Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 18 • Montréal • 15.02.2006

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Du 7 au 25 mars 2006 à 20 h

Théâtre Prospero

Le Théâtre de Fortune présente en codiffusion avec Le Groupe de la Veillée

Le Château,
de Frantz Kafka

Adaptation et mise en scène
Jean-Marie Papapietro

Communiqué de presse

En première montréalaise, le Théâtre de Fortune présente sa nouvelle création, une adaptation originale du Château de Franz Kafka mise en scène par Jean-Marie Papapietro. Il pousse l’extraordinaire vitalité de Kafka, son humour mordant, le jeu passionné de l’imaginaire engagé dans une production perpétuelle d’images insolites destinées à mettre en déroute toute logique et à subvertir le rationnel. Le petit Théâtre de Fortune présente une oeuvre imposante, avec dix comédiens, du grand théâtre à la fois rare et burlesque, faisant apparaître l’humour très particulier de Kafka.

Le Château, dernier grand roman philosophique inachevé, après Amerika et Le procès, entrepris par Franz Kafka quelques années avant sa mort en 1924, se présente comme une sorte d’épopée portant sur le thème de l’impossibilité de se faire adopter par les autorités et par la population dans un pays où l’on est perçu comme étranger.

Arrivé par une nuit d’hiver dans un pays et un temps qui ne sont pas indiqués, le héros quasi anonyme, son identité se réduisant à la seule lettre K., se prétend arpenteur-géomètre et souhaite s’installer dans le village et y exercer son métier, après avoir tout quitté pour répondre à une sorte d’appel ou de convocation. Les autorités bien que lui reconnaissant son titre ne lui attribuent aucune tâche précise. Le pouvoir arbitraire d’un mystérieux comte Westwest, retiré dans son château et que personne ne voit jamais et dont l’intermédiaire est Klamm, empêche K. d’exercer son métier. Il cherche alors par tous les moyens à atteindre les fonctionnaires qui résident au château, siège de l’autorité suprême. Il attend d’eux qu’ils confirment officiellement sa mission. K. multiplie les rencontres au village pour éclaircir ce mystère surtout auprès des dames qui lui apparaissent comme des intermédiaires privilégiées pour atteindre son but. Les tentatives de K. pour obtenir gain de cause sont vaines et l’hostilité des fonctionnaires du château et des villageois le voue à l’échec. Il ne parvient pas à faire légitimer sa fonction. K. est mis au ban de la société pour des raisons qu’il ignore, quoi qu’il tente pour se défendre, il ne parvient pas à obtenir les réponses qu’il attend. Le roman reste inachevé : au moment où K., au terme d’une nuit épuisante, semble enfin sur le point de percer les arcanes de la bureaucratie, il est terrassé par une immense fatigue qui préfigure sans doute l’acceptation de son destin.

Les textes de Kafka ont été l’objet de toutes sortes d’exégèses sociologiques, politiques ou psychanalytiques qui ne manquent pas d’intérêt, aux yeux du Théâtre de Fortune, mais qui, par leur masse, risquent d’étouffer la création originale. La première démarche, abordée par Jean-Marie Papapietro avec Kafka, consiste donc à revenir au texte en s’appuyant sur des traducteurs aussi rigoureux que Bernard Lortholary ou Claude David, lequel a minutieusement révisé, pour l’édition de la Pléiade, les premières traductions d’Alexandre Vialatte (premier traducteur à faire découvrir Kafka aux Français dans les années 30). Ces traductions récentes font apparaître, avec plus de netteté, l’humour très particulier de Kafka, burlesque et sinistre à la fois et qui cherche moins à tempérer le tragique qu’à lui donner davantage de relief. Il s’agit très souvent d’un humour brutal, visuel, scénique, comportant une sorte de cocasserie incongrue qui n’est pas s’en rappeler un certain cinéma américain. La plupart des rencontres de K. avec les représentants de l’autorité sont marquées par un déficit de communication qui en révèle souvent toute la drôlerie.

En entremêlant motifs romanesques et problèmes personnels, Kafka écrivit des romans et des nouvelles imprégnées à la fois d’une grande tristesse tragique mais aussi d’un grotesque d’humoriste pince-sans-rire, qui ont assurément une valeur autobiographique. Dans une langue sobre et minutieuse, en un discours d’une apparente tranquillité, grâce à la complète lisibilité des histoires, Kafka, qui a «à la fois le regard le plus lucide posé sur le monde et l’imagination la plus déchaînée» (Kundera), a tenté d’éclairer la vie quotidienne, faisant pénétrer le spectateur dans un univers irréel dont la cohérence absolue donne une angoissante impression de présence, de réalité, sans être soucieux d’un message à transmettre.

Les écrits de Kafka reflètent les sentiments de la société du début du XXe siècle. Ses personnages évoluent dans un monde où les rapports et relations qui les régissent, leur sont incompréhensibles; où ils sont livrés, impuissants, à des forces inconnues, comme dans un cauchemar. Kafka étudie la psychologie de ses personnages face à des situations extraordinaires, dont ils ne connaissent pas les tenants et les aboutissants. D’une certaine manière, Le Château se situe dans la longue tradition des romans qui mettent en scène un aventurier en quête de gloire et de reconnaissance. K. est perdu, déboussolé, il ne saisit pas tout ce qui l’entoure. L’originalité du héros de Kafka est qu’il ne sait pas lui-même si ce qu’il cherche est utile ou nécessaire et donc, quel succès ou quel salut, il peut attendre de sa recherche. Pour Jean-Marie Papapietro, tout ceci est question, interrogatoire, expérience; l’action se réduit à l’examen systématique d’opinions, de solutions ou de vérités possibles.

« Kafka n’a pas prophétisé. Il a seulement vu ce qui était « là-derrière ». Il ne savait pas que sa vision était aussi une pré-vision. Il n’avait pas l’intention de démasquer un système social. Il a mis en lumière les mécanismes qu’il connaissait par la pratique intime et microsociale de l’homme, ne se doutant pas que l’évolution ultérieure de l’Histoire les mettrait en branle sur sa grande scène. (...) Grâce à la force et à l’autonomie de sa vision poétique, Franz Kafka a dit sur notre condition humaine ce qu’aucune réflexion sociologique ou politologique ne pourra nous dire. » Milan Kundera, L’Art du roman.

Avec : Roch Aubert, Jean-Robert Bourdage, Christine Filteau, Claire Gagnon, Denis Gravereaux, Georges Molnar, Christophe Rapin, Aurélie Spooren, François Trudel, Jean Turcotte

Théâtre Prospero

1371, rue Ontario Est

Billetterie 526 – 6582

Admission 790 – 1245

Tarifs billets

Réguliers 24$

Aînés et Étudiants 17$

Groupe 15$

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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