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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 19 • Montréal • 15.03.2006

ARCHIVE

Mars 2006

Mahi Binebine- peintre et romancier

Par Cristina Montescu

Né en 1959 à Marrakech, Mahi Binebine est aujourd’hui un des plus connus écrivains marocains de langue française. Oscillant longtemps entre Paris (où il fait ses études et enseigne les mathématiques), New York (où il habite de 1994 à 1999), Madrid (où le porte sa passion pour la peinture) et Marrakech, Mahi Binebine a choisi de vivre dans sa ville natale. Binebine est d’abord peintre. Après quelques expositions, il s’intéresse à l’écriture et publie, en France et au Maroc, plusieurs romans:
- Le sommeil de l’esclave, Stock, 1992 ; Le Fennec, 1994,
- Les Funérailles du lait, Stock, 1994,
- L’ombre du poète, Stock, 1997,
- Cannibales, Fayard, 1999 ; Le Fennec, 2001 ; Eds de l’Aube, 2005,
- Pollens, Fayard, 2001 ; Le Fennec, 2001.
- Terre d’ombre brûlée, Fayard, 2004 ; Le Fennec, 2004,
- Le griot de Marrakech, Le Fennec, 2005 ; Eds de l’Aube, 2006.
A partir de l’été 2001 une très riche collaboration picturale lie Mahi Binebine et le peintre espagnol Miguel Galanda. De cette collaboration naît une peinture à quatre mains, empreinte de l’univers littéraire de Mahi Binebine. A travers cet article, on se propose d’établir quelques liens entre l’univers pictural et l’univers romanesque de Mahi Binebine. Les reproductions de peintures qui accompagnent le texte proviennent des expositions de M. Binebine et de M. Galanda présentées pendant les années 2002-2003 dans plusieurs galeries d’art d’Europe et de Maroc.

En peinture, les masques de Binebine fusionnent avec les énormes figures de Galanda. Ils utilisent cire et piments sur toile et sur papier. Masques et figures ressortent de la toile et s’accrochent à la mémoire du spectateur. Les peintures racontent, pas à pas, le tragique de l’univers humain. Les masques, révélateurs des douleurs qui lacèrent la chair des personnages semblent opprimer la parole ou tout simplement la remplacer. Les corps sont alors traversés par des signes graphiques à peine lisibles qui témoignent la fébrilité de la représentation et qui viennent crier à la place des personnages ; leur cri silencieux bourdonne jusqu’à paroxysme dans les oreilles du spectateur.

Dans La ville, l’homme se retrouve seul, happé par les ténèbres de l’impossible partage. La solitude s’avère un des thèmes de la création picturale.

Une toile, Les funérailles du lait, transpose l’univers du roman au même nom (Les funérailles du lait, Stock, 1994). Le corps vert-violet de la mère semble se recroqueviller sur son ventre vide, sur la douleur d’un ventre dont le fruit a été arraché par les autres. Le visage tourné de profil porte son regard vers le spectateur. Il semble l’appeler et lui dire «Ma douleur et la tienne. De tes entrailles ont jailli des enfants moulus par les passions de leur temps. On t’a volé leur vie, on te volera leur mort. ». Mais, un masque la bouche cadenassée a instauré le silence ; la femme est partie sur le chemin de la mort ayant seulement l’illusion d’avoir accompli les funérailles du lait.

Le roman Pollens (Fayard, 2001 ; Le Fennec, 2001) présente la région de Ketama par les yeux de Pierrot, un jeune homme qui a fuit les Volsges et qui est cloué à Ketama par son amour pour Sonia devenue la prisonnière du puissant seigneur des lieux. Chaque chapitre commence par l’affirmation du narrateur « je ne suis pas fou » suivie par un « mais » qui impose le regard des autres.

La figure du fou peut aussi être interprétée comme appartenant à l’univers littéraire de Mahi Binebine. La position du personnage rappelle Le penseur de Rodin. Les pensées alourdissent les épaules du fou; l’antithèse s’insinue au sein de la représentation. La sérénité du bleu efface la coupure qui effrite le personnage. La tête est séparée, étrangère. La parole est interdite ou impuissante car la bouche a disparu. Mais, l’écriture a pris la relève de la parole, l’a remplacée, l’a sacralisée.

Comme le roman, la toile Pollens parle d’une fuite impossible. Le visage est tourné en arrière, vers un passé impossible à quitter ou à oublier. Le personnage semble à la fois fuir et rester. L’homme est honteux de sa sexualité, de son appartenance au monde et il essaie de les cacher.

Les axes de l’espace et du temps sont brisés. L’écriture a envahi tout l’espace, l’a remplacé, l’a annulé ; elle est la seule réalité. Mais, cette réalité se confond avec les grains du printemps, ce vert timide qui a conquis le personnage et son espace. L’oscillation du personnage entre avant et arrière a englouti le temps.

Pierrot se suicidera après avoir écrit ses souvenirs. L’écriture portera sa vie plus loin, encore plus loin.

Le roman Cannibales (Fayard, 1999, Le Fennec, 2001) se construit à travers plusieurs récits de personnages condamnés à l’immigration. Sur une plage de Tanger ils attendent la décision du passeur. Ils payeront de leur vie le désir d’une vie meilleure et les rescapés de la mer se jetteront de nouveau dans les bras du départ et de la mort. Les histoires racontées sont parfois hallucinantes, renferment des souffrances qui dépassent l’imagination.

La toile Cannibales reprend le thème du départ et montre la séparation de l’homme de son masque. Pour Binebine, le masque n’est pas une occasion pour cacher mais pour révéler. Le masque a le pouvoir d’aller au delà de la parole et de la conscience. Alors, la séparation du personnage de son masque serait une séparation de son identité, une perte irrémédiable. Sans identité l’homme reste tiraillé entre un passé de souffrance et un avenir sombre car incertain. La tête couchée, allongée semble bercer l’espoir d’une vie meilleure. Mais, la mort s’est insinuée dans la peau du personnage ; elle le ronge petit à petit, espoir par espoir.

Mahi Binebine est un exemple de la rencontre de deux univers de création : la peinture et la littérature ; le dialogue qui en résulte est à la fois fécond et ensorcelant. Qui pourrait se soustraire à cette double voix ?

Mars 2006

PARLE-MOI D’AMOUR :
GÉNIE ET FOLIE

Les Impatients-des artistes excentriques

Par Otilia Tunaru

Depuis huit ans, l’événement Parle-moi d’amour sert à amasser des fonds destinés à la Fondation pour l’art thérapeutique et l’art brut au Québec (FATABQ). L’exposition a eu lieu du 8 février au 22 mars 2006 au 100 rue Sherbrooke Est, 4e étage à Montréal. Un encan silencieux permet aux visiteurs de miser sur une ou plusieurs oeuvres. Organisé par Les Impatients, un lieu de création destiné aux personnes connaissant ou ayant connu des problèmes de santé mentale, cet événement réunit une centaine d’artistes en arts visuels qui se sont impliqués dans cette cause. Parmi eux, René Derouin, Gabor Szilasi, Marc Séguin, Michèle Drouin, Francine Simonin, Jaber Lutfi, Madeleine Arbour. À ces créations originales s’ajoute une œuvre posthume de Guido Molinari.

La collection des oeuvres produites dans les divers ateliers des Impatients s'est enrichie peu à peu à travers les pratiques de conservation des différents ateliers depuis 1989. Elle est maintenant constituée de plus de 10 000 oeuvres sur supports bidimensionnels - papier, carton, toile, panneaux - ainsi que d'oeuvres tridimensionnelles - assemblages de matériaux de récupération, sculptures de papier mâché, de bois, de plâtre, de fil de métal, de textile. Dans la salle aux murs tapissés de dessins de toutes les couleurs, l’art et la vie se confondent. Des personnes à la santé mentale fragile tentent de transcender leurs maux par le biais de l’art.

Il y a un aspect de la création qui se développe de plus si on échappe de la conscience, des jugements et de la préoccupation d’être estimé de ses pairs. Chez les Impatients, l’art est le défoulement, la spontanéité totale, la reconstruction de son “moi-même ”. C’est un espace pour communiquer ses peurs et ses envies, sans s’embarrasser des conventions sociales.

C’est plutôt d’offrir une place pour que les personnes qui ne sont pas d’artistes peintres puissent se regrouper et faire de l’art, comme des enfants. L’art brut ou outsider, comme vous voudrez, tient le haut du pavé dans l’actualité montréalaise des arts visuels.

L’autre objectif est de faire de la thérapie par l’art et une réinsertion sociale qui découlent de la création. Le dessin permet d’exprimer ses tourmentes, puis d’en parler de vive voix aux thérapeutes. Nietzsche disait que “la mission suprême de l’art consiste à nous guérir des douleurs convulsives que nous causent nos actes volontaires.” Chantal, l’une des exposantes, confie ses impressions: « Je ne parle à personne. Je dessine ou je peins. Je m’y sens bien. Pour la Fêtes des Mères j’ai fait une aquarelle, un enfant blotti dans les bras d’une mère sans visage, ils vont l’encadrer pour l’exposition permanente… Monsieur le maire de Montréal est venu faire son tour, il nous a dit, assez curieusement: “Il est important d’aider ces gens.” Comme si ce n’était pas nous ces gens. »

Dans cette exposition, le but de l’art est de communiquer, de s’exprimer et de renouer avec son moi profond. Les oeuvres de ces gens atteints d’une maladie mentale brillent par leur authenticité crue et par leur imagination débridée. La plus part sont des peintures ou des dessins. La photographie s’est insérée graduellement dans la collection. Surtout les portraits sont saisissants, car les personnes sont devenues de vrais personnages expressifs. On peut y voir des bouquins au papier glacé qui réunissent leurs cris du coeur, leurs rires, leurs pleurs. Au bord d’un tableau signé par Christine Leduc, où des différents tons de bleu s’entremêlent gracieusement, c’est écrit: “ Je viens je ne sais pas d’où. Je suis je ne sais pas qui. Je meurs je ne sais pas quand. Je m’étonne d’être si joyeux.” Les oeuvres laissent parfois voir la souffrance. On y trouve des dessins bouleversants, tel celui de Philippe, intitulé Le char de mon père. Une fois par semaine depuis 10 ans, il refait le même dessin. Seul le décor change…

Personne n’est à l’abri du vertige de la maladie mentale; un individu sur cinq en est touché au Québec. Mais les Impatients ne sont pas tous des malades mentaux. On peut y voir des artistes en congé forcé, des travailleurs victimes d’épuisement professionnel ou de dépression. Tous ensembles participe à un acte de création et à travers l’art ils trouvent une sorte de libération. Les blessés de la vie retrouvent le soulagement et leur dignité. S’ils sentent le besoin de parler de leurs angoisses, un professionnel sera prêt à les écouter.

La porte-parole de la fondation Les Impatients de Montréal est l’artiste Clémence DesRochers. Voici ce que la fille du poète Alfred DesRochers avoue: “ Je sais que ce lien est indispensable, qu’on vient pour se faire consoler, rire, dessiner, chanter, pour fuir une solitude insupportable pour le moment. Une fois qu’on a trouvé Les Impatiens au quatrième étage du 100 rue Sherbrooke Est, on arête, on vient jaser, admirer, donner et acheter un souvenir pour se souvenir de revenir.”

Au-delà de l’impact financier de l’événement, il s’agit pour le centre Les Impatients de sensibiliser le grand public aux réalités des personnes connaissant des problèmes de santé mentale. Maria-Zulema, une des bénévoles et en même temps exposante des photos, nous déclare : “ J’aide le monde qui sort des hôpitaux psychiatriques pour qu’ils puissent revenir à la société et faire quelque chose de valable après.”

La galerie virtuelle se trouve sur le site web www.impatients.ca

Photo: Otilia Tunaru - L’atelier des Impatients

 

Semaine des thérapies par les arts

Les thérapeutes par les arts organisent des séances d’information et des activités culturelles jusqu’au 26 mars pour souligner la Semaine des thérapies par les arts.

Les thérapies par les arts incluent l’art-thérapie -c'est-à-dire les arts visuels-, la musicothérapie, la thérapie par la danse et le mouvement ainsi que la thérapie par le théâtre. La cantatrice Natalie Choquette se dit très fière d’être la porte-parole de cet événement. “Je considère la musique et toutes les autres formes d’art comme la sève de la vie.”- déclare-t-elle.

Les détails sont disponibles sur le site http://aatq.org

8 aprilie 2006, ora 14.00

Cu ocazia sarbatorilor de Paste

Galeria Inter Pallas Voyages va
invita la Vernisajul expozitiei

Ofelia Armasu - Icoane romanesti pe sticla si lemn

Imigrata in Canada in anul1987, Ofelia Armasu s-a nascut in Romania intr-o familie care a imbratisat tot ceea ce se numeste arta. Datorita profesiei tatalui, ofiter in armata romana, cunoaste bine tara, in special Transilvania, fiind atrasa de tot ce este traditie romaneasca:costume, obiceiuri, lucru care o va urmari toata viata. Dupa anul 1947 se stabileste cu familia la Campina, oras cu traditie culturala si economica. Este perioada de adolescenta, ia contact direct cu urmasii pictorului Nicolae Grigorescu, fiul acestuia si nora (fiica poetului Alexandru Vlahuta), de asemeni cu nepoata pictorului, Doamna Stanciu, profesoara de desen. De asemeni isi petrece timpul liber in curtea castelului lui B.P.Hasdeu, in acele vremuri jefuit si parasit. Este fascinata de misterul castelului si personalitatea marelui om. Datorita circumstantelor, urmeaza facultatea de agricultura din cadrul Institutului Agronomic din Bucuresti. Dupa terminarea ei, lucreaza ca inginer proiectant intr-un institut de ordin republican de studii si proiectari din Bucuresti, pana la iesirea la pensie. In anul 1987 se stabileste in Canada si se dedica picturii de icoane. Lucreaza cu dragoste si pasiune, participa la expozitii colective si personale (Casa de cultura romana C.Brancusi de pe langa biserica Bunavestire din Montreal, biserica Sf.Ioan Botezatorul, rezidente pentru persoane in varsta (Outremont), deasemeni la Boucherville, Galeriile de arta Interpalas, Philadelphia(SUA) si ambasada romana de la Ottawa(Canada).

Citate din presa

Ziarul LUCEAFARUL, 1998

"Originala prezentare, cu personalitate, stralucitoare si un frumos colorit, a reusit sa trezeasca in sufletele noastre o calda duiosie dar si multa mandrie pentru arta noastra taraneasca. Expozitia de icoane pe sticla a O.A. a prezentat un moment deosebit in viata culturala a comunitatii romanesti din Montreal si o punte de legatura intre cei de acasa si cei plecati in exil(L.G.)

TRIBUNA NOASTRA, 2004

"Inspirée de la tradition orthodoxe grecque ou de la tradition spécifique roumaine, ses icônes sont peintes non seulement avec de couleurs, mais aussi avec beaucoup d'amour, ce qui leurs confère une particularité singulière, cet optimisme que j'ai déjà mentionné, l'empreinte de l'artiste. Plusieurs de ses icônes ont aussi une caractéristique toute a fait spéciale: les personnages bibliques sont habillés en costumes traditionnelles folklorique roumain. Ces deux particularités donnent aussi aux icônes crées par Ofelia un pouvoir de communication entre les saints images et le humain repenti venu chercher de l'aides; Ces icônes optimistes lui inspirent que ses voeux seront exhortés, certainement que c'est la clef du succès de ses icônes auprès du public de l'Amérique (Alice Tofan, directrice de l'Association des femmes roumaines du FAR Canada)

PAGINI ROMANESTI, 2005

''Icoanele Ofeliei Armasu au un univers aparte; a da viata chipurilor de sfinti in fata carora oamenii se inchina e un act de curaj. O.A. nu alege la intamplare chipurile care vor insufleti icoanele ei, incearca sa le cunoasca, sa creeze un fel de familiaritate cu personajele biblice, multe din ele te duc cu gandul la mitologia romaneasca. A-i oferi Maicii Domnului straiele unei taranci romance , a o impodobi cu aura, in care bunatatea si caldura sentimentului matern transpar dincolo de culoare,e o incercare care i-a reusit artiasei. Cu spice de grau sau flori de trandafiri, chipul bland al acesteia e parca mai aproape de lumea noastra, a mirenilor. Dupa 17 ani pe pamant canadian O.A. gaseste ca a picta chipul Maicii Domnului , a lui Isus Hristos…dezvaluie o truda, dar si o ardere, ca un proces de purificare, la capatul caruia gasim bucuria si implinirea de a participa la aceasta lume primtr-un act creator. O.A.reuseste sa emotioneze printr-o arta in care daruirea si emotia raman stapane (Cerasela Nestor)

ROMANIAN GLOBAL NEWS,Otawa Canada,25 ian 2005

EXPOZITIE DE ICOANE PE STICLA IN CANADA informeaza Ambasada Ramana din Otawa,Canada

"Expozitia O.A. cetatean canadian de origine romana, a prezentat publicului (diplomati,cetateni canadieni , ziaristi,membri ai diasporei romanesti din Otawa si Montreal) 38 de icoane lucrate atat tematic cat si grafic intr-un stil traditional aducand nota de originalitate, frumusete si caldura, prin culorile folosite de artista, toate retrezentand o munca de peste 20 ani"

Adresa galeriei :

3550 Côte-des-Neiges RC 90

Mot, Qc, H3H 1V4

Tel : 514- 937-5913

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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