Omnibus propose L’histoire lamentable de Titus donné
dans son intégralité par 12 comédiens qui interpréteront
35 personnages. Parmi ceux-ci, Denis Mercier incarnera le Général
Titus, Sophie Faucher, la Reine Tamora et Didier Lucien, le sombre
Aaron. Le public aura le plaisir de voir l’œuvre jouer
dans sa version intégrale à partir de la plus récente
traduction par Jean-Pierre Richard (Collection de la Pléiade,
Gallimard). À l’instar du théâtre élisabéthain,
les spectateurs pourront boire et manger durant la représentation
qui débutera à 19 heures pour un parcours théâtral
de trois heures trente minutes.
Un treizième texte de Shakespeare monté par
Jean Asselin
Jean Asselin aborde avec cette pièce, sa treizième mise
en œuvre d’un texte du dramaturge, après les trois
Henry VI, Richard II, les deux Henry IV, Henry V, Le cycle des rois
(Prix de la meilleure production décerné en 1988 par
l'Association québécoise des critiques de théâtre
et qui avait marqué Espace Libre de ce mémorable printemps
shakespearien), Cymbeline, Le roi Lear, Coriolanus, Measure for measure
et les « Death speches ». L’histoire lamentable
de Titus donnée par Omnibus constitue, à notre connaissance,
sa première création au Québec. Toutefois, celle-ci
a déjà été présentée à
Montréal au Festival de théâtre des Amériques
en 1993, par le Théâtre National de Craiova (Roumanie)
dans une mise en scène de Sylviu Purcarete. Notons également
la mise en lecture de Titus Andronicus dirigée par Philippe
Laperièrre, une production du Théâtre des Pas
Perdus, présentée à deux reprises en 2003 au
Gésu.
Oeil pour œil, dent pour dent
« Tant mieux, Lavinia, que tu n'aies pas de mains, car avoir
des mains pour servir Rome ne sert à rien. » Ces quelques
vers tirés de l’œuvre (Acte III, scène 1),
en résume remarquablement le propos final. Créée
pour la première fois en 1594, L’histoire lamentable
de Titus (ou Titus Andronicus) est sans doute la première tragédie
de William Shakespeare, et assurément la plus sanglante. Dédaignée
par la haute société à cause de son côté
cru, la pièce connut pourtant un grand succès populaire.
Elle décrit un cycle inextricable de vengeance fatale entre
Titus, général imaginaire de la Rome impériale,
et son ennemie Tamora, reine des Goths. Dans cette Rome où
la grâce n’existe pas, seule demeure la loi du talion.
Titus, le héros, fait sans états d’âme pencher
la balance du côté d’un conservatisme méprisant
des valeurs humaines et du pardon. Aux limites de l’endurance
humaine, cette tragédie entretient l’inconfort entre
la pitié et la répulsion et, devant l’énigme
insondable du mal, nous laisse déchirés entre le désir
de comprendre et la peur de savoir. Œuvre de jeunesse, Titus
flatte le voyeurisme par une véritable débauche de violence
et de cruauté. L’horreur y est agencée dans un
style verbal et visuel dantesque. L’atrocité des faits
et la mise en valeur de la souffrance, exactes et crédibles,
sont révélées par l’art à l’encontre
des médias qui les banalisent. Cette pièce toujours
d’époque invite à nous inquiéter et nous
indigner de la résurgence atavique de la violence, et de la
fascination qu’elle opère.
« Redécouverte dans les années 1950, dans le
contexte historique du traumatisme profond causé par les atrocités
nazies, cette tragédie où la violence la plus insupportable
sourd au cœur même de la civilisation est désormais
très souvent jouée. Les déferlements de cruauté
et de barbarie qui, en divers points du globe, ont régulièrement
marqué la fin du XXème siècle et les débuts
du XXIème n'ont cessé de faire de cette tragédie
de l'horreur un écho puissant de la modernité. »
— Yves Peyre (in Shakespeare – Tragédies, OEuvres
complètes, tome 1, Gallimard, col. La Pléiade)
Un spectacle tout en action et en démesure
Des alliés de taille, Jaber Lutfi et François Barbeau,
attribueront à la douzaine d’interprètes la vêture
et les accessoires impériaux dans un Espace Libre qui évoquera,
dans l’espace intemporel créé par Charlotte Rouleau,
quelque empire hégémonique pour qui tout étranger
est un barbare.
La composition de la troupe augure d’un Titus tout en action
et en démesure, à la hauteur de cette grande œuvre
à la fois poétique et philosophique.
avec Jean-Baptiste Asselin-Boulanger, Jean Boilard, Daniel Desputeau,
Philippe Ducros, Sophie Faucher, Emma Haché, Christian LeBlanc,
Didier Lucien, Denis Mercier, Isabelle Pastena, Charles Préfontaine,
Martin Vaillancourt
scénographie Charlotte Rouleau
costumes et accessoires Jaber Lutfi et François Barbeau
lumière Mathieu Marcil
conception sonore Éric Forget
régie Stéphanie Capistran-Lalonde
maîtrise d’œuvre Jean Asselin
Espace Libre
1945 rue Fullum à Montréal (Métro Frontenac)
billetterie (514) 521-4191
Horaires
du mardi au samedi à 19h
boissons et nourriture vendues sur place durant la représentation
Prix des places
régulier 24 $ - étudiant 19 $