ai longtemps regretté de ne pas avoir contredit publiquement l’écrivain en question, mais je me suis dit qu’il aurait été trop long d’étayer mes arguments et que, de toute façon, la francophonie de la Roumanie ne souffrirait pas trop à cause d’un parti pris haïtien.

Qu’est-ce que j’aurais dit à l’auteur en question?

J’aurais commencé par lui dire que la filiation des deux cultures se base sur une tradition longue de plus de deux cents ans. Elle a commencé au début du XIXe siècle où, la mode était que les riches du pays envoient à Paris leurs progénitures, plus ou moins douées, faire des études et raffiner leur goût. Il est vrai que parfois, comme le dit un proverbe roumain très connu, « ils partaient des boeufs et en revenaient des vaches » (traduction libre qui n’a pas beaucoup de sens en français). L’idée était, que leur éducation, ou du moins ce qu’il en était, s’altérait encore plus au contact des nouvelles tendances qu’ils assimilaient à moitié, tout comme l’usage du français. Suite à ces allers et retours, la langue roumaine s’est enrichie d’emprunts, acquis parfois d’une manière amusante, ce qui n’a pas empêché leur pénétration et ce, même dans le langage des paysans. Je ne m’explique toujours pas, comment ce modèle culturel étranger ait pu être si puissant pour infiltrer l’analphabétisme chronique de l’arrière-pays roumain.

À la fin du XIX siècle, un des grands critiques roumains, Titu Maiorescu, dans un article intitulé « Des formes sans fonds », se plaignait du mimétisme qui caractérisait les institutions roumaines, car elles avaient imité le modèle français sans y approprier le fond. On avait une Académie mais pas d’académiciens, une Université mais pas de professeurs, un théâtre mais pas d’acteurs. La tâche de l’avenir était de remplir ces formes avec un fond adéquat, ce qui fut pleinement réalisé au XXe siècle.

La période entre les deux guerres mondiales a valu à Bucarest le nom de Petit Paris. C’était une exagération évidente, basée sur la présence de quelques théâtres, de quelques boulevards à l’architecture avant-gardiste et de l’Arc de Triomphe copiant celui de Paris. À cette époque-là, les intellectuels roumains faisaient leurs études à Paris, parfois au compte du gouvernement français. La monnaie nationale roumaine étant au pair avec le franc français, les intellectuels roumains commandaient leurs livres chez les bouquinistes de la capitale française et ils les recevaient au bout d’une semaine. Il y eut ensuite un véritable exode de l’intelligentsia roumaine vers Paris : les peintres roumains se sont formés à Paris, le mouvement littéraire en vogue à l’époque comptait parmi ses fondateurs quelques têtes roumaines, alors que Cioran, Ionesco et Eliade allaient continuer en France leur carrière après la deuxième guerre mondiale.

Suite à deux cents ans de ce colonialisme spirituel, les néologismes du vocabulaire roumain proviennent, à 80%, du français. Sans aucune connaissance du français, le lecteur moyen roumain peut comprendre un texte scientifique à 80% : cela est aussi à la base d’une confusion cocasse, voulant que tout Français débarquant à Bucarest s’attend à ce que le vendeur de journaux du coin soit capable d’entamer un dialogue en bon français. Pendant les cinquante années du communisme, le pays occidental avec lequel le régime permettait des échanges plus substantiels était la France, probablement en vertu de ses sympathies socialistes. Dans les écoles primaires, la deuxième langue était le français, qui avait détrôné le russe des années cinquante : moi, je l’étudiais avec plus ou moins de succès depuis mes dix ans. Dans les universités, on encourageait fortement l’étude des classiques français, dont les auteurs avaient le grand avantage d’être loin, morts et innocents.

Voilà une petite partie des arguments que j’aurais pu utiliser pour démontrer que la Roumanie demeure un pays francophone et francophile. Et j’aurais ajouté que le colonialisme spirituel, à la différence du colonialisme physique, laisse des traces beaucoup plus agréables dans le souvenir des décolonisés.

Toutefois, depuis la chute du communisme, s’ajoute à cette sensibilité francophile un faible côté francophobe. La disgrâce du français suite à 89 est due au fait qu’il était assimilé à l’oppression communiste, car les intellectuels français comptaient parmi eux un bon nombre de sympathisants marxistes-léninistes. Face à l’oppression et à la méconnaissance de l’anglais pendant le régime communiste, à l’ère de la globalisation et de l’Internet on déclare comme obsolète la langue de Molière, symbole d’une Europe en voie de disparition. À présent, on se tourne du côté des conquérants, car la langue véhiculaire a été, depuis toujours, la langue des plus forts : le grec, le latin, le français, l’anglais. (À quand le mandarin et la calligraphie chinoise!) On rejette l’ancien centre spirituel du monde à la faveur de la nouvelle tendance décentralisatrice. On délaisse les études françaises pour des études postcoloniales. On observe avec un esprit critique que les théories de l’Art du roman de Kundera sont basées uniquement sur le roman européen. On prononce les mots français à la manière anglaise, ajoutant un petit accent comique : protégé, bonne appétit, fiancé. Un ami ingénieur me racontait que l’un de ses collègues roumains, au travail, parle français avec un accent anglais, ce qui, je vous donne ma parole, n’est jamais, jamais, possible.

Finalement, je suis contente de ne pas avoir interpellé le conférencier en question, car, je me le dis encore, ce qui est évident n’a pas besoin d’être prouvé. Et devant un public qui connaissait si peu cet espace, les arguments d’une étudiante, Roumaine en plus, auraient été considérés comme du patriotisme puéril. Au fond, si quelqu’un avait nié le côté slave de mon identité, aurais-je été tout aussi affligée?

L’importance des manifestations liées à la francophonie se révèle quand il s’agit de défendre des peuples et des cultures qui n’ont ni la voix ni l’audience nécessaires pour se représenter eux-mêmes. Ces événements prouvent que même si la mode de souligner son appartenance à la grande famille francophone est dépassée, on ne peut pas nier l’évidence qu’en Roumanie la présence francophone se retrouve dans le contenu des bibliothèques, des musées, et du Dictionnaire. D’un autre côté, ces événements ont parfois le rôle de garde-fou auprès des cultures qui se trouvent elles-mêmes dans l‘impasse de se redéfinir. La condition du progrès intérieur est de ne pas nier ce que l’on est à l’origine. La découverte de soi-même est étroitement liée à la bonne connaissance de son identité.

Le charme de la culture française est peut-être dépassé, mais pas la reconnaissance qu’on lui doit.

Mars 2006

Tina Armaselu

Dialogues imaginaires

En quête d’un sujet sur le thème de la francophonie, j’ai feuilleté quelques documents sur quatre hommes de culture roumains dont la vie et l’œuvre ont comporté d’importants liens avec la France. Une fois finie ma lecture, ces quatre voix, chacune à une tonalité distincte, commencèrent à dialoguer. Ce n’était pas un dialogue proprement dit mais plutôt un échange de formules laconiques exprimant, en peu de mots, l’axe d’une pensée. Et d’un coup, je n’étais plus le lecteur à la recherche d’un thème mais l’apprenti à l’écoute du dialogue des maîtres, griffonnant dans son carnet des bribes d’idées pour une éventuelle réflexion ultérieure.

« La simplicité n'est pas un but dans l'art, mais on arrive à la simplicité malgré soi en s'approchant du sens réel des choses » dit l’artiste et son affirmation n’était pas une simple parole. La création de toute sa vie s’appuie en effet sur cette capacité d’exprimer l’essentiel par la symétrie et la répétition des formes simples et par l’harmonie des surfaces. C’est ainsi que le mouvement et la vibration sonore surgissent des reflets du bronze poli, de la semi-transparence et le coloris du marbre, des aspérités du bois et de la pierre.

« Il n’y a aucun moyen de démontrer qu’il est préférable d’être que de ne pas être » affirma le philosophe et sa réflexion résonna dans ma tête comme une reprise ironique du célèbre monologue shakespearien. Car c’est d’ailleurs ce mélange aphoristique de scepticisme et d’ironie qui fait l’originalité de ce penseur parfois nommé « La Rochefoucauld du XXe siècle ».

« Si Dieu existe, à quoi bon la littérature ? Si Dieu n'existe pas, alors à quoi bon faire de la littérature ? » répliqua le dramaturge. Et la boutade résume bien sa conception sur l’art et sur l’existence, ainsi que le rôle central qu’il attribue au non-sens comme moyen à la fois d’expression artistique et de compréhension du monde.

« Qu'est ce que la capacité d'apprendre, sinon un aspect de l'éternité ? » s’interrogea celui qui est considéré aujourd’hui l’un des plus grands historiens de la religion.

Vous avez deviné sans doute que les noms des quatre interlocuteurs sont… Constantin Brancusi, Emil Cioran, Eugène Ionesco et Mircea Eliade.

Mars 2006

Huguette Proulx

Semaine de la francophonie

Francophonie, mot inventé par Onésime Reclus en 1880, se référant alors aux individus répartis sur l’ensemble des colonies françaises. Ce concept a continué de faire son chemin depuis et, en mémoire de la création de l’AIF en 1970 (auparavant ACCT), le 20 mars est devenu la Journée internationale de la francophonie.

On a qu’à naviguer sur le site Internet pour voir défiler les activités artistiques et culturelles qui se dérouleront à travers le monde lors de cette semaine de la francophonie. Il est évident que partout où l’on retrouve une « Alliance française », institution dispensant entre autre des cours de français, on profite de cette semaine pour promouvoir la France sous tous ses aspects (langue, histoire, produits, richesses,…) principalement là où les autres pays francophones sont peu représentés.

Ce long préambule m’amène à raconter un fait vécu qui m’a beaucoup questionné sur la portée réelle de ces manifestations.

L’an dernier, à Beijing, j’ai invitée une amie chinoise parlant français, à une foire mettant en vedette des produits français (fromages, vins,…). C’était là, pensais-je, une excellente occasion de croiser des gens parlant cette langue tout en y dégustant et découvrant des saveurs, des odeurs, des textures autres que celles de tous les jours. Quelle ne fut pas ma déception, lorsque m’adressant à un comptoir, je m’entendis répondre que personne ne parlait français. Même pas « bonjour » ou « merci ». Bon, je suis en Chine!...Je prends tout de même une publicité concernant les produits. Autre surprise! Cette dernière est en chinois et en anglais! Le seul mot français que je reconnais est France, mais est-ce bien français ? Nous passons à un autre comptoir, même chose. Je suis outrée et je m’enflamme (verbalement). Apercevant une cohorte de journalistes (je présume) derrière une délégation bien cravatée, je prends la chance d’interpeller un de ces messieurs qui, effectivement est de la délégation de France et je lui exprime mes doléances face à la situation. Ce dernier me laisse entendre que lui aussi est pour la promotion du français mais que le marché étant ce qu’il est on doit faire la publicité en anglais. Je n’ai rien acheté, mon amie non plus, et nous sommes retournées à nos activités « chinoises ».
Je ne me suis donc guère étonnée lorsqu’une autre amie, québécoise cette fois, rentrant d’un voyage en France me fit part que bien qu’elle s’adressait en français on lui répondait en anglais et encore dans un anglais à la française.

Je suis pour le maintien et la défense du français comme langue, et en cela, je prêche pour ma paroisse, étant francophone. Par contre, mes ardeurs pour inciter quiconque à s’impliquer ou participer aux différentes manifestions de cette semaine consacrée à la francophonie, se sont atténuées au fil des années. Je préfère l’action au quotidien qui est plus rentable que celle d’une semaine où je ne m’y retrouve pas.

Mars 2006

Mircea Gheorghe

Une identité partagée

Le monde de la francophonie est loin de correspondre à une grande enclave latine, francophile dans un monde anglophone à l'occasion francophobe comme on serait tenté de penser en regardant exclusivement par la fenêtre roumaine. Dans l'imaginaire des Roumains d'il y a deux siècles qui se sentaient abandonnés et oubliés aux portes d'un Orient à tort méprisé, la France était l'incarnation de l'esprit modern occidental, des lumières, le berceau des idées d'émancipation sociale et nationale. C'était bien sûr la Révolution française qui avait produit cette perception mais aussi la grande littérature romantique de Chateaubriand, Mme de Staël, Victor Hugo, Alphonse de Lamartine, Alfred de Musset pleine d'idées généreuses et pas au dernier rang, les mouvements sociaux de la première moitié du XIXe siècle. Et le slogan français liberté, égalité, fraternité se traduisait dans la plus connue organisation révolutionnaire des Principautés Roumaines (Fratia) par Dreptate si Fratie, à savoir Justice et Fraternité. La francophilie des Roumains à l'époque était si forte qu'ils nommaient la France la Soeur Aînée de la Roumanie, en fait la Soeur Aînée de tous les pays de la romanité moderne.

La situation politique, sociale et nationale particulière des Principautés Roumaines durant cette période explique donc bien l'attraction exercée sur ses élites par la culture française et sa contribution à la consolidation d'une identité roumaine latine et proeuropéenne. Mais la Roumanie n'était pas le seul pays à avoir connu cette influence. A la même époque on rencontre une forte influence française en Russie, en Hongrie, en Autriche, en Pologne, en Lituanie. On voit par exemple dans le grand roman de Tolstoï La guerre et paix que l'aristocratie russe parlait couramment dans leurs salons le français, c'est-à-dire la langue des agresseurs. La Pologne connaissait un processus de francisation commencé au XVIIIe siècle avec l'influence de Voltaire et la noblesse lituanienne s'habillait comme la noblesse française, portait des perruques poudrées et imitait les manières des salons parisiens. Comme en Roumanie, la culture française signifiant la culture européenne par excellence et constituait en même temps un bouclier contre le conservatisme de la culture locale.

Mais il serait complètement faux de chercher les sources de la francophonie d'aujourd'hui seulement dans l'excellence de la culture française d'hier ou d'avant-hier. Et il serait simpliste, également, de réduire le contact entre la culture française et les autres cultures à un rayonnement unilatéral. La culture française a donné beaucoup et au fil des années a reçu beaucoup des autres cultures. Au cours du XXe siècle la plupart des grands noms de la culture européenne ont eu au moins un épisode français important dans leur carrière artistique qui les a marqués et au cours duquel eux-mêmes, ils ont marqué la culture hôtesse. C'est la vigueur, l'attrait de la culture française qui explique le foisonnement à Paris des peintres italiens, espagnols anglais, allemands, roumains, des écrivains et poètes anglais, russes, polonais, roumains, des musiciens russes, polonais... Cet attrait explique aussi le rayonnement de rétroaction vers la culture française du poète polonais-italien Apollinaire, des écrivains roumains Cioran et Ionesco, du dramaturge russe Adamov, du linguiste bulgare Tzvetan Todorov, du poète et dramaturge libanais Georges Schéhadé (et la liste est très sommaire) - tous devenus des noms incontournables dans le panthéon français d'aujourd'hui.

Et c'est ainsi que de nos jours si l'on regarde la liste des 53 membres de la francophonie on voit parmi ses membres 24 pays dont la langue officielle n'est pas le français: Albanie, Autriche, Bulgarie, Hongrie, Pologne, République Tchèque, Grèce, Egypte... Parmi tous ces partenaires d'allégeance francophile, la Roumanie est le seul pays latin. À côté des autres marques identitaires très précises qui la rangent dans la famille de pays et de cultures latines, voilà une autre identité culturelle que la Roumanie partage avec des pays desquels elle est plus proche que nous ne le pensons...

Mars 2006

Simona Hodos

Romania – tara gazda a Francofoniei in 2006

Desemnarea Romaniei ca gadza in 2006 a Anului Francofoniei a concentrat atentia publica inca de la inceput. Pe de o parte, cei mai putin avizati s-au intrebat ce insemna acest anunt, cei in tema si-au adunat ideile si resursele pentru a sluji cum se cuvine evenimentul.

Pentru toti insa, Francofonia - fie numai ca termen generic - este un subiect vast, care naste foarte multe intrebari care se defineste tocmai prin raspunsuri la aceste intrebari. Asadar, cum s-a nascut aceasta colectivitate? De unde vine favoarea pe care o are franceza? Cum se face, istoric, ca atat de multi oameni de pe Planeta vorbesc franceza? Cum si-au insusit-o ei si cum au transmis-o mai departe? Ce aduce aceasta mostenire? In ce masura modul lor de a simti, de a gandi, de a trai s-a regasit in fondul comun al francofoniei? Raspunsul la toate aceste intrebari schiteaza deja o geografie, o sociologie si o psihologie a francezei, insa francofonia este ceva mai mult si mai complex. Intrebarile acestea si le-au pus in primul rand cercetatorii in domeniu, cu multi ani in urma. Au fost documentate si scrise mii de pagini, continand raspunsuri si explicatii elocvente; au fost publicate cateva zeci de lucrari aprofundate si de studii interesante pe aceasta tema, toate acestea putand fi consultate in biblioteci.

Pentru romani insa, « Le Sommet de la Francophonie » constituie in egala masura un eveniment inedit si prestigios, dar si punctul de concentrare absoluta a atentiei publice, atat asupra subiectului si cat a temei: Romania – tara francofona. De drept si de fapt, putem afirma.

Nu este pura intamplare ca primul ziar aparut in Tarile Romane era scris in limba franceza : « Courrier de Moldavie », publicat la Iasi in 1790.

Mai tarziu, intelectualii si studentii romani participau la Paris la luptele revolutionare de la 1848 si pregateau apoi Revolutia pasoptista, care a legitimat Romania moderna, europeana. Aceasta dupa ce urmarisera cursurile lui Michelet despre ideea de natiune, fundamentul statului modern. Ne amintim cum tinerii veniti de la Paris, cu idei revolutionare, erau numiti in epoca, peiorativ, « bonjuristi »! Toate aceste fapte istorice sunt argumente vii pentru vechimea si trainicia legaturilor dintre Romania si Franta. Continuate apoi cu consecventa in toata epoca moderna, asa incat in perioada interbelica Bucurestiul castigandu-si renumele de « Micul Paris ».

De asemenea, numerosi scriitori romani au contribuit la imbogatirea limbii franceze, prin operele lor care, cele mai multe, au intrat in fondul literaturii universale : Anna de Noailles, Tristan Tzara, Printesa Martha Bibescu, Panait Istrati, Mircea Eliade, Emil Cioran, Eugen ionescu, Vintila Horia, Petru Dumitriu. In zilele noastre, exista mai departe autori romani de limba franceza, precum Matei Visniec, recunoscut deja dincolo de granitele Romaniei si Frantei, dar si Felicia Mihali, poate cea mai tanara in aceasta galerie a autorilor romani de limba franceza, dar recunoscuta si apreciata in spatiul canadian pentru proza sa viguroasa.

Daca este sa ne referim la francofonie privita doar sub aspectul limbii franceze, in context istoric!

In zilele noastre, mai precis ale anului 2006, celebrarea Francofoniei la Bucuresti este cu certitudine incununarea unei dominante de seama a culturii si spiritualitatii romanesti, iar toate evenimentele pe care la va gazdui Bucurestiul sub aceste auspicii nu pot sa reprezinte decat semnul deplinei normalitati si recunoasteri a acesteia.

Mars 2006

Professeur Paul Dancescu

De nouveau sur Pierre De Ronsard

Le poète serait-il d’origine roumaine?

Se pourrait-il que Pierre de Ronsard (1524-1585), grand poète de la Renaissance française et chef du groupe la Pléiade, était d’origine roumaine?

Eh bien, laissons le poète lui-même nous éclairer. Dans son superbe poème autobiographique, Pierre de Ronsard nous confie que son ancêtre est venu en France d’un pays lointain, un pays riverain du Danube, lequel d’après la description du poète ne peut être autre que le Pays Roumain. Le témoignage du poète débute par ces vers :

« Quant-à mon ancêtre, il a tiré sa race

D’où le glacé Danube est voisin à la Thrace.

Plus bas que l’Hongrie, dans une froide part,

Est un seigneur nommé le Marquis de Ronsard

……. »

Les éléments qui permettent de situer son pays d’origine sont assez clairs. Examinons-les en détail.

Quelques détails très importants se dégagent de cette citation. Tout d’abord, le lieu d’origine de son ancêtre est plus bas que la Hongrie, ce qui veut dire plus bas par rapport au cours du Danube, donc quelque part entre la Roumanie et la Bulgarie actuelle. Autre détail important : le Danube ne gèle pas au niveau de la Hongrie, tandis qu’au niveau de la Plaine roumaine et, plus bas, dans sa partie inférieure, le fleuve est presque chaque année pris par les glaces. Pierre de Ronsard connaissait sûrement les descriptions faites par les écrivains antiques des incursions que les Géto-Daces faisaient au début du règne de Décébale vers le sud, en Thrace, traversant le Danube glacé pour piller les régions conquises par les Romains sous le règne de Dioclétien.

Le lieu d’origine du poète ne peut pas être au sud du Danube, en Thrace, car cette région est mentionnée comme « un voisinage » de son pays d’origine. L’endroit décrit ne peut donc être situé ailleurs qu’au nord du Danube, dans le territoire de l’actuelle Roumanie.

Essayons maintenant de savoir à quel moment le célèbre ancêtre de Pierre de Ronsard a quitté son pays natal. Le poète nous relate les exploits d’un des fils du riche Marquis de Ronsard qui, dans un moment d’exaltation, décida de partir pour la France et de mettre son épée au service de ce pays, quittant sa famille et son père qui était :

« …… Riche d’homme et de terre,

Un de ses fils puîné, ardent de voir la guerre,

Traversa l’Hongrie et la Basse Allemagne »

et se présenta au roi de France, dont le poète précise :

« Qui pour lors avait guerre contre les Anglais »

Compte tenu du temps où Ronsard a vécu, nous voici donc en pleine Guerre de Cent Ans (1337-1453) entre la France et l’Angleterre.

La critique littéraire

Au XIXe siècle, les étudiants roumains de Paris n’ont pas manqué de s’enthousiasmer de cette histoire. C’est le poète roumain Basile Alecsandri qui, le premier, prit position dans le combat littéraire. Il rechercha dans le folklore de la Plaine roumaine du sud du pays, tout au long du Danube, les traces du départ romanesque d’un jeune noble roumain vers la France pendant la Guerre de Cent Ans. Ses recherches l’amenèrent à trouver, dans la tradition populaire d’Olténie, l’histoire d’un jeune noble, banul Maracine, nom qui signifie ronce. Voici donc une racine étiologique possible du nom Ronsard. Le poète roumain nous décrit en vers roumains l’arrivée de notre jeune héros à la cour du roi de France, qui lui dit :

« Brav marchise de Ronsard

Iatà spada ta în dar »

ce qui se traduit par « Brave marquis de Ronsard, voici ton épée en cadeau ».

Un autre lettré roumain, quelques décennies plus tard, autour de 1900, émit l’hypothèse que le nom de Ronsard dérive de l’ancien nom de la ville roumaine Râmnicul-Sarat, ville située au pied des collines carpatines de la Plaine du Danube. Fait intéressant, dans l’édition de 1914 du Petit Larousse, le nom de cette ville y est écrit avec une étrange orthographe : Rhône Sarde. On y retrouve presque exactement le nom du marquis, ancêtre du poète français. Vraiment étonnant!

Revenons à l’histoire

Le départ, au XIVe ou au début du XVe siècle, d’un jeune noble roumain pour la France pour faire carrière militaire, est-il plausible? L’histoire nous répond par l’affirmative. Cette période correspond en effet au moment de l’invasion impétueuse des Turcs dans les Balkans. Il fallait faire face à la menace musulmane. C’est à partir de la fin du XIVe siècle et pendant la première moitié du XVe siècle que le Pays Roumain commence à nouer des relations politiques, militaires, diplomatiques et par la suite culturelles avec les États chrétiens de l’Europe Centrale, dont en premier lieu avec l’empire romano-germanique et même avec les pays de l’Ouest. Il paraît que l’un des premiers contacts ait eu lieu à l’occasion de la malheureuse guerre de Nicopolis, qui a été dirigée par l’empereur Sigismond de Luxembourg et par Jean Sans Peur, duc de Bourgogne. Quel désastre! L’armée chrétienne fut anéantie par les Turcs. Mais, pour les chrétiens, la leçon n’a pas tardé à se dégager de cette perte. L’épreuve est évidente dans le Codex latinus parisinus, écrit vers l’an 1400 dans le Banat roumain et qui se trouve actuellement dans la Bibliothèque Nationale à Paris. C’est un traité sur l’art de la guerre, ou sont mentionnées les régions roumaines et des localités d’Olténie, région ou les Roumains ont vaincu les Turcs à Rovine.

Quelques décennies après le désastre de Nicopolis, au temps du vaillant prince roumain Dan II Basarab (1420-1431), les relations du Pays Roumain avec l’Ouest de l’Europe s’intensifient. De nouvelles alliances se nouent et une armée portugaise vient secourir les Roumains contre les Turcs. Il me semble que c’est l’historien roumain Nicolae Iorga qui a découvert au Portugal le célèbre tableau où on voit Don Juan de Portugal et le Prince Dan II Basarab, tous deux vêtus d’armures d’acier, parures de comandants d’armées. Les deux personnages, grandeur nature, sont impressionnants. À la même époque, le prestige des Pays Roumains en Europe atteint son apogée et c’est dans les œuvres de l’humaniste italien Enea Silvio Piccolomini, élu Pape sous le nom de Pie II, qu’est souligné le rôle des Roumains, qualifiés comme un peuple guerrier et courageux, dans la défense de l’Europe contre l’invasion des Turcs. Voilà donc quelles étaient les conditions qui ont suscité l’enthousiasme militaire parmi les Roumains dans la première moitié du XVe siècle. Dans l’atmosphère de cet enthousiasme et de nos relations avec l’Ouest européen, il est possible de placer le départ du jeune vice-marquis Ronsard du Pays Roumain vers la France.

Est-ce donc vraiment là l’histoire véridique de l’ancêtre du poète Pierre de Ronsard? Difficile d’en être certain. Peut-être la confirmation ultime apparaîtra-t-elle le jour où on réussira à déchiffrer le sens précis des éléments hiéroglyphiques qu’arbore le blason de la famille Ronsard ou de la profusion des devises gravées sur les murs du Manoir de la Possonière (ou Poissonnière), maison paternelle du poète dans laquelle il vit le jour, au pays du Val de Loire.

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

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