Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 10 • Montréal • 15.05.2005

 

ARCHIVE

juin 2005


Cristina Iovita

LE SONGE DU MANDARIN

Je ne connais rien de la Chine à part quelques romans érotiques du XV ème siècle, le cinéma des années ‘90 plus ou moins decoré de Palmes d’Or, les étudiants en uniformes grises peuplant mes années d’études à l’Université de Bucarest – silencieux, lointains, présents en groupes compacts devant le poste télé dans le foyer de Grozavesti à l’heure des Actualités politiques, comme des nuages de pluie- les serveurs souriants des Chinatowns du Nouveau Monde et les vieilles sorcières/antiquaires aux sourires édentés qui cherchent à bazarder les chefs d’oeuvre en plastique du Taiwan dans les ruelles du Quartier chinois “d’ici”. Et oui, j’ai lu “L’amant” comme tout le monde sauf que ça se passe en Indochine et qu’”Hiroshima, mon amour” nous chahute de l’Europe au Japon sans se soucier de nos faibles repères en tout autre chose que le désir d’aventures éxotiques, alors je m’y suis un peu perdue moi aussi; et oui, j’ai failli- comme tout le monde?- de pénétrer la lumière du Tao à la première et même à la seconde vue des textes anciens, puis celle du bouddhisme quand l’heure fut au refuge vers les pratiques spirituelles orientales. Je ne connais rien de cet empire qui inquiète mon monde à moi - lequel? l’Europe? l’Amérique? allez savoir- que les relents d’amour, de haine et de nostalgie qui me sont parvenus à travers les récits des témoins de son existence, plus ou moins oculaires, plus ou moins attachés à son histoire. Ce que j’en sais c’est que je n’ai jamais eu envie( ni les moyens mais cela aurait pu s’arranger si je l’avais voulu vraiment, deux voyages en Italie de moins auraient pu faire l’affaire) d’aller faire un tour dans cette contrée; je n’ai jamais rêvé de connaître ses hommes au sens biblique et aucune curiosité ne m’a jamais incitée à étudier en profondeur ni l’histoire, ni les arts de la Chine, mythique ou autre; finalement, mon manque d’enthousiasme pour les modes culturelles qui hantent notre époque m’a tenue à l’écart du bagoût général pour l’Extrême Orient et donc pour le pays en question. La seule expérience de la Chine, non voulue mais d’autant plus significative qu’elle m’a été imposée, s’est passée à l’état de rêve, plus précisément pendant un songe que j’ai fait lors de mon quatrième mois de grossesse.

Tout le monde sait chez nous que c’est à cette période que la mère “voit” son enfant , il faut seulement qu’elle sache interpréter la vision et tout sera clair- le destin du rejeton lui sera révélé jusqu’au moment du trépas. Le seul de mes songes de ce temps qui fut mémorable dans ce sens-là me donna la vision suivante:
J’étais dans une bijouterie, Place de l’Université, en train d’essayer des bagues quand une pendule derrière le comptoir s’ouvrit d’elle-même, laissant passer un mandarin en robe de cérémonie qui vint m’offrir une petite boîte en laque rouge. J’ouvris la boîte, pris la petite branche de cérisier fleurie, couchée à l’intérieur et, sur l’exhortation du mandarin, l’attachai à mon corsage.“ Elle n’a pas été portée depuis dix cents ans” me dit-il. “Il est temps qu’elle sorte de son long sommeil.” Je ne pus refuser tant sa noblesse cérémonieuse et la beauté même du présent m’avaient émue donc je m’enquis du prix, d’une petite voix timide que le mandarin para d’un petit rire courtois . “Elle est hors de prix” me dit-il ensuite. “ Je ne la vends pas, je vous l’offre. Prenez bien soin des treize petites fleurs de cerisier”. Puis il retourna à sa pendule et je me précipitai le matin suivant chez ma voisine qui lisait le destin dans le café, les cartes et les rêves, pour tout lui raconter. Son interprétation fut accablante: j’allais avoir une fille qui ne vivrait que treize ans parce que porteuse d’une âme “vieille” qui, en elle, acheverait son parcours terrestre et trouverait enfin la paix éternelle.

J’eus beau me dire – et ma voisine aussi par souci de consolation- que ç’avait été un simple fantasme “culturel”( j’avais lu “Le songe du pavillon rouge” récemment) et pas une “annonciation” véritable, le rêve commença à me hanter et, même si j’accouchai d’un garçon au lieu d’une fille ainsi brisant la “fausse” prophétie d’un seul trait, la crainte de perdre cet enfant trop “parfait” continua de me hanter jusqu’à ce qu’il eût célébré son treizième anniversaire. Plus tard, j’ai raconté l’histoire à mon fils; au lieu d’en rire comme à l’ordinaire, devant le fatras de superstitions et bribes de culture dans ma tête - c’est un intellectuel, il faut lui pardonner ses excès de confiance en l’intelligence humain – il m’a raconté son propre rêve du Mandarin fait avant son entrée à l’école primaire. Il paraît que le Chinois vêtu de ses robes de cérémonie est entré par la fenêtre de sa chambre pour lui offrir une plume à écrire, “vieille de dix cents ans”. Comme, à six ans, mon fils s’abreuvait encore à Andersen et aux frères Grimm ( par-ci par là écoutant les exploits d’Achille et de Persée à cause des grands parents vieux jeu qui l’élevaient à ma place) nous pensons tous les deux que le mandarin a décidé par lui-même d’emboîter nos rêves l’un dans l’autre à la manière des songes des pavillons impériaux .

juin 2005


Julie Beaulieu

Dumplings, Moon Cake et thé chinois

J’habite un des quartiers bigarrés de Montréal. Lorsque je me promène sur mon avenue, en direction de la rivière (le fleuve St-Laurent), je croise une variété d’êtres humains et de mœurs. Certains modes de vie sont plutôt désagréables, tels ceux des adolescents, « en peine de leur peau » comme disait ma mère autrefois, qui s’agglutinent au pied de mon escalier, se bousculent sur les trottoirs et poussent des cris aigus pour des riens (surtout les jeunes filles) ; d’autres sont contraignants, tel le volume élevé de la musique les soirs d’été, qui m’empêche de fermer l’œil; d’autres encore sont tout à fait intolérables : le chien de ma voisine, qui ne cesse de japper aussitôt qu’elle le sort, le trafic de drogue du voisin d’en face, celui qui est tatoué et tatoueur, son compatriote de gauche dont la fenêtre du salon a volé en éclat un beau matin de printemps alors qu’on pénétrait dans le logement par infraction. Il y a pire encore : la détresse du plus démuni, celui qui cache le pain sandwich dans la manche de son manteau, plaidant qu’il doit nourrir son enfant ; mais aussi ceux et celles qui, du matin au soir, paressent sur leur balcon, regardent le temps passé en maugréant la chaleur accablante (l’humidité montréalaise), le bruit de la ville, les chats errants et les enfants turbulents, sans jamais lever le petit doigt, sans jamais connaître les labeurs du travail. Mon voisin chinois, lui, connaît bien ce labeur.

Le matin, je me lève tôt, entre 6h30 et 7h00 ; j’aime voir les rayons du soleil entrer dans mon appartement, j’aime être réchauffée par sa lumière vive qui me réjouit. Mes voisins chinois sont déjà levés depuis un moment, le père est parti travailler au salaire minimum (il possède un diplôme d’ingénieur qu’on ne reconnaît pas ici), la mère s’affaire à préparer le petit déjeuner à la cuisine tandis que la jeune fille se prépare pour aller à l’école (une école française où elle apprend aussi l’anglais). Les intonations de leur langue, qui m’étaient tout à fait étrangères à leur arrivée il y a deux ans, me sont beaucoup plus familières, et en cela moins dérangeantes, même si parfois ça parle fort de l’autre côté du mur en carton-pâte. À toute heure du jour, je les entends : comme une musique exotique, un écho de l’Orient qui fait éruption dans mon quotidien. Je pense à eux comme à une famille unie, heureuse, alors qu’ils vivent dans une situation précaire et difficile ; ils sont en exil. Pourtant, ils ont toujours le sourire aux lèvres, nous passent toujours le bonjour, déneigent les escaliers avec vigueur l’hiver, nous invitent même à partager le repas du soir avec eux.

Les Chinois sont du bon monde malgré ce qu’on peut entendre, ce que disent les racontars et les légendes urbaines, ce que pensent, aveugles, ceux qui ne connaissent pas, qui n’ont jamais rencontré. Ça ne sent pas mauvais chez eux ; ça sent différent, ça sent des épices et des herbes inconnues, des arômes auxquels nous, les Québécois hautement américanisés, ne sommes pas habitués de consommer. Ça sent bon chez mes voisins chinois lorsqu’ils cuisinent, mais ça fait aussi du bruit ! La mère, qui ne parle pas français ni anglais (ou si peu), joue du couteau comme les grands chefs de ce monde : avec puissance et passion. Lorsqu’elle prépare le goûter pour la communauté religieuse chinoise du quartier les samedis soirs et les dimanches matins, les murs et les planchers tremblent de tout leur bois. La charpente écope des vibrations violentes des coups de couteau qui tranchent en un seul coup le poisson entier en deux. « Il est trop gros pour entrer dans le congélateur », nous a expliqué la jeune fille, en excusant la force légendaire du bras expérimenté de sa mère. Nous avons bien rigolé. Quelques mois plus tard, nous goûtions aux prouesses exceptionnelles de la cuisinière : pour le Jour de l’an, elle nous a offert des dumplings qu’elle avait préparés pour l’occasion. Mon copain m’a présenté le plat fumant et odorant qu’on lui avait remis en nous souhaitant la bonne année. Ça sentait bon. Ça sent bon chez mes voisins chinois.

Un soir d’été, ils ont frappé à notre porte. Le mari, visiblement gêné de son anglais bâclé et noyé dans son accent chinois, nous explique, sa femme derrière lui en retrait, que c’était aujourd’hui jour de fête. La tradition chinoise veut que les familles se réunissent sur leur balcon pour manger un petit gâteau doux et légèrement sucré, le Moon Cake, accompagné de thé. « Il est important de prendre le thé avec le gâteau », avait-il précisé. Nous l’avons remercié et sommes restés quelques instants pour jaser avec eux, la jeune fille traduisant la conversation pour sa mère, à l’occasion s’exprimant à la place de son père. C’est pour leur fille qu’ils ont quitté la Chine, qu’ils ont fait le voyage jusqu’au Canada, pour elle que le père travaille du matin au soir, en plus de suivre une formation professionnelle en usinage. C’est pour leur fille que la mère a convenu de travailler à l’extérieur de la maison, qu’elle a lancé avec d’autres Chinois du quartier son propre commerce, ouvert tard le soir et les fins de semaine : une petite épicerie sur Verdun dans laquelle les commis logent leurs poupons dans un parc situé derrière le comptoir-caisse. C’est aussi pour l’avenir de sa fille que le père a trimé dur dans les champs l’été dernier. Il a d’ailleurs partagé avec nous des légumes que le cultivateur lui avait offerts.

La chambre des parents est adjacente à mon bureau de travail, qui donne sur la rue. Lorsque j’écris tard le soir, je les entends débattre des sujets du jour (je suppose qu’il s’agit de cela) sur l’oreiller, comme le font les vieux couples. Après quelques minutes de silence, je perçois toujours un bruit sourd qui ressemble au ronronnement d’un moteur qu’on met en marche. Je souris. Le papa ronfle, épuisé de sa journée ; il ronfle, car mon voisin chinois connaît le labeur du travail. Cependant, il garde toujours le sourire aux lèvres, rêvant peut-être de la Chine. Il chante aussi dans sa douche, joyeux à toute heure du jour.

 

juin 2005


Tina Armaselu

La Chine en blanc et noir

Comme tout voyageur qui n’a visité la Chine que par l’intermédiaire des livres, des journaux, de la télé ou de l’Internet, je pourrais résumer mon itinéraire chinois à quelques points connus par tout le monde : la Grande Muraille, la Route de la soie, la Cité interdite, le temple de Confucius, la place Tian’anmen. Si on y ajoutait les souvenirs que je porte de mes « vraies rencontres » avec le monde chinois, une petite ballerine que je faisais tourner à l’intérieur d’une fleur de lotus en appuyant sur une tige à ressort, mon étui d’écolière peint de dragons dont j’aimais beaucoup le déclic de la serrure, l’image sous la loupe d’une gravure sur grain de riz ou les couleurs bigarrées du cartier chinois à Montréal, le dessein de ce que je sais sur la Chine serait presque complet. Ce que je n’en sais pas est tout le reste et on pourrait en remplir des pages et des pages. Ecrire en un millier de mots de ce que je ne sais pas sur la Chine serait alors le vrai thème de mon essai.

En feuilletant il y a quelques jours un bouquin illustré sur les mœurs et l’art des Chinois, j’ai été encore une fois frappée par le souci du détail polychrome dans la culture chinoise, soit qu’il s’agissait de vêtements, d’estampes, de peintures, de porcelaines ou d’œuvres architectoniques. Je me suis ensuite posée la question pourquoi un peuple qui aime tellement s’exprimer en couleurs a-t-il choisi les deux « non-couleurs », le blanc et le noir, comme moyens d’expression de leur conception sur la vie et sur le monde ? Prenons, par exemple, la théorie du yin et du yang, le jeu de go et le panda.

Le symbolisme du blanc et du noir en Chine remonte à l’Antiquité lointaine et ses origines se perdent, semble-t-il, quelque part à la confluence des anciens rites chamaniques et divinatoires de l’Orient. C’est à cette tradition qu’on attribue les premières représentations rigoureuses du yin et du yang, parues dans le Livre des mutations au temps de la dynastie des Zhou (1121-222 av. J.C.), livre devenu ultérieurement un des documents de base de l’enseignement officiel dans la Chine ancienne. Le yin, figuré par une ligne interrompue (- -), symboliserait la Terre, l’obscur, le repos, le froid, le passif, le féminin, tandis que le yang, symbolisé par une ligne pleine (—), représenterait le Ciel, la lumière, l’activité, la chaleur, l’initiative, le masculin. Le yin et le yang ne seraient pas des valeurs morales, comme le bien et le mal, ou des entités ayant un sens en soi mais des modalités antithétiques et complémentaires d’exprimer l’alternance et le changement perpétuel dans l’univers. En combinant deux à deux les lignes continues et discontinues, on obtient quatre couples de diagrammes préfigurant le yin maximum ( ), le yang maximum ( ) et deux étapes intermédiaires; en ajoutant une troisième ligne, on obtient huit trigrammes, dont un pôle yin, un pôle yang et six étapes intermédiaires. A partir de cette idée, les auteurs du Livre des mutations ont imaginé un système de 64 hexagrammes (huit fois huit trigrammes) placés en forme de roue, supposés représenter tous les états d’équilibre de l’univers en perpétuelle mutation.

Sur le modèle du jour et de la nuit qui se succèdent en évoluant, à l’aube la nuit s’atténue tandis que le jour croît en culminant à midi, et inversement au crépuscule, l’ensemble yin / yang exprimerait l’unité du Taiji (le Principe Suprême) dont le symbole en blanc et noir () est plus connu de nos jours. Ce principe de l’ordre du monde dicté par l’alternance et la mutation d’entités opposées et interdépendantes (le yin contient le yang, comme le yang contient le yin) constitue la base du système de la pensée chinoise, soit qu’il s’agisse de philosophie, de morale, de politique, d’astronomie, de géographie, de physique ou de médecine, et son étendue ne semble pas se limiter à ces domaines.

Inventé en Chine, selon la légende vers le deuxième millénaire avant J.C. par un empereur qui voulait éduquer son fils, le « jeu de l’encerclement » mieux connu sous le nom japonais de go, est l’un des plus anciens et plus appréciés jeux de stratégie à deux personnes. Le but du jeu est d’occuper le plus d’espace possible sur un damier quadrillé où les deux joueurs placent alternativement des pièces blanches et noires. L’idée centrale serait de maîtriser la technique de l’équilibre entre l’attaque et la défense afin de contrôler un territoire plus large que celui de l’adversaire. Bien que la plus courante référence soit celle militaire (vaincre l’adversaire par des stratégies d’encerclement), d’autres types de confrontations, politiques, économiques et surtout philosophiques, ont y trouvé leur expression. La similitude avec la dynamique du yin et du yang ne pourrait pas être aléatoire.

Quant au panda, les premières descriptions d’un animal qui lui ressemble proviendraient de documents chinois datant d’environ 3000 ans. Très rare, il aurait été apprécié à la cour pour sa coloration bizarre et parfois offert en présent, à des fins diplomatiques. Connu dans le monde occidental seulement après sa découverte par le naturaliste français Père Armand David en l’an 1869, le panda est devenu l’un des emblèmes de la Chine moderne, symbole de la paix et de l’amitié. (Pure coïncidence ou signe d’une continuité du symbolisme en blanc et noir dans la tradition chinoise ?) Menacé d’extinction, il est aujourd’hui protégé par la loi en Chine et désigné par le Fond Mondial pour la Nature comme symbole des espèces en voie de disparition.

Arrivé à ce point, le lecteur pourrait se demander, à juste titre, s’il y avait vraiment dans ce texte une réponse précise à la question de départ. La réponse serait, bien sûr que non, pour le simple motif que je n’en ai pas une (cela ferait partie quand même du propos de cet essai). Il s’agissait plutôt d’une quête que le lecteur est invité à continuer par lui-même, ou peut-être, d’un jeu en blanc et noir du « je sais » et du « je ne sais pas » qui s’enchaînent et s’engendrent l’un l’autre dans l’avancement des lettres sur la page …

juin 2005


Mirela Ivanciu

The dangerous little tubes of color: on mailing in China or about small things that make our lives more enjoyable or not

After a short but impressive trip in a faraway part of China, I have come back to Beijing. Since I have been mainly touched by the people whom I met and the way they are living, as soon as I got back I felt I need to make a gesture that would tell them how much I appreciated their warmth and hospitality. They would be happy to see their pictures, to read a few lines with my thanks and to receive few gifts for their kids, I thought. It did not take me much more thinking till I started looking for small things kids could use for school or play. Since I have never mailed a package before in China, I made sure to buy a standard cardboard box from the post-office, just to be sure that the gifts will get fast and safe in the hands of my friends. I have written and translated the letter, printed the pictures and put carefully in the box, one-by ¨Cone, the small gifts. To avoid my clumsy writing of Chinese characters, I placed typed papers with the addresses. They were looking black and harsh on the white paper, yet I felt it is fine, and felt lucky that on the box it was already printed to and from in English, next to the Chinese equivalent words. I was smiling sealing the package with the yellow wide tape bought especially for this purpose. I was imagining the joyful faces of the kids when they will receive their new things.

I went to the post-office pretty confident, sure that this is just one of the small errands taking me few minutes from my short Saturday walk in Wang Jing. But it was not like that. Why should this be just a banal, easily forgotten moment? From the second I placed my box on the counter I felt something was wrong. The discontent face of the young office worker dressed in tidy uniform announced me it cannot be so simple. He was pointing to the address telling me that it is wrong. Wrong? I repeated in English, with a puzzled face that would translate for him my feelings. I was recollecting fast what I did, trying to figure out where was the mistake: I placed the address exactly in the places indicated with to and from and made sure I taped them with transparent tape, typed, with black on white paper. I knew they would not accept any other color then black writing from a previous visit to the post office. What else could possibly be wrong? Few seconds later I guessed more then understood what, as he was telling me, I was supposed to do: to write the addresses on the other side of the box- the empty one- and in the opposite way: in the corner where in was written to whom should be sent I was supposed to write from whom and vice versa. Why were then written the to and from on the box? Why the workers could not read the address on the one side of the box and they could read it on the other side, I could not understand and decided not to solve the mystery. A bit disappointed because I did not have other typed addresses with me, I started scribbling on the other side, as indicated, the same addresses. Well, it does not make sense, but if it makes their job easier, I can do it, I was telling myself. Yet, this was just the first step.

A lady who joined the man in the meantime to help him, told me she needs to see what it is inside the package. Since I have never been asked that before, neither in Europe, nor in US, except when I sent something abroad and had to pay customs, I felt again uncomfortable. When you give that special attention of choosing a gift for a friend, this has an intimate quality which you are not happy to share with the post-office workers and with all the other customers who happen to be at that moment in the post-office. At least, not in the country I am coming from. Well, I tried to overcome my feeling and to understand their reasons. Probably they are afraid I might send some dangerous and prohibited things, I thought. I imagined that if they do not check it with their eyes they will feel they did not do their job properly. I nodded then and told the lady she can open the box and look inside. She started to pick up the objects one by one, unwrapped them and laid them side by side on the table. I knew my box was containing many small things, so I was just waiting to see the whole table covered with them and the customers staring at them and at me curiously.

Yet, it did not pass too much time till the lady picked up with a smile a box and turning to me said that it is not possible to send it. Why not, I found myself asking her in Chinese, completely puzzled. I did not expect this! She was showing me the Chinese name written with white on the small blue box. Yes, I understood what it meant because it was also written in English above it: WATERCOLORS. Still I could not understand what could possibly be wrong with them. They were the most common type of watercolors you can find anywhere. My confusion and surprise got fast transformed into anger when a kind man translated for me: it is a chemical hazard. What? The watercolors the small kinder garden kids are playing with, messing-up their hands and faces while shaping up a tree or a house, are chemical hazard? As an artist myself, for whom the painting materials have become familiar long-long time ago, I could not help it but feel this is completely ridiculous and abusive. Yes, if you would eat the whole box of watercolors, you would get intoxicated and be taken to the hospital, but I had no doubt that such a thing could not have been relevant for the actual situation. Consequently, I kept insisting, saying that this should be a misunderstanding and explain as polite as I could, though in a very broken Chinese that they are not harmful objects. In the meantime, I recalled a saying of one of the modern painters, Matisse I think, if my memory is not too bad: to give to a child a box of watercolors is a dangerous thing. Obviously, he could not have imagined that somebody would ever mean this literally.

While I was having such thoughts, the lady left me there, probably waiting to take my things and go home. I asked another person to keep looking at the things in the box, maybe the other things, such as note-books, pens, books or clothes will be recognized as such, as useful and not harmful objects, so the package would be sent. Yet, I asked to see if there is such a rule anywhere that prohibits sending watercolors? Would this be possible? The lady called her supervisor to ask for help in solving the problem. For the next half an hour we tried to find out where is such a rule. One phone call? Two phone calls? A worker opened a book and showed me a line. I could not understand and asked for a copy of the page. I need a friend to translate it for me. It is not possible. Would it be possible to write it down for me? It is not possible.

The discussion was interrupted by a girl who tried to solve the situation: she brought some packages with cotton and bubble-wrap. They explained me how can they help me: if I want to wrap each box with a layer of cotton and then another one of bubble -wrap and seal it well with tape, then, they can send it for me. I felt this cannot be real. I asked stupidly if I have to pay for these. It’s 2.5RMB for wrapping, 5RMB for the double layer; for 5 boxes is 25RMB. It is a complete waste, I thought. I could have taken one more box of watercolors plus few more pencils, instead of something that does not make sense. I agreed though, hoping to send my package in a way or another and sort of curious if they really do that. Yes, they packed the boxes carefully, like they would have been precious porcelain cups. Obviously, in the end they did not fit all in the box because they became too bulky. Finally, the box was closed. I had to pay 34RMB for mailing it and 25for wrapping. Considering the other 18RMB paid for the box, it is obvious how important is the package! Few minutes later, the lady explained to another customer who kindly translated to me: she had to wrap those because they were not properly packaged. And me, with my ecologically conscious education and recycling bias, I would have said that it was already over-packaged: the color was in tubes and the tubes were placed individually in a plastic holder, designed in such a way so they do not move in the box while transported. Then, they were placed in a cardboard box, sealed with clear plastic and with a cardboard lid. I have placed the boxes in plastic bag. Yet, we certainly needed the two extra layers: the cotton one and the bubble wrap on the top! And finally, to place them, this way safely packaged in the final, sturdy cardboard box. A good choice for a lover of Russian dolls, I guess.

Our time, though did not matter. It took one hour and a half to do all of this: to send one simple package. I needed one proof that this happened. I was already imagining the reaction of some of my Chinese friends when I would tell them: they would laugh and tell me that this happens because I am a foreigner. So, I annoyed again the lady asking for the rule written on paper or some sort of explanation signed by herself. She called again her supervisor to ask what is she supposed to do in such a situation. She explained to another customer, who was gentle enough to translate me that it is an internal unwritten rule and nobody ever asked her to write it down, so she does not know what to do. I was wondering how can I possibly know if there is such a rule indeed or is just the whimsical behavior of the lady that makes it? Or better said, a completely wrong interpretation of a more common and well known regulation of not mailing poisonous substances or explosive materials. If the rule would be posted somewhere in the post office you could respect it and question when you think it is not applied correctly, but if it does not exist at all what else can you do then listen and do whatever a particular worker considers to be good or not.

*****

China is very different from the western world. It is not a democracy! So whereas you may expect answers in western countries for some things, the same is not true there. In short, you have to take the political system into consideration when you deal with bureaucracy there. For instance, when the fellow customer told you that you should just accept the post office workers' words and that there is an unwritten rule not to ask to see the rules in writing, it was her way of telling you that you've have crossed the line and that this is not the way things are done over there. It is important to be sensitive to these hints, and not just be focusing on what your goals are or how you think things should be. What ought to be is one thing, what is, is something else. We can't have everything.

Moreover, in China, saving face is very, very important. In other words, you don't want to do anything that embarrasses them. They take that very, very seriously. And they feel offended much easier than we do. So even if you don't get your way, accept it for what it is and move on. Remember, you are just a foreigner to them.

Even if I would be tempted to forget that I am a foreigner here, I would be reminded everyday in lots of ways about my status. I can get accustomed with it even though it does not make me feel particularly welcomed. Yet, my foreigner expectations are not, in fact, a way of respectfully considering Chinese people’s claims and desires? If China is the country with the biggest investments in the world, isn’t it because the expectations of the foreign people towards Chinese people are including the capacity and willingness of sharing a similar life style? The thousands of billboards spread all over the country as well as the TV programs or magazines are daily spreading the same type of messages: all of them preach the benefits of opening towards an international, contemporary life-style. As a foreigner, do I have to consider that this has something to do with changing the daily life of Chinese people? Or, anytime when I encounter a situation which simply does not help people too much, I can place it in the over -generous bag of cultural difference and consider it charming for entertaining my left-home friends?

création et réalisation par Cristian Nistor

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