Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 13 • Montréal • 15.09.2005

 

ARCHIVE

septembre 2005

Mircea Gheorghe

Croquis des petits malentendus quotidiens

L’ami qui nous avait invité pour fêter je ne sais plus quoi avait un très sympathique minet. Le minet blanc, avec des tâches jaunes sur la tête, la poitrine et la queue était espiègle et chassait une petite bille en peluche qui sautait de ses pattes partout dans la maison. Parfois, il abandonnait la bille, venait se frotter contre nos jambes et quémander nos caresses. Naturellement, les invités ont beaucoup badiné et, parmi d'autres sujets, chacun a cru bon à un moment donné de raconter une petite histoire personnelle avec des chats.
Nous étions six et la plus importante personne de nous tous était, sans aucun doute, un vieux monsieur bedonnant et chauve qui venait de publier un livre massif et érudit sur l'histoire de la bourse américaine. Il était seul et plutôt triste et je me suis dit que c'est ça la vieillesse - une morosité solitaire sans fin et sans raison apparente.
La réunion s'est terminée vers minuit.
Le lendemain j'ai appelé mon ami afin de lui remercier pour la soirée. Le vieux monsieur était parti le dernier. Sûrement, parce qu'il voulait expliquer à mon ami la cause de son indisposition.

- Vous avez parlé tout le soir plus de votre chat que de moi, avait-il dit avec un brin de rancune.

***

Dans mon enfance je jouais au téléphone sans fil. Nous étions cinq ou six copains placés côte à côte, alignés, et le premier murmurait à l'oreille du deuxième un petit message. Celui-ci transmettait le message au troisième de la même façon et c'est ainsi que le jeu continuait jusqu'au dernier qui devait prononcer à haute voix le message qu'il avait entendu. Jamais le message sorti, le "output", ne ressemblait au message lancé au début de la file, à "l'input".
Je me suis toujours dit que si un message aussi simple peut être déformé au point de devenir méconnaissable au cours du passage par l'esprit de quelques enfants, il ne faut être nullement surpris par les possibilités pratiquement infinies - à la portée des dizaines voire des centaines de millions de gens, dans cette époque dite de globalisation - de transformer et de défigurer les messages qui nous arrivent d'autres pays, d'autres cultures, d'autres temps.

***

J'entre dans une pièce où il y a quelques personnes plus ou moins connues et je lance dans l'air une phrase banale qui dit quelque chose sur moi, par exemple: "Aujourd'hui, je suis malheureux!"

Les gens me regardent, me jugent et j'entends le bruissement de leurs pensées inexprimées: "Mois aussi je suis malheureux, mais je me tais moi"." Tout le monde a des problèmes""Tu n'es pas malheureux pour rien. Tu es coupable de quelque chose", "Un peu de classe mon vieux, on doit pas chialer comme ça!" "Pauvre type, il veut notre compassion","Comme tu es gâté! Tu n'as aucune idée de ce qui signifie le malheur""Il veut que l'on parle de lui, c'est de l'orgueil".
Je cherche alors une réponse appropriée pour apprivoiser toutes ces approximations. C'est une réponse météorologique: "Il fait vraiment chaud, hein? On a eu un très long été cette année".
L'assistance est reconnaissante. Je suis redevenu un être intelligent.

***

De nos jours, c'est normal de se plaindre de la grande quantité d'information qui nous inonde, nous crée des besoins artificiels, nous manipule, nous lave le cerveau. Quelle serait l'alternative? Rejeter l'information et choisir une vie de réclusion au bout du monde, sur une île déserte? Purifier les sources d'information avec des filtres fabriqués par un gourou ombrageux? Soupçonner toute information de cacher des intentions maléfiques et décortiquer les affirmations et les arguments des autres avec une âpre vigilance? Se forger une perspicacité hautaine, capable de découvrir dans le déluge informationnel une véritable face cachée du monde, à savoir un vrai magma de complots, de mensonges et de manipulations?

Il me semble que les dangers de l'information ne découlent pas de son abondance, mais plutôt de notre capacité encore limitée de la métaboliser. C'est pour ça que le homo sapiens a inventé les préjugés, les proverbes, les aphorismes et les clichés. Ce sont des conserves de conclusions, prêtes à servir chaque fois qu’une nouvelle situation se présente. On enlève le couvercle, on extrait le cliché et on l'applique. Voilà, le tour est joué! On comprend tout et on comprend bien! Rien ne peut nous déconcerter avec une provision suffisante de conserves intelligentes...

Apparemment, nous nous trouvons depuis quelques années dans une telle situation. Vite, il faut trouver le bon stéréotype qui puisse nous redonner le nord!
Cette merde de globalisation.

septembre 2005

Cerasela Nistor

Poussière

 

"Je suis une personne instruite, je sais bien parler et puis, toute ma vie, j'ai lu au moins deux livres: l'annuaire téléphonique et un recueil plein de conseils. Ma famille a  toujours eu le respect des livres. Quand ma mère a acheté la nouvelle bibliothèque, on a amené un long fil de tomes. On a bien calculé à remplir l'espace sur les étagères...:" C'est avec une fierté terrible que cet individu me raconte toutes ses drôles histoires. Si je n'avais pas su qu'il était plein d'humour, j'aurais pensé que Gil s'était moqué de moi. Mais non, il était tellement sérieux! J'ai toujours pensé qu'il faisait des blagues, mais quand il nous a invité à son anniversaire, on est allé le voir dans la maison de sa famille. J'y ai trouvé la bibliothèque de son enfance et les livres tous neufs, comme je te dis, presque jamais touchés par la main de quelqu’un. Je ne me souviens pas exactement de ses parents, ils étaient venus dans le village de mes grands-parents tout d'un coup et avaient acheté cette coquette maison, tout près du cimetière. Mais sa mère, elle était sûrement quelqu’une qui aimait bien les livres de poésie. C'est ça qu'on a trouvé dans le salon caché dans la noirceur froide de l'après-midi, grâce aux anciens arbres qui couvraient les fenêtres.

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Aujourd'hui, dans l'après-midi silencieux, quand on s'est rencontré pour parler et boire un vin maison, je fais le tour de la maison froide et je retrouve tous ces livres qui ont suivi la famille dans les voyages qui font, elles-mêmes, une vie. Ses parents sont disparus soudainement. Ils sont partis en visite aux amis et, au retour, son père s'est endormi au volant. Ils sont partis, les deux, dans la nuit. Gil ne nous en dit rien. Tout ce que j'ai vu était justement sa figure pâle. Puis, il ne se moque de personne. En tout cas, nous ne sommes plus d’enfants. On a besoin de temps pour faire revivre le sourire. Ou, peut-être, de quelques verres de vin.

***

En enfance, je trouvais encore au grenier de la maison de mes grands-parents les livres de ma tante. Je me la rappelle jeune et perdue entre ses livres. Il m'arrivait souvent que je reste là, en haut, avec le chat paresseux, caché de la chaleur de la journée. C'est seule ma grand-mère qui allait me chercher pour m'appeler à manger. Des fois, elle me retrouvait endormie, avec les livres aux feuilles jaunies entre les mains. J'étais très petite pour "Crime et punition" de Dostoïevski et l'histoire me semblait affreuse. Mais "Poussière", de Rosamond Lehman, je le lisais et je le relisais chaque été. C'est Gil qui me l'avait donné au début des vacances. Je revenais pendant l'école dans la ville et chaque été, quand je retournais dans la petite maison de campagne, je cherchais au grenier, pour retrouver mes livres jaunis. Je relisais "Poussière" et j'avais décidé, mille fois, qu'il s'agissait, certainement, d'un chef-d'oeuvre de la littérature. Je ne comprenais pas pourquoi personne n'en avait jamais parlé. Je me voyais une grande exploratrice de la vérité.

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Gil me l'avait recommandé, lui-même, comme quelque chose de génial. Lui et son ami de la campagne, eux l’avaient déjà lu. Mais ils ne me semblaient pas du tout touchés par la tragédie de l'histoire. Son meilleur ami était un gars de campagne qui peignait, rarement, des icônes pour l'église du village. Sa famille l'adorait pour ce geste. Gil passait tout son temps avec le petit gars aux joues rondes. Les soirs, lorsqu' ils rentraient chez eux, ils mettaient des disques de rock roumain et commençaient à chanter comme deux ânes. Les vieillards passaient et secouaient leur tête, bien mécontents de l'éducation de ces jeunes.

La nuit tombait vite et l’on se rencontrait à la fontaine, on parlait sur ces rares livres dans le village et on imaginait toutes sortes de choses sur les personnages. Mais, dans le livre,  l'histoire avait toujours un final triste. J'avais gardé le regret et l'amertume des personnages. Pas dans les discussions de mes amis portés à rire de rien. Certainement, pour ces enfants issus d'un village qui n'existait pas sur la carte, le monde étranger du livre n'avait pas de place.

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Aujourd'hui, je me renseigne auprès de ma grand-mère, sur mes amis d'enfance. Un est devenu gardien à une entreprise (le peintre) "très bon métier, maman", dit ma grand-mère admirative. Et l'autre, tu sais, il ne s'est pas encore marié. Il vit toujours près du cimetière, travaille aux champs pour les autres et reste enfermé toute la journée parmi ses livres. Il n'est pas tout à fait en bonne santé, surtout depuis que toute sa famille est morte dans ce blâmé accident.

***

Un jours après, je m'en vais sur la colline, au cimetière, pour allumer une bougie au tombes de notre famille. En passant, j'aperçois la maison de Gil, vieille aujourd'hui et pleine de verdure. Je devine qu'elle a gardé sa froideur - aucun mouvement. Tout semble mort, tout comme le proche cimetière, envahi de l'étrange lumière de l'après-midi. J'ai, pour une seconde, l'impression de voir un hombre passer aux fenêtres, mais c'est justement mon impression. Je m'en vais, aux petits pas, dans la cour du cimetière où les oiseaux chantent joyeuses et je nettoie les tombes envahis de l’herbe verte et des fleurs dont je ne connais pas le nom. Tout ce silence foncé par les chansons aigues des oiseaux remplace la peur que j'ai ressentie en y allant. Je m'assis sur l’herbe et je sors tranquillement le petit livre retrouvé. Poussière.

septembre 2005

Florin Oncescu

INUNDAŢII, URAGANE, CUTREMURE

Ceea ce urmează este un catalog al amintirilor mele despre catastrofe. Unul realizat în grabă şi, în mod inevitabil, parţial. (Un exemplu: n-am spus nimic despre “la tempête de verglas” – Montreal, 5-10 ianuarie 1998 –, trăită de noi, eu, nevasta şi fiul, la modul cît se poate de direct). Textul poate fi citit de oricine, fără deosebire de vîrstă, sex, ori impresionabilitate. Nu există evocări despre cadavre plutind pe ape, ori strivite sub dărîmături... Celor care, în cataclisme de tot felul, şi-au văzut distruse casele neprotejate de poliţe de asigurare, au avut de suferit fizic, ori au pierdut fiinţe dragi, le adresez, cu umilinţă, compasiunea mea.

***

Inundaţii eu n-am văzut „live”. Urmări ale inundaţiilor am văzut, fără intermedierea televizorului, numai în satul bunicilor din partea tatălui, în Muscel. Am cunoscut rîul pe cînd albia lui avea vreo 20 de metri lăţime, adică jumătate din cît are astăzi. Pe malul drept exista o moară, care funcţiona în bătaia apei venite pe un braţ îngust şi relativ adînc, săpat ori adîncit de oameni, despărţit de cursul principal de un petec de sol moale, cu o pădure tînără deasupra. În jargonul local, braţul îngust al rîului se numea iaz, iar petecul de pădure, islaz. Cîndva în anii ’70, venit de la Craiova în vacanţa de vară, am constatat dispariţia iazului. Jumătatea lui din amonte făcea corp comun cu rîul, jumătatea lui din aval era plină de mîl. O lună mai devreme, cînd se topiseră zăpezile la munte, venise apa mare. Mi s-a spus că Mariţei, vecina bunicilor mei, îi intrase apa în casă, ceea ce mi s-a părut greu de imaginat, dată fiind distanţa de la gospodăria ei pînă la rîu. Mariţa locuia cu Ion, băiatul ei cel scrîntit la cap, zis Ion prostul, cunoscut de copii pentru că ducea zi de zi vacile oamenilor la păscut. Moara a fost, atunci, abandonată. Cîţiva ani mai tîrziu, a fost transformată în povarnă. Mai la vale de moară era podul care lega jumătatea de sat în care locuiau bunicii de jumătatea cealaltă, înşirată de-a lungul şoselei asfaltate. Podul era luat de ape cam o dată la cinci ani. Cîndva tot în anii ’70 s-a construit un pod “mai trainic şi mai frumos”, care rezistă şi astăzi.

Părerea comună e că nu există uragane în România. La noi nu se vorbeşte, la jurnalele TV de seară, de uraganul Cristina, care va atinge mîine Constanţa cu o viteză de 300 de km/h, antrenînd închiderea preventivă a tuturor restaurantelor cu picior la plajă. Nu se vorbeşte la radio, prin comunicate suprapuse peste emisiunile curente şi pronunţate cu glas lugubru, despre uraganul Sorin, care tocmai devastează centrul Balşului şi care este aşteptat la Craiova de o populaţie deja baricadată în case. Şi, totuşi, uragane există. Unul, în memoria mea. În aprilie 1979, în vacanţa de Paşti a ultimului an de liceu, am fost patru zile la Timişoara, la “fini”. Finul era profesor de fizică la Politehnica de-acolo, iar vizita mea avea drept scop examinarea în detaliu a cunoştinţelor mele de fizică, ca etapă în pregătirea pentru admiterea la Politehnică, din vara care urma. Ce legătură au aceste detalii cu uraganele? Nu prea mare, exceptînd faptul că atunci, în ziua sosirii mele, finul m-a făcut un tur al oraşului cu maşina, iar eu am văzut, cu uimire, şosele barate de crengi imense ori chiar de trunchiuri de arbori. Timişoara, în ziua şi noaptea care precedaseră venirea mea, fusese călcată de... un fenomen meteorologic care, după standardele americane, ar putea trece drept uragan.

La capitolul cutremurelor am fost mai norocos. Ca mulţi români de-o seamă cu mine, am simţit bine zgîlţîielile cîtorva. Însă m-a ocolit fericirea supremă de a vedea prăbuşindu-se clădiri peste mine, ori măcar în jurul meu.

La cel mare, din 4 martie 1977, cînd au început trepidaţiile, puţin după ora 9 seara, eram în faţa televizorului, în sufrageria locuinţei noastre, a părinţilor mei şi a mea, din Craiova. Un apartament situat la etajul unu, într-un bloc de 10 etaje. Maică-mea era dusă la Constanţa, la neamuri, taică-meu se culcase devreme, fapt neobişnuit pentru el. M-am repezit spre camera în care dormea taică-meu şi l-am strigat. Somnoros, mi-a spus: „Termină cu prostiile! Nu mai mişca patul!” Două ore mai tîrziu, umblam prin centrul Craiovei, curios să văd urmările dezastruoase despre care se vorbea la radio, cu referire în primul rînd Bucureşti, dar şi la alte oraşe ale ţării. În faţa Teatrului Naţional, mi-am întîlnit o colegă de liceu. Eram, pe-atunci, elev în clasa a 10-a. Colega locuia în blocul de apartamente din faţa teatrului şi era însoţită de un alt coleg, vecin de bloc cu ea. Şi eu şi colega de şcoală de-atunci, devenită 6 ani mai tîrziu soţia mea, credem că întîlnirea aceea a avut un rol determinant în evoluţia relaţiei noastre.

Cutremurele pereche, din 30-31 mai 1990, le-am trăit la Bucureşti, în apartamentul nostru, al meu şi al nevestei, de la etajul 5 al unui bloc din Militari. Primul, cel din după-amiaza zilei de 30 mai, m-a prins singur acasă. Eram de curînd angajat asistent la Politehnică şi, dînd deoparte orele de seminar, îmi petreceam majoritatea timpului acasă. Cutremurul mi s-a părut mult mai puternic decît cel trăit de mine în anii de liceu, fapt de atribuit apropierii de epicentru, dar şi etajului de bloc la care mă aflam. Seara, ne-a vizitat verişoara soţiei, care locuia în Vitan şi care a rămas peste noapte la noi. Al doilea cutremur n-a fost la fel de puternic, dar mi-a rămas încă şi mai viu în memorie. S-a petrecut în acea noapte, spre ora 3. Nevastă-mea dormea în dormitorul mare, verişoara dormea în sufragerie, iar eu, aşezat la biroul din dormitorul mic, fumam tutun scos din ţigări Carpaţi şi îndesat în pipă, scriind totodată, la mînă, pentru a evita ţăcănitul maşinii de scris, un text în notă lirică despre Duminica Orbului, acea duminică din urmă cu 10 zile în care românii, în proporţie de optzeci-şi-nu-ştiu-cît la sută, îl votaseră pe Iliescu... Text apărut, în iunie, în revista Contrapunct. Cînd blocul, gîdilat de unda longitudinală, a început sa trepideze, mi-am abandonat imedat pipa şi stiloul şi m-am repezit în holul apartamentului. Am deschis mai întîi uşa dormitorului şi am strigat tare: “Cutremur! Vino imediat în hol!” Nevastă-mea a săltat capul din pernă şi m-a privit cu o privire buimacă. Am deschis apoi uşa sufrageriei şi m-am pregătit să strig iar, dar n-a fost nevoie, pentru că verişoara sărise deja din pat. Apoi m-am refugiat în adăpostul pe care-l identificasem o zi mai devreme, după primul cutremur. În hol, între uşile celor două dormitoare, acolo unde tavanul pare să arate prezenţa unei grinzi, parte a structurii de rezistenţă a clădirii. Verişoara mi s-a alăturat într-o secundă. Chiar atunci blocul a început să danseze după cum îi cînta unda transversală. Prin uşa deschisă a dormitorului i-am adresat amîndoi, eu şi verişoara, îndemnuri mobilizatoare nevesti-mii, care nu părăsise patul, dar reuşise să se ridice în fund. Ni s-a alăturat în adăpost, cu aerul că ne satisface o toană, după ce blocul s-a oprit din balans.

Am trăit un cutremur şi în afara României. În Statele Unite, la Seattle, la 28 februarie 2001. (Data asta şi altele, din acest text, le-am stabilit cu precizie în urma unei scurte documentări pe internet. Memoria mea, singură, nu e capabilă de o asemenea performanţă). Eram la slujbă, la Boeing, la etajul superior al unei clădiri gigantice, pe două nivele. La primul nivel era o secţie de producţie, cu utilaje a căror funcţionare făcea să vibreze, din cînd în cînd, la un nivel rezonabil, podeaua nivelului cu birouri de deasupra. Din acest motiv, populaţia inginerească n-a reacţionat la primele semne ale cutremurului. Doar cînd vibraţiile au devenit puternice au intrat colegiii mei în panică. Unul ne-a strigat un sfat care părea raţional: “Toată lumea sub birouri!” Micuţul etiopian Melesse Tadesse, vecin de birou cu mine, a sărit ca o panteră sub biroul neocupat al americanului Dave Robinson, de peste culoarul de trecere. Chiar atunci a apărut Dave. Tip înalt şi burtos, cu elasticitatea oaselor diminuată la cei aproape 60 de ani ai lui, Dave s-a strecurat cu greu sub biroul lui Melesse, unde spaţiul era redus la jumătate de cutii mari de carton, umplute cu documentaţie tehnică, şi unde aerul era greu, datorită vecinătăţii cu coşul de gunoi în care zăceau resturi de mîncare tradiţională etiopiană. Dave va vorbi mult timp după cutremur, cu umor amar, despre lipsa de logică a opţiunii lui Melesse. Cel din urmă se va scuza rîzînd, dînd vina pe panică. După un scurt moment de indecizie, în care am asistat la saltul incorect al lui Melesse şi la deruta lui Dave, eu am ales opţiunea hotărît nerecomandată în caz de cutremur. Asemenea multora, m-am repezit spre uşa care dădea în casa scării, am coborît sărind din două-n două treptele care-mi jucau sub tălpi şi am ieşit afară din clădire. În mijlocul grupului format acolo l-am găsit pe şeful colectivului căruia îi aparţineam, indianul Ranjeev Kumar. Ranjeev era cam de-o seamă cu Dave şi se ştia că supravieţuise unui infarct, în urmă cu vreo 5 ani. Purta mereu la una din mîini, pe post de brăţară, o sfoară albastru pal. Cu ocazia ieşirilor în grup, la restaurant, aducea mereu vorba de hinduism, ori de budism, lăudînd beneficiile unei atitudini detaşate în faţa încercărilor vieţii, atitudine pe care lăsa să se înţeleagă că el o posedă din belşug. Cînd ne-am văzut, în afara clădirii, Ranjeev mi s-a lăudat că el ajunsese primul jos.

création et réalisation par Cristian Nistor

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