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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 15 • Montréal • 15.11.2005

 

ARCHIVE

Felicia Mihali
Le droit de dire NON (fr)

Novembre 2005

Cristina Iovita

CHASSER LE NATUREL

Je possède un naturel bavard qui, depuis ma plus tendre enfance, n’a jamais cessé d’importuner tous ceux qui, de près ou de loin, en ont essuyé les effets. Au dire de ma mère, j’ai commencé à parler à l’âge de neuf mois, le seul nom que j’aurai malmené, en l’articulant pour la première fois, ayant été celui de locomotive (soit locotomolive en ma version) tous les autres sortant tout aussi purs et retentissants de ma bouche que de celle d’un orateur chevronné. Je parlais, paraît-il, à tout le monde, sans discrimination d’âge, de position sociale ou de statut intellectuel, l’épicier, le médecin de famille, la maîtresse d’école, mes copains de classe et même le curé de notre paroisse, sourd comme un pot, faisant les frais des conversations que je n’arrêtais plus d’entamer du matin au soir et à chaque jour que le bon Dieu nous accordait sur cette terre de souffrance. Pour endiguer ce flot de paroles, mon père m’apprit les lettres dès l’âge de quatre ans, m’encourageant de lire le journal en sa compagnie et de continuer à déchiffrer les caractères dans les volumes de notre bibliothèque, lorsque ses devoirs quotidiens l’éloignaient de la maison, afin de ne plus entraver de mon bavardage les activités courantes au sein de la famille. Dans le même but, à six ans, on me suggéra de tenir un journal intime, à dix, de correspondre avec des jeunes de mon âge- vivant dans des contrées aussi éloignées que la France ou le Maroc- à douze, enfin, et pour combiner tous ces efforts, mon professeur de roumain m’encourageant d’écrire pour l’amour de l’art, c’est-à-dire de produire, dans tous les genres connus, des oeuvres de mon cru qui, ainsi, allaient toucher le plus d’interlocuteurs possible sans toutefois déranger leurs activités. Il est vrai que la mode était, en la Roumanie de mon enfance, à l’écriture, tout le monde, lettré ou analphabète, s’y adonnant avec rage afin de marquer le degré de supériorité intellectuelle atteint par la civilisation socialiste, jeune elle aussi à l’époque et désireuse de s’imposer dans le contexte mondial. Les politiques écrivaient des volumes à base de leurs discours, les ménagères produisaient des articles sur l’économie domestique, les artistes amateurs donnaient dans la poésie occasionnelle, les ouvriers des usines tenaient des cénacles et, dans les écoles primaires, les lettres adressées aux héros communistes, en vie ou disparus depuis longtemps, constituaient l’exercice principal en matière de rédaction. Il y avait même un programme national pour la création de nouveaux écrivains, censés créer, à leur tour, la nouvelle littérature- une sorte de moulin à artistes géré par un des plus grands maîtres des lettres roumaines qui, par ailleurs, s’en moquait royalement, disant à qui voulait bien l’entendre que, d’une pareille institution, nul n’allait sortir” plus poète” qu’il ne le fut en entrant. Cela dit, mon naturel allant de pair avec les tendances générales, on eut beau le chasser par la méthode littéraire; il revint au galop, d’abord par la voie épistolaire, ensuite par celle de la récitation- dire les mots des autres ne m’a jamais déplu, au contraire, j’en ai fait ma carrière et le plus grand plaisir de mon existence jusque là- et, pour finir, m’obligea de me transformer en écrivain professionnel. À force d’écrire à Lénine sur mes exploits d’écolière, je compris la mécanique de la fiction qui, en permettant aux vivants de parler aux morts, donne à ces derniers la possibilité de s’incarner aux yeux de l’auteur; à force d’inventer des dialogues à distance, entre deux ou plusieurs êtres, inconnus ou à peine rencontrés- dans un train, à la plage, dans une salle de conférence et ainsi de suite - je découvris par moi-même les lois de la rhétorique et pus inventer mon propre discours. À force de converser en silence, disons, avec tout un chacun que mon imagination décelait comme un interlocuteur possible, je devins écrivain, voire artiste de la conversation à temps plein. Chaque fois que l’on me demande, à présent, comment j’écris, je donne la réponse suivante, toujours la même et qui me satisfait pleinement, malgré le ton enfantin qu’elle s’entête à garder et qui lui prête, parfois, un air de rengaine susceptible à me déplaire : je m’invente un interlocuteur et on bavarde ensemble.

Le reste est silence.

Novembre 2005

Felicia Mihali

La démocratisation de l’écriture

Le mois dernier, l’une de nos collaboratrices nous a proposé le thème « Comment écrit-on ? » pour le numéro 15 de Terra Nova. Elle venait de participer à un lancement de livre, ce qui a soulevé chez elle les interrogations suivantes : Que se passe-t-il dans l’âme et l’esprit de chacun avant de commencer la rédaction de la première ligne ? Quels sont les buts ou les plaisirs qui nous mènent à cette pratique si courante dans notre vie, mais si difficile parfois à accomplir ?

Lorsque j’ai fait suivre son message à l’équipe de Terra Nova, un de nos collaborateurs m’a répondu tout de suite qu’il ne se sentait pas en droit de participer à ce débat. Bien qu’il soit un auteur doué ( il a déjà publié un volume de prose courte, il est critique et traducteur), il ne se considère pas de la trempe de ceux qui font de l’écriture leur métier ou leur raison d’être. Il ajoutait encore que seuls les écrivains – et pas n’importe quels écrivains – seraient en droit de dévoiler les secrets ou les peines de leur démarche.

Grâce à Internet, le développement sans précédent de la communication écrite a produit une véritable démocratisation du métier d’écrire. Des rapports économiques, des analyses politiques, des histoires érotiques ou pornographiques, de la littérature de tout genre, tout circule librement à la vitesse de la foudre. Le grand nombre des revues littéraires ou des magazines culturels en ligne permet aussi l’expansion universelle de l’écriture. Les rédacteurs peuvent vivre maintenant dans n’importe quel partie du monde par rapport au siège social de la publication qui, parfois, est dirigée du salon du rédacteur en chef. Tout est libre et tout est permis. La pratique des blogues, ces journaux intimes en ligne, permet aussi un étalage parfois indécent des fantasmes. Ce qui avant était fondé sur l’intimité, sur la discrétion et sur le silence, se fait maintenant dans le but d’être consommé immédiatement par des inconnus. La notion même de journal intime est modifiée, le destinataire n’étant plus soi-même mais tous les possibles connaisseurs d’une langue.

Les médias électroniques imposent aussi une modification des pratiques d’écriture. Tout d’abord on a changé le médium, car à la place d’un crayon bien aiguisé et d’une feuille de papier rugueuse, comme c’était le cas pour nos parents, on utilise de plus en plus l’ordinateur avec ses multiples facilités ; copier et coller, voilà le couple qui modifie même notre pensée. Croyez-vous qu’il n’y ait de rapport entre ces deux opérations et le nouveau canon culturel? Pensez-vous que si Flaubert avait eu à sa disposition un tel outil, la genèse de Madame Bovary avec toutes les pertes dues aux corrections et aux transcriptions aurait duré dix ans, et que Bouvard et Pécuchet, ce roman presque parfait, serait resté inachevé ? Pensez à toutes les peines déployées afin d’obtenir un manuscrit final et vous allez comprendre la dimension de ce couple béni : copier-coller.

Devant la prolifération sans précédent des textes, l’écriture reste-elle encore l’apanage des auteurs de fiction ? Est-elle encore perçue comme une pratique liée aux fantasmes, à l’imaginaire ? Faut-il craindre ou se réjouir de cette démocratisation de l’écriture ? En quoi le processus de création chez un écrivain se différencie-t-il de celui d’une secrétaire qui fait le rapport d’une séance de travail ou d’un journaliste qui finit son article ? Être écrivain ne veut pas dire qu’on a des choses intéressantes à dire en dehors de ses livres. Peut-être que son œuvre lui donne un peu plus d’autorité qu’à quiconque, mais il ne détient pas la vérité absolue sur le métier ou sur les pratiques d’écriture. La manière dont on laisse nos idées prendre une forme matérielle, qu’elle soit en papier ou en pixels, est étroitement liée à notre nature profonde. Chaque rencontre d’un individu avec le papier, cette barrière matérielle entre penser et exprimer, entre dire et raconter, est digne d’être prise en considération. Chaque expérience devant la répression des mots reste une expérience unique toute aussi importante que l’éclat de la première étoile.

Personnellement, je me réjouis de cette relâche produite par l’écroulement de la censure envers la publication. Si le monde de l’édition se limitait auparavant à une poignée d’élus, aujourd’hui, tous peuvent s’exprimer librement et publiquement. J’en suis contente, malgré toutes les bêtises qui se retrouvent quotidiennement sur l’écran et parfois même dans les messages de nos amis. Je me réjouis d’avoir ainsi accès à des histoires, des sensibilités, des sentiments qui me seraient autrement inconnus. Je ne veux plus d’écrivains qui parlent des affres de leur création, car parfois, leur œuvre est de si piètre qualité que les détails concernant leur production ne me seraient qu’une épreuve de plus. J’aimerais, par contre, entendre parler le gardien qui, sous le régime de Ceausescu, gardait le philosophe roumain Constantin Noica en résidence surveillée à Paltinis. Je voudrais l’entendre raconter comment il écrivait ? Inspiré par le vieil homme qui restait toute la journée recroquevillé au-dessus de ses livres, quel a été le processus, qui un jour lui a dicté de prendre un crayon et une feuille de papier ? Et combien j’aimerais savoir quelle a été la première ligne qu’il a écrite !

Novembre 2005

Emil Belu

Le labyrinthe de la lecture

La difficulté d'entendement que l'on éprouve devant certains chefs-d’œuvre de la littérature universelle est, qu'on le veuille ou non, un fait réel. L'impossibilité d'entrer en résonance avec la pensée de l'auteur nous pousse souvent vers l'abandon de la lecture. Pourtant, d'un coin poussiéreux de la bibliothèque, le signet jauni, oublié dans des pages mystérieuses, me fait de l'œil : "Essaie !"

Épier l'esprit, c'est ma vieille bizarrerie. Je suis de plus en plus persuadé que ce n'est pas dans la lecture, mais bien dans la relecture que réside le secret de la compréhension de grands auteurs et de grands chefs-d'œuvre. Que de fois l'essentiel nous échappe-t-il en première lecture ! Que de fois l'abondance d'idées qu'un autre lecteur y puise, nous étonne ! L'empressement de parcourir un livre et une certaine facilité de perception, illusionnent le lecteur, l'induisent à la suffisance.

L'affirmation d’E.M.Cioran, "C’est à la sixième lecture que j’ai compris Dostoïewski", m’avait semblé un caprice. Beaucoup plus tard je me suis rendu compte qu'il avait raison, "l'Aristocrate du Doute" ! Impatient de refermer le livre, je me retrouvais, à sommaire analyse, avec une bien maigre récolte. Des années plus tard, de l'information culturelle et de la capacité d'analyse acquises, le bénéfice de la lecture était bien plus riche.

À retenir que les chefs-d'œuvre ne s'écrivent pas d'un seul trait. Pascal a réécrit les "Provinciales" dix-huit fois, les manuscrits de D'Annunzio contiennent cinq à six étages de vers effacés, jusqu'à leur juste résonance. Pour "La Jeune Parque", Paul Valéry a écrit plus d'une centaine de brouillons, Hemingway a écrit trente-neuf fois la dernière page de "A farewell to arms", et, Marcel Proust, s'il était encore en vie, continuerait, sans doute, la correction de ses manuscrits. La relecture devient un réflexe nécessaire, tout comme la réécriture à l'autre bout de l'invisible fil qui relie le créateur au lecteur.

La poésie, hantée par autant d'expérimentations, a atteint la limite de l'intelligible. Mallarmé avait raison : "Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu ; le suggérer, voilà le rêve." Malheureusement, "deviner peu à peu" c'est calvaire, tandis que "suggérer" n'est plus dans l'intention du poète. Les exégèses n'y sont plus utiles, et il y en a qui sont plus alambiquées que le sujet proprement dit.

Je relis un livre, parce que, dans un autre, j'ai trouvé une référence utile : un élément de la biographie de l'écrivain, une information historique ou même une autre clef de la lecture. Une autre fois, parce que je me suis rendu moi-même sur les lieux que l'auteur décrit, et j'essaie de donner un autre sens à ma compréhension. Souvent, sans qu'on s'en doute, on est guidé par le destin dans le labyrinthe de la lecture.

Des faits, apparemment mineurs : la réaction d'un autre lecteur vis-à-vis du même écrit, la confession d'une gouvernante, et la trahison d'un légataire testamentaire, m'ont déterminé à revenir sur trois auteurs : James Joyce, Marcel Proust et Franz Kafka.

A l'apparition du roman "Ulysse", de James Joyce, j'ai commencé la lecture en tenant compte de l'avertissement du traducteur, "Toute lecture du roman "Ulysse" devrait être faite par référence au plus important des modèles d'inspiration et d'élaboration du livre - l'Odyssée". C'est ce que j'ai fait. J'ai revu le poème homérique et j'ai essayé de comprendre le langage artificiel dans lequel est écrit le roman ; une vie concentrée en dix-huit heures et développée sur presque neuf cents pages demande un grand effort d'élaboration. J'ai tourné page après page en pensant sans cesse qu'il était impossible que quelque chose de significatif ne se passât jusqu'à la fin. J'ai souvent laissé le livre tomber de ma main, cherchant un appui dans d'autres sources. Mircea Eliade, qui regardait de son point de vue de l'historien des religions, découvrit en Ulysse des significations occultes, des analogies des certains mythes australiens. Qu'est-ce que je devais comprendre, moi ? A qui m'adresser ? Un autre lecteur, personne d'autre que C.G. Jung, m'a aidé à me débrouiller. Lui aussi, il attendait la révélation à chaque page. La lecture avançait lentement, elle paraissait interminable. Et, soudain, le hasard ! Non pas dans le livre, mais dans la rue. Un jour, C.G.Jung rencontra son vénérable oncle, qui, malgré l'âge, avait gardé toute sa lucidité. Il demanda brusquement à son neveu :

Sais-tu comment le diable tourmente les âmes en Enfer ?

A la réponse négative du "Philosophe des Âmes", l'oncle l'éclaira :

Il les fait attendre !

L'attente, voici la tactique !

Toute approche de l'œuvre de Marcel Proust devrait commencer par "Monsieur Proust" de Céleste Albaret, la gouvernante et seule confidente du grand prosateur. Car là où André Gide, lauréat du Prix Nobel se trompa, où les intellectuels de l'époque ne voyaient que le dandy, le malade imaginaire ou le bourgeois infatué, cette simple campagnarde a eu l'intuition du génie, de l'unicité. C'est elle qui a dressé autour de lui comme un mur de défense, pour qu'il puisse mener à bout sa pensée, son "œuvre comme une cathédrale", qui a eu l'intuition du visionnaire: "Il a vu, dans ses romans, l'effondrement". C'est par la piété et l'intelligence de cette femme que les ombres de la tragique existence de Marcel Proust ont été éclairées. Après avoir lu Monsieur Proust, nous aurons un autre regard sur les cycles du Temps proustien...

Franz Kafka ne voulait rien laisser à la postérité. Dans une lettre testamentaire, il demanda à Max Brod: "Je te prie de tout brûler !"

Mais Max Brod l'avertit que, cette volonté, il ne la lui respecterait point. Plus encore, il a nettoyé l'œuvre des petits détails incompatibles avec le "penseur religieux" et il l'a redonné au lecteur comme un "saint moderne". Quel démon poussait Kafka à réduire son œuvre en cendres ? Milan Kundera le soupçonne soit d'avoir trop aimé son œuvre et trop peu le monde, soit d'avoir simplement considéré que le monde ne la méritait pas.

Si Max Brod avait respecté le désir de l'écrivain, Franz Kafka aurait emporté avec lui dans sa tombe le grand secret de son œuvre, tout comme, dans d'autres temps, Saint Jean Nepomuk a préféré être jeté aux eaux de la Vltava plutôt que de divulguer au roi de Bohème le secret de la confession de la reine...

Novembre 2005

Emil Belu

Colierul si crabul

În fata foii albe încerc sa-mi pun ordine în gândurile pe care vreau sa le astern pe hârtie. Alcatuiesc diverse variante, nici una nu mi se pare aproape de ce as vrea eu sa fie: varianta optima! Un joc nesfârsit, o geometrie a ideilor cu un contur mereu schimbator, nimic care sa ma multumeasca, nimic de turnat într-un tipar definitiv. Nicaieri un sprijin, departe de mine starea de gratie necesara unei asemenea aventuri.

Asadar, ce vroiam sa scriu? Am uitat totul! Ma uit la dreptunghiul de hârtie si parca si el se uita dojenitor la mine. Sa fie o amnezie trecatoare sau avertismentul unui alzheimer prematur? Daca îmi aduc bine aminte, era vorba de visul din noaptea trecuta, o întâmplare absurda (doar e vis!), o încaierare în „cantina” cimitirului din strada Preriilor, unde, în miez de noapte, pelerini în lungi mantale de culoare neagra si glugi imense trase pe cap, purtând în mâini imense buchete de flori si lumânari aprinse, izbeau cu picioarele locatarii de drept ai asezamântului, care, înspaimântati, încercau sa se refugieze în columbariu, fiecare cautându-si cu disperare urna. Retinusem si câteva secvente pline de umor macabru, pe care intentionam sa le notez în caietul de pe noptiera, dar aceasta dimineata agitata m-a facut sa pierd firul pe care se însirau aceste stranii întâmplari. „Firul”, am zis! Renunt la scris, trec la citit.

Deschid o carte la întâmplare: Gustave Flaubert, La tentation de saint Antoine, Ed. Pocket, 1999. O mare surpriza la pagina 208, o scrisoare catre o prietena, Louise Colet, careia îi trimisese manuscrisul unei scrieri. Autorul îi face o marturisire: „Je taillais avec cœur les perles de mon collier. Je n`y ai oublié qu`un chose : c`est le fil !

Buna lui prietena elogiaza manuscrisul, acoperindu-l cu laude, dar Flaubert îi taie din elan: „Les perlles ne font pas le collier, c`est le fil.”

Eu nu am nici firul, nici perlele. Adio, colier! Adio, capodopera!

Am lasat cele scrise mai sus sa dospeasca câteva luni.

Într-o biblioteca a arondismentului în care locuiesc, mi-am facut un obicei: dupa lecturile tehnice de specialitate, trec prin sala de literatura universala alegând o carte la întâmplare. De data asta, dau peste „Leçons américaines”, Italo Calvino, Ed. Gallimard, 1989, col. Folio. De-as nimeri la „Loto” numerele câstigatoare asa cum nimeresc anumite pagini ce ma încânta – nu de putine ori în tomuri obscure –, eram de multa vreme miliardar! Am deschis exact unde trebuie!

Citesc la pagina 83, ceva ce se leaga de realizarea colierului, a „capodoporei”, un element în plus, esential însa, care transfigureaza meseria în arta:

« Entre autres nombreuse qualités, Tchouang-tsen avait une grande sûreté de main. Le roi lui demanda de dessiner un crabe. Tchouang-tsen dit qu`il lui fallait un délai de cinq ans, ainsi qu`une villa avec douze serviteurs. Au bout de cinq ans le dessin n`était pas commencé. «Il me faut cinq autres années», dit Tchouang-tsen. Le roi le lui accorda. Quand s`acheva la dixième année, Tchouang-tsen prit son pinceau et en un instant, d`une seul trait, il dessina un crabe, le crabe le plus parfait qu`on eût jamais vu ».

Deci nu este suficient sa ai perlele si firul pentru a realiza colierul. Gustave Flaubert se înselase. Mai trebuie ceva, ceva ce nu depinde întotdeauna de noi: o stare psihologica anume, un impuls celest de care înteleptul pictor chinez era pe deplin constient. Brâncusi a sintetizat exemplar lectia lui Tchouang-tsen:

„Greu nu e sa faci un lucru. Greu este sa te pui în starea de a-l face”

Pentru a realiza un colier cum nu s-a mai vazut vreodata, asemeni crabului lui Tchouang-tsen, avem imperioasa nevoie de perle, fir si, nu în ultimul rând, puterea de a ne pune în starea de a-l face.

Novembre 2005

Marius Dobrin

Precum zisa Caragiale

Oricât de putin as fi atras de aforisme si expresii întelepte, tot am pastrat doua din câte mi-au trecut prin fata ochilor. Sa-mi fie scut si steag. Justificare si motto.

Adolescent fiind, mi-am notat pe o coperta de caiet ceea ce se pare ca ar fi spus Ion Luca Caragiale: "Cel mai greu lucru pentru un român care stie citi este sa nu vrea sa scrie". Român fiind, am început sa scriu. O joaca. Uitata apoi într-un serrar, asa cum uitam mai toate jucariile. Am mai scris atunci când izbucnirea unui sentiment a scos la lumina cuvinte ce s-au potrivit a fi versuri. Atâtea câte au fost, sentimente si cuvinte, au ramas însemnate în trecut.

Nu stiu ce as fi devenit fara decembrie 1989. Abia atunci am început a citi. Cu adevarat. Adevaruri. Si atunci, ascultându-l pe Nenea Iancu, am început a scrie. Pentru ca simteam nevoia sa vin cu adevarurile mele în fata adevarurilor celorlalti. Mai apoi ca sa împartasesc adevaruri îngropate. Au fost anii recuperarii memoriei. Am continuat sa citesc, dar setea de fictiune mi-am astâmparat-o prin film. Am 'citit' filme. Si, fara a-l uita pe Nenea Iancu, am scris. Despre povestile din filme. Scriind, am cunoscut lumea. Am ajuns sa 'citesc' lumea, sa patrund din tainele celor ce alcatuiesc lumea. Supus lui Nenea Iancu, am început sa scriu povestile acelea.

Totdeauna a fost ceva care a declansat scrisul meu. Ceva magic. Inspiratia. A fost o reactie. A fost o idee care a cerut imperios sa fie asternuta pe hârtie. Pentru mine asta este conditia sine qua non de a scrie: ideea principala pe care nerabdator caut s-o afirm. Titlul. Constructia mea începe cu titlul. Cu prima fraza. Altfel nu reusesc sa construiesc. Ma învârt pe spatiul gol si ma framânt. Clipa de inspiratie înseamna titlul, înseamna primul cuvânt, abia apoi înseamna frazele care se tes una din alta.

Încerc sa scriu ca si cum as vorbi. Pentru ca tin mai mult la comunicarea fata în fata. Îmi place sa ne putem privi în ochi, sa ne vedem expresia de pe chip. De aceea încerc în scris sa ma explic mai bine. De teama ca nu cumva sa nu fiu bine înteles. Asa se face ca uneori frazele mele devin prea lungi. Uneori se încarca de pretiozitati, atunci când simt ca limitele proprii ma apasa. Încerc sa ma salvez prin mesaj.

Am cautat totdeauna sa aflu efectul scrisului meu asupra acelora care ma citesc. Sunt curios sa stiu cum apar cititorilor. Cu propria imagine din oglinda ne obisnuim de mici. Cu propria voce ajungem sa ne obisnuim daca ne ascultam mai des înregistrati pe banda magnetica. Dar cu propriul scris? Cineva mi-a spus ca am mai mult farmec vorbind decât în scris. Cineva mi-a spus ca scrisul meu are ceva proaspat, natural, atractiv. Cineva a avut rabdare sa-mi ghideze scrisul spre a fi mai bun. De fiecare data, a scrie un text, este o provocare. Am un portofoliu de subiecte dar entuziasmul de a asterne pe hârtie ideile ce asteapta trepidând se însoteste uneori cu temerea de nereusita sau cu oboseala, cu irosirea. Uneori textul se construieste mai usor direct pe calculator. Ajunge sa-mi cada capul pe tastatura, cu ochii obositi. Pentru ca noaptea gasesc ragazul linistit. Alteori scriu mai întâi pe hârtie. Pe foi volante sau pe un caiet vechi. Îmi place sa scriu în tren. În lumina diminetii, cu defilarile de copaci, de case, de tablouri. Asa a fost de exemplu la un drum spre Ploiesti. Scriam 'Farmecul divin al cuvântului', despre cum am vazut eu 'Shakespeare in love'. Atunci a fost clipa magica. "I don't know, is a mistery".

Am citit, am scris. Am fost unul dintre cei pe care i-a avut în vedere Caragiale. Am scris mai degraba despre ceea ce am citit. Mai putin am creat o lume, mai mult am reflectat-o. Lumina a trecut prin filtrul personalitatii mele si s-a rasfrânt gratie matricei mele. Accept axioma unui antic: "nu e cuvânt care sa nu fi fost rostit vreodata".
Si totusi scriu. Asa cum pietrele de pe fundul unui râu sunt aceleasi si difera, asa cum povestile noastre se aseamana si se deosebesc în nuante care dau farmec, asa si cuvintele noastre au sansa de a merge la un suflet.

Acestea sunt cuvintele mele. Asa scriu eu.

P.S. Mi-e greu sa revizuiesc ceea ce am scris. E ca si cum as fi sapat deja în piatra, fiecare cuvânt e de neclintit. Chiar când eu însumi sunt nemultumit, nu simt ca as mai putea repara. Doar acribia Feliciei Mihali m-a facut sa reconstruiesc frazele subrede. Cu o abordare de sistem, cu o rigoare de profesiune. Unde controlul este necesar spre a obtine succesul. Eu ma arunc în proiectul urmator. Ceea ce las în urma este parte din chipul meu.
Cât sa ma feresc de vanitate, cât sa las peste timp ceea ce am vrut sa spun.

Novembre 2005

Florin Oncescu

Le comment et le pourquoi

Du côté de l’écriture, plus on se prend au sérieux, plus on devient plat. Et un écrivain qui écrit sur la façon dont il écrit c’est bien quelqu’un qui se prend au sérieux !

Il existe une échappatoire à ce raisonnement… Si pour l’écrivain en question l’écriture est tellement importante et occupe une place tellement grande dans sa vie, écrire sur sa relation avec l’écriture, sur sa façon concrète d’écrire, c’est parler sur la vie elle-même. Et un écrivain qui écrit sur sa vie, ça donne parfois de la bonne littérature !

J’écris tellement peu que ça me gène de m’appeler moi-même écrivain. Généralement, pas plus d’une dizaine de pages par mois… Juste le nécessaire pour répondre aux deux ou trois demandes d’articles avec lesquelles mes amis rédacteurs en chef roumains de Montréal me font le plaisir de m’honorer… À l’occasion, quelque chose à envoyer à une revue de Roumanie, afin que les amis de là-bas ne m’oublient pas. Mais, paradoxalement, l’écriture tient une maudite grande place dans ma vie. Donc… c’est de ce côté que j’ai trouvé la dose d’orgueil nécessaire pour attaquer le sujet.

En effet, j’ai déjà écrit à quelques reprises sur ma manière d’écrire, dans quelques récits. Mais le cercle de lecteurs de mes récits est, à vrai dire, assez réduit : donc, je suis sûr que presque tous les lecteurs de Terra Nova ignorent royalement ce que j’ai pu dire à ce sujet auparavant. C’est ça l’avantage d’être un auteur mal connu… Tu gardes toujours la capacité de surprendre !

***

Je vois l’écriture comme un ingénieux témoignage. Ça doit dire des choses vraies sur toi-même, ça doit aussi émerveiller le présumé lecteur.

Les choses vraies sur toi-même, ça ne vient pas à l’esprit à flots. Pas à mon esprit. Ça vient goutte à goutte ! Avant de me mettre pour de bon à écrire, je dois avoir accumulé des tas de gouttes pareilles. Je ramasse les précieux morceaux de vérité tout le temps.

Même sur l’autoroute 40, le matin, en allant au boulot. Je tiens un bloc-notes ouvert sur le siège d’à côté et un stylo à bille à la portée de la main. Quand une de ces "choses vraies" visite ma cervelle, je la jette sur papier dès que la voiture devant moi ralentisse. (J’espère que cet aveu ne peut pas être utilisé pour me retirer le permis de conduire. Les cons qui bavardent tout le temps à leur cellulaire, tout en conduisant, sont bien plus dangereux que moi).

Au boulot aussi il m’arrive parfois, quand je suis devant mon ordinateur, en plein milieu de la rédaction d’un rapport technique, d’être surpris par un souvenir que je juge utilisable. Je ne perds pas plus de deux minutes pour l’épingler dans un fichier électronique de type texte. (Un petit mot pour mon boss, pour l’éventualité improbable qu’un malveillant le pousse à découvrir la beauté littéraire de ce paragraphe: Ça fait beaucoup moins que le temps pris par le collègue X. pour arranger son match de hockey en soirée, ou par bien d’autres pour s’informer sur l’état de leurs stocks).

***

J’écris les soirs de la semaine et les matins du week-end, directement sur mon vieux portable NEC, avec le bloc-notes à côté de moi, seul dans ma chambre.

Mon portable était déjà vieux quand je l’ai acheté, en 2002. Maintenant c’est presque une relique : un Pentium II, 300 MHz. Mais ça ronronne encore. Pour que ça devienne ma machine à écrire, il a fallu que les deux autres membres de ma famille se munissent de portables beaucoup plus performants que le mien.

Être seul dans la chambre n’est pas une condition difficile à obtenir, car chacun des « autres » préfère également se réfugier dans une autre pièce, pour vaquer à ses affaires. Heureusement on habite un quatre et demie, ce qui donne de justesse l’espace nécessaire. Donc, je ne me retrouve pas dans le cliché du petit écrivain qui terrorise sa famille pour se voir assurer les conditions parfaites pour la « création » littéraire.

Le soir, lorsque j’écris, je fume de la pipe. Si un jour je me retrouve avec un cancer de la gorge, ce sera bien la faute de l’écriture. Étant conscient que la pipe nuit à ma santé, j’ai réduit son usage au minimum, c’est-à-dire seulement aux heures du soir que je consacre à l’écriture. Deux heures d’écriture, équivalent à deux pipées de tabac. Parfois, quand j’ai un tabac à pipe sentant meilleur que les autres, ma femme me prie de fumer un tout petit peu en sa présence. Je refuse poliment sa demande car si je fume, je dois écrire, et si j’écris, je dois être seul dans la chambre. (Je mentionne en passant que écrire et fumer en même temps, forcément avec la fenêtre ouverte, ç’est toute une histoire à Montréal durant l’hiver. C’est ce que j’appelle de l’écriture extrême).

Mais, comment se fait-il que, tout en écrivant chaque soir au moins deux heures de suite, plus quelques heures les matins de week-end, j’arrive à écrire tellement peu ? C’est que je passe ce temps plutôt en essayant d’écrire et… mon efficacité s’en trouve réduite

Je vous ai dit que l’écriture c’est très important pour moi. Ça occupe mes soirées et mes week-end, ça nuit à ma santé (la pipe), ça met ma vie en danger (sur l’autoroute)… Et tout ça pour quoi ?

Well, tout ça c’est pour l’argent… L’écriture m’aide à avaler plus facilement la pilule de mon activité principale (parlant en termes de temps), celle d’ingénieur. C’est exactement pour ça que je me considère un (disons) écrivain payé convenablement. Si je n’écrivais point, l’ingénierie me deviendrait insupportable et je l’abandonnerais, tout en perdant mon salaire. Voyez-vous ? Et l’argent, comme tout le monde le sait, ça aide au bonheur…

Novembre 2005

Tina Armaselu

Existe-t-il une " volonté " du texte?

S’il est vrai que la première phrase d’un texte est la plus difficile à écrire, alors, à ce moment, où je l’écris, j’ai théoriquement presque franchi cette étape. Le reste s’enchaîne après, dit-on, une phrase réclame une autre, une page, une autre page. A-t-il le texte sa propre volonté n’ayant besoin que d’une seule phrase pour se déclencher ? Où me mènera-t-elle cette phrase ? Peut-être nulle part, dans une forêt de ratures et de feuilles froissées jetées à la corbeille, peut-être à une parcelle de vigne, la représentation symbolique de la « page », selon Pline, renvoyant métaphoriquement au verbe latin « legere », « lire », et implicitement à un lecteur hypothétique en train de « cueillir », de « ramasser », de « récolter » les mots de la page et de leur attribuer un sens.

Dans son livre « Éléments de critique génétique. Lire les manuscrits modernes », Almuth Grésillon essaie de répondre à la question « Comment écrit-on ? », à partir d’une suite d’études approfondies des manuscrits et des déclarations de certains auteurs sur le processus d’écriture. Selon Grésillon, il y a deux grands types de manières d’écrire : « l’écriture à programme » supposant des plans préétablis, des notes de lecture, des listes de personnages, des notices biographiques et documentaires, etc., et « l’écriture à processus » en tant qu’aventure et invention au moment-même de la production textuelle. A titre d’exemples, de la première catégorie feraient partie des écrivains tels que Zola, Martin du Gard, Romain Rolland, Schiller, Thomas Mann, Tourgueniev, et de la deuxième, Stendhal, Claude Simon, George Sand, Döblin, Dürrenmatt, Italo Svevo, Kafka. Thomas Mann conçoit ainsi la planification comme une aide à « conserver le même plan tout au long des années nécessaires à l’écriture du roman », tandis que Döblin avoue l’échec de cette activité, « Quand il m’arrive de faire des plans, la partie est déjà perdue », et Dürrenmatt évoque l’« éternelle surprise de l’écriture, où vous ne savez jamais à l’avance ce qui viendra ». Bien sûr l’existence d’un plan n’exclut pas totalement la possibilité d’invention ou de changement de direction, et vice-versa, toutes sortes de pratiques intermédiaires pouvant y prendre place, selon Grésillon, comme dans le cas de Flaubert, esprit à la fois planificateur et enclin aux mutations qui conduisent tant de fois ailleurs.

Activité complexe, l’écriture reste encore, semble-t-il, un phénomène mystérieux, incomplètement compris et expliqué, situé au croisement de la planification, du hasard et de la dynamique intrinsèque au texte. Car, comme l’affirme Michel Butor, les traces écrites ne représentent que la partie visible d’un processus cognitif bien plus compliqué et difficilement à saisir : « Lorsque je me mets maintenant à aborder l’exécution de ces projets anciens, la première ligne que j’écris est une ligne qui repose déjà sur dix ou quinze ans de brouillons mentaux, de ratures mentales ».

Alors, existe-t-il une « volonté » du texte?

Novembre 2005

Eveniment vazut de Marius Dobrin

Colocviul Mozaicul ajuns la a 8a editie

Tema din acest an a fost “Multiculturalitate si identitate nationala in spatial European”

Sâmbata 12 noiembrie, la Craiova s-a desfasurat segmentul principal din cadrul Colocviului Mozaicul, editia a 8-a.

De data aceasta tema a fost "Multiculturalitate si identitate nationala în spatiul european". Si în acest an au fost invitati de marca, de la Mircea Martin si Carmen Musat din Bucuresti pâna la Daniel Vighi si Viorel Marineasa din Timisoara. Dl Nicolae Marinescu a subliniat premiera dialogului cu Timisoara dupa ce ani la rând pe langa Bucuresti a fost constant un dialog cu Clujul, sub influenta spiritului tutelar, Adrian Marino. Colocviul a fost centrat pe o expunere a lui Mircea Martin, care a vorbit despre contextul actual de cautari în afirmarea unei identitati nationale eliberata de racilele trecutului, de angoase si derapaje. De recuperare a unui patriotism confiscat si malformat de comunism. De necesitatea unei analize lucide a propriei determinari. O expunere incitanta pentru ca fiecare dintre participanti a avut de comentat, polemic sau nu. Vorbind despre multiculturalitate s-a facut referire la spiritul Timisoarei. Daniel Vighi a glumit ca de fapt germanii au ramas un mit acolo, acum e mai prezenta o comunitate italiana datorita unei dezvoltari economice în zona. Horia Dulvac a vorbit despre nevoia individului de a se evidentia, de aici o apropiere naturala spre multiculturalitate. Si în acelasi timp o teama de înregimentari. O retinere în coagulari si asocieri care inevitabil cer un coeficient de cedare. Ion Militaru a considerat ca multiculturalitatea pe orizontala nu este o problema, ca printr-o forma sau alta poate fi gestionata rezonabil. El vede mai degraba o dificultate în asumarea unei multiculturalitati pe verticala. Si a exemplificat prin spectacolul vizionat în seara precedenta, "Romeo si Julieta" de la Teatrul National din Craiova în regia lui Yiannis Paraschievopoulos. A plecat de la personajul parintelui Lorenzo. Care este franciscan si deci un simbol al smereniei si modestiei pâna la ultimul detaliu vestimentar spre deosebire de viziunea regizorala în cauza când costumatia si miscarea propun un simbol de virilitate. Ion Militaru a vorbit de deformarea simbolurilor si sensurilor. De faptul ca tot mai mult opera clasicilor are nevoie de 'traducere', de adaptare, de reconstructie pentru a mai putea fi întelese de catre generatiile de azi. Ca noi nu ne mai întelegem trecutul, ca nu mai suntem în stare sa putem percepe opere literare asa cum au fost ele scrise acum sute de ani. Ca nu mai suntem în stare sa ne spunem macar propria poveste, în mod original. Timpul necrutator a întrerupt polemica iscata de asemena afirmatii. Dupa pauza a fost rândul lui Livius Ciocârlie sa marcheze discutiile prin spiritul sau discret si echilibrat, îndemnând mai degraba la observatie si analiza decât la impetuozitatea exprimarii. Dar pornind de la întrebarea Mariei Tronea despre 'modelul' elvetian de multiculturalitate, Livius Ciocârlie a surprins prin viziunea sa. De a gândi asupra necesitatii unei relatii fie si antagonice, tensionate, în vederea unui rezultat cultural notabil. A dat câteva exemple în care simpla convietuire multiculturala nu are nici un rezultat benefic spre deosebire de situatii în care tocmai conflictul a generat în timp o creatie culturala. Si a marturisit ca nu stie sa propuna criteriul de acceptare a unui asemenea conflict cat sa nu degnereze. Ca tocmai în asta consta dificultatea si în acelasi timp provocarea intelectuala, în a gestiona o tensiune care sa se mentina la cote de fertilitate. Si întâmplarea a facut ca exact spusele sale sa-si gaseasca o transpunere faptica prin câteva interventii pasionale sau usor incorecte. Din nou timpul a fost necrutator si Gabriel Cosoveanu, cel care a fost moderatorul colocviului în absenta motivata a lui C.M. Popa, a invitat pe toata lumea la festivitatea decernarii premiilor revistei Mozaicul.

Premii

Premii care din 2000 încoace au cautat sa rasplateasca personalitati remarcabile din domeniul culturii. Au cautat prin însasi numele lor sa pastreze în constiinta publica si pe aceasta cale, personalitati ale trecutului de pe aceste meleaguri. Nicolae Marinescu, directorul revistei, a glumit observând ca adesea premiile Mozaicului au fost cu un pas înaintea unor premii nationale acordate acelorasi merituosi. Si a exemplificat din zona teatrului craiovean. În acest an premiul 'Constantin Radulescu-Motru' pt ideologie culturala a fost atribuit lui Mircea Martin. Premiul 'Petre Pandrea' pentru literatura a revenit lui Livius Ciocârlie, care a avut un savuros discurs amintind cazul unei poete care în momentul în care a primit un premiu a întrebat public de ce a fost premiata si o colega de-a ei. Asa si el se intreba de ce premiul 'Radulescu-Motru' i-a revenit lui Mircea Martin când el însusi ar fi fost mai nimerit, fie si pt ca vara merge adesea într-un sat de unde privind pe fereastra vede exact casa celui care da numele premiului. Premiul 'Tiberiu Iliescu' pt eseu a revenit lui Horia Dulvac, autorul unei carti incitante, 'Discursuri si parti'. Premiul pt arta teatrala 'IDSarbu' a revenit directorului Teatrului National din Craiova, Mircea Cornisteanu care tocmai a anuntat prezenta cu doua spectacole, cu sala plina la refuz, a trupei sale în cadrul festivalului national de la Bucuresti. Premiul 'Constantin Lecca' pt arte plastice a revenit lui Marcel Voinea, prezent de altfel cu o expozitie de sculptura si relief pictat la muzeul de arta. Premiul 'Jean Bobescu' pt muzica a fost atribuit profesoarei Mariana Ilie, cea care de generatii pregateste elevi cu talent muzical, ilustrat chiar in acea seara. Si nu în cele din urma revista Ramuri a fost premiata la împlinirea vârstei de 100 de ani. Nicolae Marinescu a tinut sa remarce ca desi Mozaicul a aparut la 1838 prin osârdia lui Constantin Lecca, istoria literara consemneaza acest fapt cu discretie. Si nici noi nu stim sa ne afirmam realitati care ne dau identitate. De altfel in aceeasi zi a fost prezentata o lucrare completa despre opera lui Constantin Lecca, un catalog pt specialisti si o operade arta in sine, gratie lui Paul Rezeanu.

Carmen Musat a plecat cu un teanc de carti, timisorenii au venit cu cartile tinerilor care au pasit din atelierul de proza initiat acolo si au plecat cu cele ale craiovenilor. A fost un bun prilej pt un contact uman care completeaza fericit premisele unei mai bune perceptii pe lânga scris. Ne-am cunoscut unii cu altii, despartiti de sute de kilometri, ne-am regasit noi cei din aceeasi urbe, noi care totusi doar la evenimente ne întâlnim. Marius Ghica a vorbit de proiectata conferinta a lui Mihai Sora, Nicolae Coande împartit între ziaristica si proiectele sale de poezie, Cornel Mihai Ungureanu gata sa-si lanseze un nou volum, Ion Maria sau Aurelian Zisu consecventi poeti spre deosebire de Mihai Ene care deja anunta un volum de proza. Cosmin Dragoste, generatia de universitari tineri cu deschidere europeana reala si pragmatica. Ioana Dinulescu, de o sinceritate dezarmanta, înca o poeta atrasa de mirajul la prozei.

Fericit ales spatiul care ne-a gazduit: liceul de arta. Ne-am miscat între tablouri. Nicolae Marinescu, amfitrion neobosit, sprijinit de Lions Club, multumit ca proiectul Mozaicul continua, într-o lume culturala deloc lesnicioasa, în ciuda evidentei ca este loc pt toata lumea si ca oferta culturala înca nu este valorificata asa cum ar trebui.

Punct si de la capat... Mozaicul si asumarea sa neopasoptista.

In imagine, de la stinga la dreapta:

Viorel Marineasa, Mircea Martin, Livius Ciocirlie, Marius Ghica, Ion Militaru, Horia Dulvac

Novembre 2005

Liviu Jianu

JOCUL MILENIULUI III – “THE WARRIOR OF HEART”

Pentru amatorii de jocuri pe calculator, vesti bune: pe modernele console Play Life Station 2 a aparut un nou joc de strategie. Numele lui este “The warrior of heart” ( Razboinicul inimii ). În acest joc, un tânar conduce o rabla pe strazile orasului sau natal, cu viteza scazuta, locuieste într-o casa modesta si are privilegiul sa aiba un loc de munca. Jucatorul poate câstiga puncte daca sfatuieste tânarul cum sa îsi împarta salariul ca sa ajute circa 1000 de aurolaci din metropola galactica în care se desfasoara actiunea, cum sa doteze toate gradinitele din satele cosmice cu o pereche de ghete, macar, cum sa împarta la 1000 de cersetori o pâine, cum sa plateasca în avans toate impozitele din care edilii jocului vor face dintr-o singura achizitie de masina straina un deficit al balantei de plati al bugetului lui personal de 15 ani de inexistenta absoluta din punct de vedere financiar, cum sa o ajute pe Adela din acesti inexistenti bani, o fata pe care a gasit-o dormind la –10 grade Celsius sub scara locuintei, a spalat-o, si cauta de 3 luni pe cineva care sa îi ofere un acoperis deasupra capului, cum sa o ajute pe Monica, care are trei copiii si locuieste în fostul cotet de porci al unui dezafectat liceu militar în care, cu sprijinul unui ziar, si-a zugravit o camera, si-a pus pe un perete o icoana, si a mâncat timp de o zi dupa ce s-a publicat un articol despre aceasta grozavie, din mila publica a doi-trei parlamentari, cum sa o ajute pe Alina, de 3 luni, care doarme în bratele mamei, pe ger, în fata bisericii Sf. Ilie, si cum sa ajute, în general, o lume care vrea “mai mult”, “mai bine”, pentru sine, si nu ar da nici o placa de baza de 8080 din buzunar, pentru aceasta strategie, o lume care vrea sa se integreze, prin reprezentanti, în orice joc pe calculator, chiar si în jocul mortii în desertul de hârtie, care se soldeaza cu premii, prime si laureati în fiecare an. “Razboinicul inimii” este un joc 3D, care beneficiaza de o grafica de exceptie, în limitele procesorului grafic traditional, uman. Problemele tânarului, care este posibil sa nici nu mai aiba în curând un loc de munca, dorinta lui de a-si întemeia o familie fara viitor, vor încuraja jucatorii sa supraliciteze acest joc, care le va oferi satisfactii de nebanuit; joystick-ul, ecranul plat de 50 de inchi, tastatura multimedia, volanul inteligent, accesoriile consolei Play Life Station 2, pe de o parte, pe de alta, lectiile de parcimonie, cum sa împarti cea mai mica diviziune monetara ( o mie de lei ) între o societate de salvare a maidanezilor umani anonimi, alta de combatere a crimei, alta antidrog, alta a foamei, alta a drepturilor oamenilor inutili, si a libertatii de a vorbi în fata unui ecran gol, toate acestea fac din “The warrior of heart” jocul îndragit de milioane de fani ai jocurilor pe calculator. Elementul esential este ca – dupa ce jucatorul împarte totul la toti – mai împarte înca odata tot ce ramâne la propria lui familie. Jocul “The warrior of Heart” poseda deja certificatul de calitate “ISO 2003”, si – este un fapt de necontestat – are de pe acum un succes si o cota de piata de neegalat.

Pentru profesionistii amatori de viata, “The warrior of heart” este jocul ideal, jocul care demonstreaza, înca din Mileniul III, superioritatea sufletului virtual.

création et réalisation par Cristian Nistor

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