Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 15 • Montréal • 15.11.2005

 

ARCHIVE

Felicia Mihali
La reine et le soldat (fr)

Novembre 2005

Pierre Couture

Guillaume couture
Le roturier bâtisseur

(récit biographique)

PEUT-ON IMAGINER UNE VIE MIEUX REMPLIE ?

Guillaume Couture connut en Amérique une vie décidément remplie de rebondissements. Né en 1617, dans la paroisse de Saint-Godard à Rouen, il accepta, à 20 ans, sous les instances de René Goupil, de partir en Nouvelle-France à titre d’engagé au service des jésuites. Charpentier doué, il fut le maître d’œuvre de la construction de Sainte-Marie-aux-Hurons, la mission des jésuites à Sault-Sainte-Marie (1639-1641). C’est là qu’il s’initia à l’apprentissage de la langue huronne et aux mythes amérindiens. En 1642, il fut fait prisonnier par les Iroquois, supplicié (il perdit quelques doigts) et « adopté » par eux devenant ainsi membre à part entière de la tribu. Maîtrisant parfaitement la langue iroquoise, il devint le principal négociateur (du côté des Iroquois !) de la signature du premier traité de paix entre les Français et les Iroquois (1645).En 1663, il se laissa de nouveau tenter par l’aventure et prit possession, au nom du Roy de France, des terres de la baye du Nord (baie de James) à la suite d’un interminable, épuisant et fascinant voyage en canot sur l’imposant lac Mistassini. Et puis, il fut l’un des artisans de la défaite de Phips en octobre 1690 à titre de capitaine de milice. Grâce à la technique dite de la
guerre « à l’indienne », faite d’embuscades surprises, d’avancées et de retraites, il réussit à décontenancer l’armée anglaise et à faire battre en retraite la flotte de Phips qui repartit avec d’énormes pertes. Doué d’une santé de fer, Guillaume Couture s’éteignit à l’âge de 84 ans en laissant une descendance nombreuse en Nouvelle-France. Pierre Couture, l’auteur de ce récit biographique, en fait partie.

L’auteur

Né à Montréal, Pierre Couture a une formation d’avocat. Il a été reçu au Barreau du Québec avant de poursuivre ses études en sciences politiques et en droit international public à l’Université d’Aix-Marseille. De retour au pays, il entre au service de la société Radio-Canada. Successivement rédacteur, secrétaire de rédaction puis reporter, il se spécialise finalement dans la chronique scientifique.
Auteur de quelques conférences et collaborateur occasionnel de quelques revues comme FORCES ou L’AGORA, il a publié les récits biographiques de Marie-Victorin, du curé Labelle et, en collaboration avec Camille Laverdière, de Jacques Rousseau dans la collection « Les grandes figures ».

Novembre 2005

George Szanto

double vue

(roman traduit de l’anglais par François Barcelo)

La disparition de Pepe Legarto

George Szanto complète sa trilogie de la Conquête du Mexique avec ce dernier roman, Double vue, qui constitue le deuxième de la série, mais dont la publication a été différée pour des raisons politiques. De fait, l’auteur y dénonce sans trop de ménagement les agissements de certains partis politiques mexicains.

Le récit débute par le deuxième voyage de Jorge au Mexique, en 1990. C’est son ami Pepe Legarto qui l’a invité. Élu maire de Michoácuaro sous la promesse de combattre la corruption qui règne tant dans le parti politique au pouvoir que dans les services de police fédéraux et locaux, Pepe a semé la colère chez ses adversaires. Fier de sa
victoire, Pepe invite Jorge à venir fêter avec lui son intronisation. Avant même que Jorge, universitaire et criminologue, ne soit arrivé au Mexique, Pepe disparaît. Enlèvement ? Assassinat ? Jorge fait fi des intrigues et des complots dans cette culture qui lui est étrangère et se lance à la recherche de son ami. Avec l'aide de Felicio, médecin nonagénaire à l'esprit aussi clair que la téquila la plus pure, d'Irini, aussi belle que brillante avec ses yeux vert opale, d'Ali Cran, filou convaincu que nous possédons tous dix sens plutôt que cinq, et de Rubén Reyes Ponce, chef de police pas toujours scrupuleux, Jorge affronte des dangers qu'il ne voit pas toujours venir, se fait des ennemis qui ne rêvent que de se débarrasser de lui, et dévoile la face criminelle d'un pays qui l'avait jusque-là plongé dans le ravissement. Il se découvre aussi une force et des capacités dont il se croyait dépourvu. Et Michoácuaro lui révèle une complexité qu'il n'avait jamais soupçonnée.

L’auteur

George Szanto est l'auteur d'une douzaine de livres — romans, récits, théâtre, essais. Son premier roman, Not Working, a été finaliste en 1982 du prix Books in Canada du premier roman. Friends & Marriages a reçu en 1995 le prix Hugh-MacLennan de la fiction. George Szanto est né à Londonderry, en Irlande du Nord. Il a fréquenté le Dartmouth College, le Goethe Universität à Francfort-sur-le-Main, l'Université d'Aix-en-Provence et l'Université Harvard où il a obtenu un doctorat. Il est membre de la Société royale du Canada depuis 1988. Il a enseigné pendant 33 ans, d'abord à Harvard, puis à l'Université de Californie à San Diego, et plus récemment à l'Université McGill. Il réside maintenant dans l'île de Gabriola, en Colombie-Britannique.

Septembre 2005

Gustavo Sainz

Sentences

(roman traduit de l’espagnol par Hélène Rioux)

Assis sur l’ample dos du silence

Il était là, attaché, aveugle, ivre de voix intérieures, de pensées, effrayé, faible, dans l’attente, blessé, vaincu, inquiet.

Un homme a été kidnappé. Il a été ligoté sur une chaise dans une pièce en béton aux portes blindées. Il entend des bruits, des paroles, mais ne voit rien. On lui a bandé les yeux. Il est seul et le temps défile sans qu’il le voie passer. Où est-il? Que fait-il en ce lieu? Impossible de le savoir. Si on lui permet de se soulager et qu’on lui donne parfois à manger, on ne lui adresse pas une seule parole. Aucun repère. Le noir. Sa pensée s’affole. Des images fusent. Des pensées, particulièrement sur le sens du temps, lui qui en est coupé. Sur d’autres sujets aussi. Depuis les conceptions des philosophes de l’Antiquité, jusqu’à celles des penseurs contemporains. Des artistes, des peintres, des romanciers sont également convoqués. Réflexions intimes et culturelles s’entrelacent dans un texte fait de courtes phrases sans point qui s’additionnent dans un désordre à l’image de l’état d’esprit du narrateur. « Garder les phrases fortuites, énumératives Faire des phrases qui se suivraient comme le journal de bord des moments de son isolement Phrases disparates, avec des changements de direction, des bifurcations, des ruptures, des sauts, des étirements, des jaillissements, des parenthèses ». Sentences, un roman de la rupture au ton résolument moderne, une pluie de sentences sur les fondements de la pensée occidentale, de même que le drame d’un homme enfermé comme une bête dans un réduit bétonné. Ce roman a gagné le prix littéraire Mexique-Québec en 2003 (langue espagnole).

L’auteur

Gustavo Sainz est né au Mexique en 1940. Il a été directeur littéraire chez Joaquin Mortiz (1960-1970), chez Grijalbo (1970-1980) et directeur de la Revista de Bellas Artes (1960-1969). Il a reçu le prix Xavier Villaurratia (1974) pour son roman La princesa del palacio de Hierro. Il a publié quatorze romans, de nombreux récits et une autobiographie. Son œuvre a notamment été traduite en français, en anglais et en italien. Actuellement, il enseigne à l'Université d'Indiana, à Bloomington, aux États-Unis.

Octobre 2005

Alto vous propose:

Un jardin de papier, de Thomas Wharton

Roman traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voillot

Chaque livre a sa propre histoire.

Pour embrasser toutes celles qui fleurissent dans ce Jardin de papier, il faut en raconter plusieurs autres : d’abord celle d’une jeune fille rencontrée dans les ruines d’une librairie de Québec, puis celle de l’imprimeur Nicolas Flood, sommé de créer un livre infini pour satisfaire la lubie du comte d’Ostrov, un excentrique passionné d’énigmes et de mécaniques fantasques. Absorbé tout entier dans la poursuite de cette chimère, Flood entreprend un périple fabuleux qui le mènera de Venise à Alexandrie en passant par Canton et Londres en compagnie de personnages tout droit sortis d’un cirque ou des Mille et Une Nuits : Djinn, un être auréolé de mystère, Ludwig, l’automate, Amphitrite, corsaire à la peau d’ébène, et la jeune Pica, capable de respirer sous l’eau.

Un jardin de papier, c’est aussi une fable gigogne à propos des rêves qui inspirent les créateurs. Il appartient au lecteur d’y ajouter sa propre histoire en arpentant les pages de cette romance baroque, truffée de révélations, offerte en hommage au pouvoir de l’imagination. « Wharton nous offre une fiction tellement vraie et envoûtante que nous n’avons plus de choix que d’oublier notre rôle de l’autre côté du livre, et de le suivre jusqu’à la dernière page. » Alberto MANGUEL (extrait de la préface )

Vous pouvez lire des extraits du livre à l’adresse : www.jardindepapier.net.

Enseignant et écrivain, Thomas Wharton est né en 1963 à Grand Prairie, dans le nord de l’Alberta. En 1999, son premier roman, Le Champ de glace, lui permet de rafler trois prestigieux honneurs : le Commonwealth Writers Prize for Best First Book, le Banff Book Festival Grand Prize et le Writers Guild of Alberta First Book Award. Paru en 2001 sous le titre Salamander, acclamé par la presse internationale et finaliste pour le Prix littéraire du Gouverneur général, Un jardin de papier révèle le don de fabuliste de Wharton, qui a aussi publié en 2004 un recueil de nouvelles, The Logogryph, récipiendaire du Howard O’Hagan Award for Short Fiction.

création et réalisation par Cristian Nistor

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