Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 18 • Montréal • 15.02.2006

ARCHIVE

Cristina Iovita
Pauline Bonaparte reçoit Shakespeare à la Villa Borghese (fr)

Janvier 2005

Une grande perte : Sol (Marc Favreau)

Par Huguette Proulx

Sol, la terre où nous marchons,
Sol, une clé à la portée,
Sol, la cinquième note de la gamme,

Sol, c’était aussi un illustre clochard, qui aura marqué bien des générations. Il savait nous faire rire, même si on ne comprenait pas tout, après une journée de classe avec son copain Gobelet.
C’était un grand défenseur de la langue française; il a su nous la faire aimer à travers ses jeux de mots.
C’était un libre penseur, qui par ses monologues nous faisait réfléchir sur des sujets brûlants d’actualité.

Sol, ce clochard, seul sur scène, vêtu de son éternel manteau et ayant pour seule possession sa poubelle, savait nous tenir en haleine pendant plus de deux heures sans que l’on ait envie de bailler.

Je lui ai prêté une «oreille à tentatives» en octobre dernier, il m’a fait revivre mon histoire et réfléchir sur l’actualité nationale et internationale. Il m’a fait apprécié la langue et ses multiples possibilités.

Puis, il est parti… sans crier gare… tout comme le clochard du coin de la rue auquel on s’est habitué et qui, un matin, n’est plus à son poste.
La différence est que je ne peux l’oublier aussi rapidement et ses monologues toujours m’enchanteront.

Adieu Lamisol

Janvier 2005

La promesse de l’aube -
Une belle bataille livrée contre la réalité

Par Felicia Mihali

Jusqu’au 4 février, au Théâtre ESPACE GO, vous avec encore la chance de voir le spectacle La promesse de l’aube, adaptation du roman homonyme de Romain Gary. La meilleure définition que l’on puisse donner à ce spectacle est la déclaration faite par le metteur en scène André Melançon, dans une entrevue accordée à Hugo Roy : «...une histoire bâtie sur des excès de rêve et d’amour. » Bien que par endroit on ait vraiment le goût d’un amour excessif, c’est justement ce genre d’excès qui vous font supporter « les excès d’horreurs » (du même interview) auxquels on assiste dernièrement.

Le décor est accablant par sa simplicité et sa sobriété, car il laisse place ouverte au défilé des personnages, aux différents âges, moments et endroits, à tous ceux qui ont peuplé l’enfance et l’adolescence de celui qui allait devenir le grand écrivain Romain Gary. À partir de son petit village de Wilno, en compagnie de sa mère, le petit Romain traverse une bonne partie de l’Europe avant de s’arrêter à Nice. Les trois personnages qui interprètent le héros restent toujours en scène, comme un mémento à ce long et difficile périple, lorsque le jeune homme se transforme sous les yeux et la volonté de sa mère, la terrible Nina Borosovskaia. Sur une immense plage ensoleillée, Romain - dans la quarantaine – est toujours à la recherche de la chaleur et la tendresse de la disparue : ici, il se donne rendez-vous avec lui-même dans différents hypostases afin de retrouver la figure de sa mère.

Dans le rôle de Nina, le spectacle met en vedette Andrée Lachapelle, qui passe facilement d’une époque à l’autre dans la vie du personnage : elle est tantôt jeune, lorsqu’elle joue sur les scènes ouvrières de la Russie, tantôt vieille, alors qu’ elle continue de veiller sur Romain malgré sa maladie. Comme on s’y attendait, la comédienne fait un de ses grands rôles, dans la peau d’une femme qui est à la foi intelligente, volontaire, tendrement et égoïstement amoureuse de son fils, batailleuse, avec des idées fixes, toujours persuadée de la vérité de ses dires. Les excès dont parlait le metteur en scène, sont les excès d’amour de cette mère totalement dédiée à l’éducation de son fils.

Dans le triple rôle de Gary, on voit Patrick Goyette, Maxime Gaudette et les deux enfants Gabriel Favreau et Aliocha Schneider. Une bonne note pour la jeune Sharon Ibgui qui, à peine finissante de l’École nationale de théâtre du Canada en 2004, fait une entrée remarquable sur la scène montréalaise. Paul Savoie, toujours égal à lui-même, n’a pas besoin de grands efforts pour se faire remarquer soit dans le rôle du juif polonais, brûlé dans les camps d’Auschwitz, soit dans les rôles de tant de professeurs qui essaient tour à tour de découvrir les talents de Romain, soit dans le rôle du pauvre peintre, aspirant aux charmes de Nina.

Le spectacle de Montréal aurait probablement réjoui Gary, car il répond totalement à sa conception romanesque : « lutter contre la réalité; effacer la frontière entre réel et imaginaire. »

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

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