Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 16 • Montréal • 15.12.2005

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Cristina Iovita
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Décembre 2005

Tous les discours du monde

Par Cristina Iovita

Le Théâtre du Vaisseau d’or, une petite compagnie formée de jeunes acteurs diplômés de plusieurs écoles de théâtre du Québec, présente du 10 au 12 décembre 2005, à l’École nationale de théâtre du Canada, une événement intitulé Discoursus politicus. Le texte, un collage de discours historiques, au sens propre du mot, avertit sur le sérieux de la démarche- on veut, messieurs-dames, faire résonner dans votre conscience les paroles qui ont marqué l’Histoire; la formule spectaculaire, une mise en lecture, justifie parfaitement ce contenu par son aspect essentiellement oratorique; ergo, messieurs-dames, vous assistez à un discours sur deux niveaux, artistique et politique, ce qui est un événement en soi puisque, de nos jours, à Montréal à tout le moins, le théâtre a oublié sa fonction de tribune et les artistes de la scène ne font plus figure de maîtres de la parole mais plutôt d’esclaves de l’image promue par le petit écran.

Si j’avais été chargée de la promotion de ce petit spectacle c’est ainsi que je l’aurais décrit; si j’avais eu à en faire la critique, voire l’analyse de l’essai en question, je n’aurais pas eu d’autres mots pour le définir. N’étant ni l’un ni l’autre, ni promoteur ni juge, je me contenterai de dire que le jeu valait bien la chandelle et que les deux petites heures que j’ai passées à regarder l’incarnation, souvent cocasse, des gens qui ont fait l’Histoire, m’ont entièrement satisfaite.

Peu d’entre nous sommes conscients du fait que, jadis, l’École nationale de théâtre du Canada servait de local à la Cour Juvénile, la Salle 1, où le Discoursus politicus se déroule en ce décembre 2005, ayant jadis été un lieu de jugement et de condamnation des adolescents fauteurs de troubles de la région de Montréal; si, toutefois, on l’est, le choix du lieu, fait par le Théâtre du Vaisseau d’or en vue de la représentation de son spectacle politique, devient d’autant plus significatif que ses interprètes sont à peine sortis de l’adolescence eux-mêmes. Le discours s’annonce provoquant dès qu’on entre dans l’espace de jeu et le devient de plus en plus lorsque, montés sur les rostres improvisés, les jeunes acteurs du Vaisseau d’or haranguent les spectateurs à coups d’accusations et de plaidoyers comme lors d’une véritable procédure judiciaire. Tour à tour, l’on voit Hitler, Churchill et Napoléon défendre leurs causes, Allende, Bétancourt et la reine Elisabeth I enflammer leurs armées, Clinton et Bouchard faire amende honorable pour leurs péchés, Mme Bush et Céline Dion témoigner de leurs états d’âme devant les catastrophes essuyées par l’humanité, l’aventure se poursuivant jusqu’aux débats et conflits reliés à la souveraineté du Québec, présentée sous forme d’oratoire, d’opéra-concert qui finit en cacophonie parce que, trop sujets à l’émotivité, les participants ne respectent plus les règles de la rhétorique. On a la sensation claire qu’à travers ce spectacle les jeunes jugent l’histoire et que leur verdict est le ridicule à perpétuité, - parce que l’on est au théâtre et que le théâtre ne punit que par le rire – pour ceux qui, dépourvus de jugeote mais haut placés dans la hiérarchie du pouvoir, mènent les peuples tout droit au désastre spirituel, une sensation qui, si l’on pense à l’ancien usage du lieu, ne manque pas de nous secouer, nous les adultes qui y assistons, surtout que les interprètes, brandissant leur jeunesse comme un atout, se moquent royalement des particularités d’âge ou de celles tenant de l’aspect physique des personnages qu’ils incarnent. Jacques Parizeau est joué par un noir, après les premiers moments de choc, quand s’installe la réalisation du clin d’oeil envoyé par les artistes à travers ce choix de distribution, le public oubliant complètement l’opposition flagrante entre l’apparence de l’acteur et celle du personnage et il y va de même pour l’actrice qui interprète Lucien Bouchard et dont la voix même contredit la masculinité du modèle; aucun des comédiens n’est la pastiche du héros qu’il incarne ni un perroquet répétant fidèlement ses paroles, mais un orateur en
lui-même, qui livre son propre discours devant une assemblée de fortune, ses spectateurs, la convention de la lecture soutenant parfaitement toutes ces licences visuelles. C’est un discours sur l’art du discours politique que le Théâtre du Vaisseau d’or apporte par sa mise en lecture du Discoursus politicus et si l’essai esthétique pèche, ça et là, par des éclats d’humour douteux ou par la redondance de certains moyens scéniques - les effets de bruitage, par exemple, qui accompagnent la plupart des tableaux, parfois sans raison valable - sa cohérence de jeu et de propos ne manque pas d’impressionner. À bon entendeur, salut!

Théâtre du Vaisseau d'or
Mise en lecture.

À la demande générale!!!

Discoursus politicus tome III
un événement de Vincent Côté et Thomas Perreault

(Mise en lecture de textes de Hitler, John F. Kennedy, Martin Luther King, Jacques Parizeau, Céline Dion, René Lévesque, Pierre-Elliot Trudeau, Lucien Bouchard, S. Allende, Ingrid Bétancourt, Edward VIII, Élizabeth I et II, Robert Kennedy, Bill Clinton, George W. Bush et plus!)

Avec: Jean-Guy Legault, Vincent Côté, Thomas Perreault, Mariflore Beaudin-Véronneau, Maude Laurendeau et Philippe Lonergan

École Nationale de Théâtre du Canada (5030, rue St-Denis)
15$
places limitées: réservations 514-279-4672
1. samedi 10 décembre 2005: 15h
2. dimanche 11 décembre 2005: 15h et 20h
3. lundi 12 décembre 2005: 20h

création et réalisation par Cristian Nistor

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